Confrontée à une flambée du prix du carburant aérien, Volotea engage une profonde restructuration : sa flotte doit passer de 44 à 30-35 Airbus, une cinquantaine de postes administratifs sont menacés à Barcelone et sa dette héritée de la crise sanitaire doit être renégociée d’ici décembre. La compagnie assure poursuivre ses vols normalement, tandis qu’Aegean Airlines pourrait renforcer son rôle au capital.

Volotea réduit sa flotte et ses coûts

Le modèle de Volotea, fondé sur les liaisons directes entre villes européennes petites et moyennes, est rattrapé par la hausse du kérosène. La compagnie espagnole prévoit de ramener sa flotte de 44 appareils, exclusivement Airbus, à 30 à 35 avions, soit une contraction d’environ un quart de ses moyens de production. Cette décision devrait se traduire par des milliers de vols en moins, une baisse des fréquences et des capacités réduites sur plusieurs marchés. Selon les données de Cirium, Volotea prévoyait environ 13 millions de sièges cette année ; l’Italie, l’un de ses principaux marchés, pourrait à elle seule perdre quatre millions de sièges, notamment à Olbia, Vérone, Catane et Venise.

En France, les conséquences précises restent à détailler ligne par ligne. Des informations de presse évoquent néanmoins une forte réduction des capacités à Bordeaux et Lyon, ainsi qu’une possible mise en sommeil ou fermeture de certaines bases, dont Brest. Ces éléments n’ont pas, à ce stade, fait l’objet d’une annonce détaillée de Volotea pour chaque escale concernée.

150 millions d’euros de surcoût carburant

Volotea chiffre à environ 150 millions d’euros l’impact du renchérissement du carburant sur ses coûts. Le transporteur relie cette dégradation à l’incertitude géopolitique et à la volatilité énergétique observées depuis mars, dans un secteur où le kérosène pèse lourdement sur la structure de coûts. « La prolongation de cette situation a transformé certaines difficultés, initialement considérées comme temporaires, en problèmes structurels », explique Volotea. La compagnie souligne évoluer dans « un marché extrêmement concurrentiel et soumis à une pression croissante sur les marges ».

Le redressement n’intervient donc pas après une longue période d’exploitation déficitaire. Volotea met en avant trois exercices consécutifs d’EBIT positif : 3 millions d’euros en 2023, 33,5 millions en 2024 et 47,4 millions en 2025. Mais ces performances opérationnelles ne suffisent pas à effacer les pertes nettes ni le poids de la dette contractée pendant la pandémie.

Dette à restructurer et emplois touchés

La compagnie est entrée dans la phase finale des discussions avec ses créanciers afin de restructurer sa dette financière à long terme. Volotea travaille notamment avec la SEPI, la holding publique espagnole, ses partenaires industriels et des établissements financiers, avec l’objectif affiché de parvenir à un accord avant la fin décembre. Le plan comporte aussi un volet social. Dans les bureaux de Barcelone, Volotea prévoit « un ajustement d’environ 50 postes dans les prochaines semaines ». La compagnie emploie directement près de 2 300 personnes et n’a pas détaillé publiquement, à ce stade, les conséquences pour les équipages navigants et les personnels des bases.

Carlos Muñoz, fondateur et directeur général, présente le plan comme une mesure de sauvegarde : « Le contexte difficile auquel l’industrie aérienne est actuellement confrontée nous oblige à restructurer à la fois la dette financière et la flotte de la compagnie. » Il assure toutefois que l’exploitation se poursuit : « Nous continuons à voler normalement, à proposer de nouvelles lignes, à vendre nos billets et à planifier nos opérations futures. »

Aegean, partenaire financier déterminant

Une augmentation de capital est également en préparation. Elle compléterait les financements déjà apportés par Alaeo, le véhicule d’investissement de l’équipe dirigeante, ainsi que par Aegean Airlines et le fonds américain PAR Capital. En mars, Volotea avait annoncé avoir bouclé une levée de fonds de 71 millions d’euros avec ces partenaires.

Aegean, partenaire commercial de Volotea depuis 2021 et déjà actionnaire aujourd’hui au-delà de 20 % de participations, est au centre des spéculations sur une possible prise de contrôle. Des informations parues dans la presse espagnole font état d’un schéma associant la conversion de 56 millions d’euros de dette en capital et une augmentation de capital de 15 millions d’euros, à laquelle le transporteur grec contribuerait pour 9,5 millions. L’opération reste toutefois à confirmer officiellement par les parties et pourrait dépendre des autorités espagnoles compte tenu du rôle de la SEPI dans le dossier.

Pour les passagers, le message officiel demeure rassurant : les vols vendus doivent être assurés. Mais la réduction de flotte annonce un réseau plus sélectif, avec moins de capacités sur les lignes les moins rentables et une attention accrue portée à la rentabilité de chaque base.

Kérosène : Volotea réduit sa flotte, supprime des postes et renégocie sa dette 1 Air Journal

@Volotea