Le MC-21-310, version entièrement « russifiée » du moyen-courrier développé par Yakovlev, a franchi une étape importante en démontrant son autonomie et ses performances critiques au décollage.
Ces essais interviennent dans un contexte de sanctions qui contraignent Moscou à reconstruire toute une filière aéronautique sans recours aux fournisseurs occidentaux.
Le MC-21-310 valide son rayon d’action opérationnel
Le constructeur russe Yakovlev, filiale de l’UAC (United Aircraft Corporation), a annoncé le 23 juin avoir mené avec succès une série de vols d’essais sur le MC-21-310, version remaniée et entièrement équipée de systèmes domestiques. Selon l’industriel, l’appareil a démontré une autonomie supérieure à 3 800 kilomètres avec une charge utile correspondant à 175 passagers en configuration bi-classe, tout en conservant les réserves de carburant réglementaires exigées en exploitation commerciale. « Une portée de plus de 3 800 km a été atteinte avec une charge correspondant à 175 passagers, tout en garantissant les réserves réglementaires de carburant », a déclaré Vitaly Naryshkin, ingénieur en chef du programme MC-2. Les essais ont été conduits selon un profil de vol représentatif d’une exploitation commerciale standard, incluant les marges nécessaires pour un éventuel déroutement vers un aéroport alternatif.
Un test critique : décollage avec panne moteur simulée
Parallèlement à ces essais d’autonomie, Yakovlev a validé une autre exigence majeure de certification : la capacité à poursuivre un décollage en cas de panne d’un moteur. Contrairement à une idée reçue, l’avion ne décolle pas avec un moteur arrêté, mais doit être capable de continuer la manœuvre si une défaillance survient au moment le plus critique de la phase de décollage. « Les normes applicables aux avions de transport exigent qu’une panne moteur n’ait pas de conséquences critiques à aucun moment du vol, y compris au décollage », explique Pavel Sokut, responsable des essais en vol pour l’aviation civile chez Yakovlev. « L’appareil doit pouvoir poursuivre le décollage sur un seul moteur et atteindre une altitude de sécurité. Pour un biréacteur, c’est le paramètre le plus dimensionnant pour la masse maximale au décollage ».
Les données recueillies — distance de décollage et taux de montée — sont conformes aux prévisions théoriques, selon le constructeur, qui prévoit de les valider formellement lors des essais de certification.
Un programme emblématique sous contraintes de sanctions
Le MC-21 est devenu un symbole des ambitions — et des difficultés — de la Russie dans l’aviation civile. Initialement conçu pour concurrencer les Airbus A320neo et Boeing 737 MAX, l’appareil devait s’appuyer largement sur des technologies occidentales, notamment les moteurs Pratt & Whitney PW1400G. Mais, l’invasion de l’Ukraine en 2022 et les sanctions internationales ont profondément bouleversé ce modèle industriel. Privée d’accès aux fournisseurs occidentaux, la Russie a dû engager une stratégie d’« import substitution » visant à remplacer moteurs, avionique, matériaux composites et systèmes critiques.
La version MC-21-310 incarne cette transformation : elle est désormais propulsée par des turboréacteurs Aviadvigatel PD-14, pierre angulaire de l’indépendance technologique russe dans ce segment.
Une filière industrielle reconstruite sous pression
Au-delà du MC-21, l’ensemble de l’industrie aéronautique civile russe est engagé dans cette mutation. Le développement du moteur PD-8, destiné au SJ-100 (version modernisée du Sukhoi Superjet), illustre cette dynamique. Selon des sources industrielles russes, le PD-8 a obtenu sa certification de type début juin 2026, marquant une avancée significative dans la reconstitution d’une chaîne d’approvisionnement nationale.
Le motoriste UEC-Saturn a notamment salué le rôle de l’usine aéronautique de Voronej (VASO), qui a développé en moins d’un an des composants complexes en matériaux composites, dont les nacelles et capots moteurs.
Certification en ligne de mire
Yakovlev affirme désormais être prêt à confirmer les performances observées lors des prochaines campagnes de certification. « Nous sommes satisfaits des résultats obtenus. Les vols ont été réalisés avec une charge correspondant à la configuration prévue pour les premiers clients. Nous sommes prêts à confirmer ces performances lors des essais de certification », a déclaré Anatoly Gaydansky, directeur du centre d’ingénierie de Yakovlev.
Reste que le programme accuse plusieurs années de retard et fait face à des défis persistants, notamment en matière de production en série, de fiabilité des nouveaux systèmes et d’accès aux marchés internationaux, largement fermés aux appareils russes.

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