L’avionneur européen Airbus fait face à de nouvelles difficultés sur son programme A350, avec des retards de livraison annoncés à certains clients pour la fin de la décennie. Parallèlement, le constructeur a discrètement mis en place un plan de réduction des coûts de 10% dans sa division aviation civile et au siège, en réponse aux tensions persistantes sur sa chaîne d’approvisionnement et aux incertitudes économiques mondiales.

Des problèmes persistants à l’usine de Kinston

Airbus a informé plusieurs clients de retards supplémentaires dans les livraisons d’A350 prévues pour la fin de cette décennie, selon trois sources de l’industrie citées par Reuters. Ces retards reflètent principalement « des problèmes persistants » dans l’approvisionnement de pièces critiques du fuselage en provenance de l’ancienne usine Spirit AeroSystems de Kinston, en Caroline du Nord.

Le site de Kinston, d’une superficie de 46 000 mètres carrés et équipé de robots, fabrique des panneaux composites pour le fuselage supérieur de l’A350 et un longeron en fibre de carbone pour chaque aile. Airbus a acquis cette installation, ainsi que l’usine de fabrication d’ailes de Belfast pour l’A220, en décembre 2025, lors du démantèlement du fournisseur Spirit AeroSystems, dont la majeure partie est retournée à son ancien propriétaire Boeing.

Une transition complexe après l’acquisition

« La transition ne s’est pas déroulée sans heurts », a déclaré une source aéronautique senior à Reuters. Le transfert de contrôle à Airbus aurait été entravé en partie par des problèmes de personnel, certains employés ayant choisi de rejoindre les anciennes opérations de Spirit désormais sous contrôle de Boeing.

Lors d’une présentation aux analystes le mois dernier, Airbus avait indiqué n’avoir trouvé « aucune mauvaise surprise » à Kinston, bien que le directeur financier Thomas Toepfer ait souligné « la complexité logistique » liée à l’envoi d’experts depuis l’Europe pour soutenir la montée en cadence. L’avionneur a décliné tout commentaire sur les calendriers de livraison.

L’A350 Freighter également concerné

Outre les difficultés à Kinston, les portes cargo construites par Airbus en Espagne pour le nouvel A350 Freighter connaissent également « certaines perturbations », ont ajouté les sources. Toutefois, un porte-parole d’Airbus a confirmé que le premier vol de l’A350F, prévu plus tard cette année, et sa première livraison en 2027 restent « sur la bonne voie ».

Pour rappel, le programme A350F avait déjà été officiellement retardé d’un an en février 2025 par le PDG Guillaume Faury, repoussant la livraison du premier appareil au second semestre 2027, soit un an après la date initialement fixée en 2021 lors du lancement du programme.

Un plan de réduction des coûts de 10%

Parallèlement à ces difficultés industrielles, Airbus a mis en place depuis plusieurs semaines un nouveau plan de « maîtrise des coûts » demandant à des milliers d’employés de réduire les dépenses de 10%.  Ce plan d’austérité se concentre sur les frais généraux et les fonctions de support, épargnant ainsi les lignes d’assemblage principales. Les mesures visent notamment les services administratifs secondaires et les fonctions de soutien au sein du siège social, dans une volonté de « rationaliser les dépenses générales tout en maintenant les ressources concentrées sur la production ».

Un élément central de ce nouveau programme est la réduction de l’utilisation de sous-traitants externes, qui constituent traditionnellement « une partie importante » du modèle opérationnel d’Airbus. Ces ressources externes font désormais l’objet d’un « examen plus approfondi » alors que le groupe cherche des économies supplémentaires.

Cette initiative s’ajoute au programme d’économies existant baptisé « LEAD », lancé il y a deux ans et qui reste actif. Alors que LEAD continue de fonctionner, les dernières mesures représentent « une couche distincte de discipline financière » visant à resserrer davantage les dépenses discrétionnaires et de soutien. Le programme LEAD, supervisé par le directeur de la division aviation commerciale Christian Scherer, avait déjà prévu d’examiner les coûts « sans tabou » et mis en place un gel des embauches, notamment pour les postes de cadres.

Incertitudes mondiales et tensions d’approvisionnement

Airbus a justifié ce plan de rigueur par « l’incertitude mondiale persistante » et les « problèmes de chaîne d’approvisionnement » qui continuent de peser sur son activité principale de construction d’avions de ligne. L’avionneur européen, basé à Toulouse, a refusé de commenter cette information. Cette initiative intervient alors qu’Airbus vise une augmentation d’environ 10% de ses livraisons pour atteindre environ 870 avions cette année.

Airbus : nouveaux retards sur l'A350, plan de rigueur de 10% en urgence 2 Air Journal

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