L’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne (EASA) a prolongé jusqu’au 6 mars 2026 son bulletin d’information sur les zones de conflit (CZIB) concernant le Moyen-Orient et le Golfe arabo-persique, en raison d’un niveau de risque jugé « élevé » pour l’aviation civile à la suite d’une escalade militaire impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël.
L’agence recommande aux compagnies européennes et aux transporteurs étrangers autorisés par l’EASA de ne pas pénétrer dans l’espace aérien concerné, quel que soit le niveau de vol, et de suivre de près les publications aéronautiques et consignes nationales.
Un CZIB prolongé sans modification de fond
Le bulletin CZIB 2026-03-R1 a été initialement publié le 28 février 2026, puis révisé le 2 mars afin d’en prolonger la validité jusqu’au 6 mars, à l’issue d’une consultation entre l’EASA, la Commission européenne et les États membres. Aucune modification n’a été apportée au cœur de l’évaluation du risque, l’agence estimant que la situation sécuritaire reste inchangée dans ses grandes lignes.
L’EASA rappelle que ce type de bulletin est conçu pour « partager des informations considérées comme nécessaires pour assurer la sécurité des vols au‑dessus de zones d’intérêt et signaler les zones à haut risque ». Il s’adresse aux transporteurs soumis au règlement (UE) 965/2012 ainsi qu’aux opérateurs de pays tiers bénéficiant d’une autorisation TCO pour desservir l’Union européenne.
Un espace aérien régional classé à haut risque
Le CZIB couvre l’ensemble des niveaux de vol dans un large continuum d’espaces aériens du Moyen-Orient et du Golfe, tous qualifiés de zone à haut risque. Les Flight Information Regions (FIR) concernées sont :
- Bahreïn (OBBB)
- Iran, FIR Téhéran (OIIX)
- Irak, FIR Bagdad (ORBB)
- Israël, FIR Tel-Aviv (LLLL)
- Jordanie, FIR Amman (OJAC)
- Koweït (OKAC)
- Liban, FIR Beyrouth (OLBB)
- Oman, FIR Mascate (OOMM)
- Qatar, FIR Doha (OTDF)
- Émirats arabes unis, FIR Emirates (OMAE)
- Arabie saoudite, FIR Djeddah (OEJD)
Selon l’EASA, la présence de systèmes de défense sol‑air capables d’intervenir à toutes altitudes, de missiles de croisière et balistiques, ainsi que d’opérations militaires aériennes actives « rend l’ensemble de l’espace aérien concerné vulnérable aux risques de débordement, de mauvaise identification, d’erreur de calcul et de défaillance des procédures d’interception ».
Recommandation explicite : ne pas opérer
Dans son bulletin, l’EASA formule une recommandation rare par sa netteté : « les exploitants aériens ne doivent pas opérer dans l’espace aérien concerné, à tous les niveaux de vol et altitudes ». L’agence ajoute que les compagnies doivent « suivre de près l’évolution de l’espace aérien dans la région » et respecter les informations publiées par les autorités nationales, ainsi que les données partagées via la plateforme européenne d’échange d’informations sur les zones de conflit.
Cette position s’appuie sur une dynamique militaire marquée : le 28 février, les États‑Unis et Israël ont mené des frappes visant des sites en territoire iranien, auxquelles Téhéran a répondu par des attaques de drones et de missiles visant des objectifs liés aux intérêts américains et israéliens dans plusieurs pays du Golfe. L’EASA souligne que de nouvelles actions de représailles visant des actifs américains et israéliens dans la région sont « susceptibles de se produire », exposant non seulement l’espace aérien iranien, mais aussi celui d’États voisins hébergeant des bases américaines ou impliqués dans les hostilités. A noter que les recommandations distinctes invitant à éviter l’espace aérien de la Syrie et du Yémen restent en vigueur, témoignant d’un environnement de risque déjà fortement dégradé sur l’ensemble du Moyen‑Orient.
Une contrainte majeure pour les compagnies européennes
L’extension du CZIB formalise une réalité opérationnelle que nombre de transporteurs européens avaient déjà intégrée : l’évitement massif des corridors de survol du Moyen‑Orient et la suspension de certaines liaisons vers le Golfe et le Levant. Plusieurs compagnies ont en effet détourné leurs routes vers l’Asie ou l’Afrique en contournant l’Irak, l’Iran et les pays limitrophes, rallongeant les temps de vol et augmentant la consommation de carburant. Rappelons qu’Air France a décidé de prolonger la suspension de ses vols de et vers Dubaï, Riyad, Beyrouth et Tel-Aviv au moins jusqu’au 5 mars inclus. Des bases de données spécialisées sur les zones de conflit, comme Safe Airspace, relayent les recommandations d’EASA et d’autres autorités nationales, en appelant les opérateurs à éviter les FIR concernées jusqu’à nouvel ordre.
L’EASA indique qu’elle poursuivra une surveillance étroite de la situation « en coopération avec la Commission et les États membres », afin d’évaluer « si le risque pour les exploitants européens augmente ou diminue en fonction de l’évolution de la menace » et d’adapter, le cas échéant, son bulletin. L’agence précise qu’elle se réserve la possibilité de modifier, d’écourter ou de retirer le CZIB si l’environnement de sécurité venait à s’améliorer.

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