United Airlines revoit nettement à la baisse sa prévision de bénéfice 2026, sous la pression d’un kérosène dopé par la guerre en Iran, malgré des résultats trimestriels en forte hausse et une demande toujours robuste sur le marché américain. La compagnie ajuste sa capacité, renchérit ses billets et accepte une croissance plus mesurée pour absorber le choc carburant.
United Airlines a revu mardi sa prévision de bénéfice 2026, désormais attendue entre 7 et 11 dollars par action ajusté, contre une fourchette de 12 à 14 dollars annoncée en janvier, avant les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran. Les analystes sondés par LSEG tablaient jusqu’ici sur un bénéfice ajusté de 9,58 dollars par action, une prévision désormais alignée sur le milieu de la nouvelle fourchette.
Cette révision intervient alors même que les résultats du premier trimestre, clos au 31 mars, sont ressortis supérieurs aux attentes de Wall Street. Le revenu global a progressé de plus de 10% sur un an, passant de 13,21 à 14,61 milliards de dollars, tandis que le bénéfice net a bondi de 80%, à 699 millions de dollars, soit 2,14 dollars par action, contre 387 millions un an plus tôt. « Ces résultats sont une source de fierté pour nos employés et ils montrent la résilience de notre stratégie de long terme, même face à l’escalade des coûts de carburant », a déclaré le directeur général Scott Kirby dans le communiqué de résultats.
Une facture de kérosène qui explose
Le cœur du problème pour United se situe du côté du kérosène, dont les prix ont flambé depuis le déclenchement du conflit avec l’Iran. Cette dégradation n’est pas une simple correction de court terme : Scott Kirby a prévenu dans une note interne que United se prépare à un baril de pétrole pouvant grimper jusqu’à 175 dollars et rester au‑dessus de 100 dollars jusqu’à fin 2027. À ces niveaux, la facture annuelle de carburant de la compagnie pourrait augmenter d’environ 11 milliards de dollars, soit plus du double du bénéfice enregistré lors de sa « meilleure année » historique. Pour un secteur où le carburant représente traditionnellement 20 à 30% des coûts d’exploitation, une telle envolée a un impact immédiat sur les marges, malgré les couvertures mises en place par certaines compagnies.
Ajustements de capacité et discipline commerciale
Face à ce choc, United ne se contente pas de revoir ses objectifs financiers : elle ajuste aussi sa production. La compagnie a déjà indiqué qu’elle réduirait de 5 points de pourcentage sa capacité prévue pour l’année, en supprimant tactiquement des vols jugés temporairement non rentables en raison du coût du carburant, avec un ciblage notamment sur les périodes creuses (vols de nuit, mardis, mercredis, samedis) aux deuxième et troisième trimestres. Pour le second semestre 2026, United prévoit désormais une capacité globalement stable à +2% au mieux, après une croissance de 3,4% au premier trimestre.
L’optimisation du programme de vols s’accompagne d’une discipline renforcée sur le revenu unitaire. Au premier trimestre, les revenus unitaires ont progressé dans toutes les grandes zones de réseau, avec une hausse de 7,9% pour les vols intérieurs américains, portés par une demande toujours solide et des hausses tarifaires ciblées. United prévoit que ses revenus compenseront entre 40% et 50% de la hausse de la facture carburant au deuxième trimestre, jusqu’à 80% au troisième et entre 85% et 100% en fin d’année, signe d’une montée en puissance progressive des mesures de répercussion sur les clients et d’optimisation de l’offre.
Un secteur mondial sous pression carburant
La révision de trajectoire de United illustre un malaise plus large qui traverse l’aérien, confronté à une hausse durable du kérosène liée au conflit au Moyen‑Orient et aux tensions sur l’offre pétrolière. Selon plusieurs analyses, la flambée du carburant et l’allongement de certaines routes en raison des restrictions de survol redessinent en profondeur l’économie des réseaux et fragilisent le modèle traditionnel des compagnies.
En Europe comme en Asie, les transporteurs multiplient les ajustements de tarifs et de surcharges carburant. Air France‑KLM a récemment doublé sa surcharge carburant sur un aller‑retour en classe économique, tandis que Transavia, Cathay Pacific ou Air India ont relevé leurs prix ou frais dédiés pour intégrer la hausse du kérosène. D’après Willie Walsh, directeur général de l’IATA, « il est inévitable que les prix des billets augmentent », avec une hausse estimée entre 10% et 15% chez plusieurs compagnies, certaines allant plus loin par le biais de hausses ciblées de surcharges.

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