Le trafic mondial de fret aérien devrait doubler au cours des vingt prochaines années, selon les nouvelles prévisions de Boeing. Pour accompagner cette croissance et remplacer les appareils vieillissants, les opérateurs auraient besoin de 2 930 avions cargos neufs ou issus de conversions. Commerce en ligne, recomposition des chaînes d’approvisionnement et essor des équipements liés à l’intelligence artificielle soutiendraient cette demande.

Le fret aérien devrait continuer à gagner du terrain dans les échanges mondiaux. Dans son World Air Cargo Forecast 2026, dévoilé lors de l’Air Cargo Forum de l’Association internationale du fret aérien, la TIACA, Boeing table sur une croissance moyenne du trafic de 3,5% par an jusqu’en 2045. Le constructeur américain prévoit ainsi un doublement de l’activité par rapport à 2025, année durant laquelle le trafic aurait déjà atteint un record, avec une progression de près de 5%, selon ses données. Cette expansion ne se traduirait toutefois pas par un doublement du nombre d’avions. La flotte mondiale de cargos dédiés passerait de 2 395 appareils en 2025 à 4 010 en 2045, soit une hausse de 67%. Une partie importante des livraisons servirait en effet à renouveler les flottes, et non à accroître leur taille.

Près de 3 000 avions cargos à livrer, dont deux tiers de conversions

Boeing évalue à 2 930 appareils les besoins mondiaux en avions cargos neufs et convertis au cours des deux prochaines décennies. Environ 55% de ces livraisons accompagneraient la croissance du marché, tandis que les 45% restants remplaceraient des avions anciens et moins efficaces. Il s’agit donc d’une estimation des besoins de l’ensemble du secteur, et non de commandes attendues pour les seuls programmes du constructeur américain.

La conversion d’avions de transport de passagers en cargos conserverait une place prépondérante : elle représenterait environ les deux tiers des livraisons, contre un tiers pour les appareils construits directement en version fret. Cette répartition souligne le poids durable du marché de la transformation d’avions dans l’équipement des transporteurs.

Cette tendance dépasse Boeing. Dans ses propres prévisions publiées une semaine auparavant, Airbus estime également que les conversions constitueront la majorité des apports de flotte, avec 1 700 appareils transformés sur un besoin total de 2 670 cargos. L’avionneur européen cite notamment les familles A320, A321 et A330, aux côtés de son programme de gros-porteur cargo A350F.

Commerce en ligne et intelligence artificielle alimentent la demande

Pour Boeing, la croissance du fret aérien repose sur plusieurs évolutions : l’augmentation des volumes du commerce électronique, le développement des ventes directes aux consommateurs et les besoins des industries de haute technologie. Les changements de localisation de la production et les perturbations géopolitiques conduisent parallèlement les compagnies à adapter leurs réseaux et leurs itinéraires. « La capacité d’adaptation et la rapidité du fret aérien sont des avantages stratégiques qui permettent un transport fiable, une réorientation souple des flux et un soutien essentiel à l’évolution des chaînes d’approvisionnement », déclare Darren Hulst, vice-président du marketing commercial de Boeing.

Les équipements destinés à l’intelligence artificielle prennent une importance particulière dans cette analyse. Boeing indique, en citant l’Association du transport aérien international (IATA), que plus de 70% des marchandises liées à l’IA ont été transportées par avion en 2025. Serveurs, équipements de stockage et composants électroniques illustrent ce rôle du transport aérien dans l’approvisionnement des infrastructures numériques. L’IATA estime que la valeur des échanges aériens de biens liés à l’IA a augmenté de 20% en 2025 par rapport à 2024.

L’Asie au cœur des flux, les expressistes en progression

Les liaisons desservant l’Asie devraient tirer la croissance et représenter environ 60% du marché mondial du fret aérien, selon Boeing. Cette projection concerne les flux commerciaux touchant la région, et non la seule activité des compagnies asiatiques. Les spécialistes de la livraison express et à délai garanti gagneraient également du terrain. Boeing prévoit que ces opérateurs intégrés assureront près de 25% du trafic mondial de fret aérien en 2045. Une évolution qui accompagne notamment le développement du commerce en ligne et les besoins de livraison rapide identifiés par le constructeur.  « À mesure que les échanges commerciaux mondiaux évoluent et que la demande de marchandises de grande valeur, soumises à des délais contraints, augmente, les avions cargos dédiés resteront essentiels au commerce mondial », estime Darren Hulst.

Les avions cargos resteraient majoritaires face aux soutes passagers

La croissance annoncée ne concerne pas uniquement les appareils spécialisés : le fret aérien emprunte aussi les soutes des avions de transport de passagers. Boeing prévoit néanmoins que les cargos dédiés continueront à assurer plus de la moitié du trafic mondial à long terme. Historiquement, leur part se situe autour de 55%, mesurée en tonnes-kilomètres, un indicateur qui tient compte à la fois de la masse transportée et de la distance parcourue.

Cette distinction importe pour apprécier les prévisions : le doublement annoncé porte sur le trafic, et non simplement sur les tonnes expédiées ou sur le nombre d’avions en service. Le secteur transporte des marchandises souvent périssables, de grande valeur ou urgentes. Selon Boeing, les biens acheminés par avion représentent moins de 1% des échanges mondiaux en volume, mais environ un tiers de leur valeur.

Airbus prévoit une croissance plus modérée du marché cargo

Si les deux grands avionneurs s’accordent sur les principaux moteurs de la demande, leurs projections diffèrent sensiblement. Dans son Cargo Global Market Forecast, présenté le 21 octobre, Airbus retient une croissance annuelle du trafic de 3,2%, contre 3,5% pour Boeing. Il prévoit une flotte mondiale de 3 460 cargos en 2045, en hausse de 46% par rapport à sa base de 2 360 appareils en 2025.

L’avionneur européen évalue les besoins à 2 670 livraisons, dont 970 avions neufs et 1 700 conversions. Il accorde davantage de poids au renouvellement : 1 580 appareils remplaceraient des avions existants, tandis que 1 090 accompagneraient la croissance. Boeing prévoit, à l’inverse, une majorité de livraisons destinées à l’expansion des flottes.

Airbus place par ailleurs l’Amérique du Nord en tête des besoins en appareils, avec 925 livraisons attendues, devant l’Asie-Pacifique, à 850. Ce classement n’est pas contradictoire avec le rôle moteur de l’Asie dans les flux : la région à laquelle sont destinés les avions et les marchés sur lesquels ils transportent des marchandises constituent deux lectures différentes de l’activité.

Ces écarts rappellent enfin la nature de l’exercice : les chiffres publiés par les constructeurs sont des scénarios de marché à vingt ans, et non des carnets de commandes. Boeing précise lui-même que ses projections reposent sur des hypothèses susceptibles d’être démenties par l’évolution de l’économie, des échanges ou des conditions d’exploitation. La trajectoire envisagée reste néanmoins celle d’un secteur dont les besoins mêlent étroitement capacité supplémentaire et renouvellement des flottes.

Fret aérien : Boeing voit un marché de près de 3 000 avions cargos d’ici à 2045 1 Air Journal

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