La compagnie américaine ultra low cost Spirit Airlines, engagée dans sa deuxième procédure de faillite en moins d’un an, discute d’un rachat potentiel avec le fonds d’investissement Castlelake, tandis que l’offre de son rival Frontier est désormais jugée non viable.
Selon plusieurs sources proches du dossier citées par la presse américaine, Castlelake a entamé des négociations pour acquérir tout ou partie de Spirit Airlines, placée sous la protection du Chapitre 11 depuis août 2025. Le projet intervient après l’examen, à l’automne, d’une offre de Frontier Group Holdings, finalement écartée car jugée impossible à structurer dans le cadre actuel de la procédure de faillite.
Castlelake n’a pas commenté ces informations, tout comme Spirit et Frontier, mais l’intérêt du fonds a été confirmé par plusieurs médias, dont CNBC et Reuters. Spécialiste des actifs réels et du financement d’avions, Castlelake connaît déjà bien le secteur du transport aérien, ce qui renforce la crédibilité d’un scénario de reprise adossé à une restructuration industrielle profonde plutôt qu’à une simple liquidation d’actifs.
Une « nouvelle » Spirit, plus petite et sous perfusion
Devant le tribunal des faillites de New York, les représentants de Spirit défendent l’idée qu’une compagnie profondément transformée peut encore émerger de ce « Chapter 22 », surnom donné à une deuxième procédure de Chapitre 11 en peu de temps. « Je pense qu’il est juste de dire que la compagnie a été largement repensée et presque entièrement réinventée au cours des derniers mois », a expliqué l’avocat Marshall Huebner (Davis Polk & Wardwell), représentant Spirit, lors d’une audience, ajoutant : « C’est une Spirit très différente. Elle est plus petite, plus resserrée, meilleure. »
Sous la contrainte financière, Spirit a déjà réduit son réseau et sa flotte, retirant près d’une centaine d’appareils et se retirant de plus d’une douzaine de marchés américains, avec la suspension d’environ 40 routes dans le cadre de son plan de restructuration. La compagnie s’est vue accorder de nouveaux financements d’urgence, dont une enveloppe de 100 millions de dollars obtenue en décembre, afin de maintenir ses opérations pendant la procédure.
Pression des créanciers et des syndicats pour éviter la liquidation
L’avenir immédiat de Spirit dépend désormais de la volonté de ses obligataires de poursuivre le financement déjà engagé ou, au contraire, de forcer une liquidation qui ferait disparaître ce transporteur emblématique de la Floride du Sud. Dans une lettre datée du 13 janvier, le syndicat Air Line Pilots Association (ALPA), qui représente les pilotes de Spirit, a exhorté les détenteurs d’obligations à « honorer leurs engagements de financement existants » afin de permettre la poursuite de la restructuration, les mettant en garde contre un scénario de liquidation « qui détruirait la compagnie aérienne de proximité de la Floride du Sud ».
Les personnels navigants ont déjà consenti des efforts : en 2025, pilotes et hôtesses‑stewards ont accepté des concessions salariales d’environ 100 millions de dollars pour soutenir le plan de sauvetage. Spirit emploie encore, directement ou via des sous‑traitants, plusieurs dizaines de milliers de personnes aux États‑Unis, ce qui confère à la procédure une forte dimension sociale et politique, au‑delà du seul enjeu concurrentiel entre compagnies à bas coûts.
Une situation financière critique depuis plus de deux ans
Spirit Airlines, pionnière du modèle ultra low-cost aux États-Unis, fait face depuis plus de deux ans à une situation financière critique. Une tentative de fusion avec JetBlue Airways a échoué au début de 2025 après une décision défavorable de la justice américaine, qui avait bloqué l’opération pour raisons concurrentielles.
Confrontée à des coûts opérationnels élevés, à la faiblesse de ses recettes unitaires et à une flotte clouée partiellement au sol à cause de retards de livraisons de Pratt & Whitney GTF, la compagnie s’est placée sous la protection du tribunal des faillites en août 2025, moins d’un an après une première restructuration.
Les difficultés de Spirit reflètent un environnement beaucoup plus hostile pour les transporteurs ultra low‑cost américains, confrontés à une capacité excédentaire, à un essoufflement de la demande loisirs et à une forte pression sur les tarifs, renforcée par les grandes compagnies historiques qui multiplient les sièges à bas prix.

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