Les compagnies low-cost américaines demandent un allègement fiscal temporaire pour compenser l’envolée de leur facture de kérosène, dopée par la guerre avec l’Iran et l’absence quasi totale de couverture carburant dans le secteur aux États-Unis.
Depuis le déclenchement de la guerre avec l’Iran fin février, le prix du kérosène a quasiment doublé, atteignant sur certaines places américaines plus de 4 dollars le gallon, son niveau le plus élevé depuis 2022. Les compagnies aériennes américaines, qui ont largement renoncé aux stratégies de couverture financière du carburant, se retrouvent exposées de plein fouet à cette volatilité, sans filet de sécurité.
Si les grands réseaux comme Delta, United ou American peuvent partiellement diluer le choc grâce à leur taille et à leur clientèle affaires, les acteurs à bas coûts restent particulièrement vulnérables, leurs modèles reposant sur des marges unitaires faibles et une sensibilité extrême au prix du billet. D’après des calculs relayés par la presse économique américaine, une hausse d’un cent par gallon peut représenter plusieurs dizaines de millions de dollars supplémentaires par an pour un grand transporteur, une charge proportionnellement encore plus lourde pour un low-cost à structure de coûts serrée.
Une demande ciblée : suspension des taxes sur les billets
C’est dans ce contexte que l’Association of Value Airlines (AVA), qui regroupe Spirit Airlines, Frontier Airlines, Allegiant Air, Sun Country et Avelo, a écrit aux responsables du Congrès pour réclamer une suspension temporaire de certaines taxes fédérales. L’organisation demande notamment la mise entre parenthèses de la taxe d’accise fédérale de 7,5% sur les billets d’avion et du prélèvement forfaitaire de 5,30 dollars par segment domestique, prévus par le dispositif de financement aérien américain.
Selon l’AVA, renoncer provisoirement à ces taxes permettrait de compenser environ un tiers du surcoût lié à la flambée actuelle du carburant. L’association estime que cette mesure « offrirait un répit ciblé aux voyageurs les plus sensibles au prix et aux compagnies qui les desservent », tout en restant limitée dans le temps pour réduire l’impact budgétaire. Dans une note citée par Reuters, l’AVA explique que « la suspension des taxes sur les billets est l’instrument le plus rapide et le plus efficace pour atténuer le choc carburant sur les compagnies à bas coûts ».
Spirit en situation de vulnérabilité accrue
Parmi les transporteurs concernés, Spirit Airlines apparaît comme le maillon le plus fragile. Engagée dans un plan de restructuration complexe, la compagnie avait bâti ses projections 2026 sur un prix du carburant d’environ 2,24 dollars le gallon, soit presque moitié moins que les niveaux aujourd’hui observés autour de 4,12 à 4,24 dollars, selon les données de marché citées par Reuters et S&P Global.
La banque J.P. Morgan estime que cette dérive des hypothèses de prix pourrait renchérir la facture carburant de Spirit d’environ 360 millions de dollars en 2026, un choc que certains analystes jugent difficilement absorbable dans l’état actuel de ses finances.
D’après les informations de la presse spécialisée, la compagnie aurait déjà alerté les autorités sur le risque que cette hausse des coûts compromette le succès de sa restructuration et, à terme, sa viabilité. Il y a quelques jours, Bloomberg alertait même sur le fait que l’ultra low-cost américaine pourrait cesser ses opérations plus tôt que prévu.
Un financement clé pour le système aérien américain
La demande des low-cost se heurte toutefois à un enjeu central : les taxes qu’elles souhaitent suspendre alimentent directement l’Airport and Airway Trust Fund (AATF), le fonds qui finance l’essentiel du budget de la Federal Aviation Administration (FAA) et de nombreuses infrastructures aéroportuaires. Ce fonds, abondé par une série de taxes sur les billets passagers, les segments domestiques, les vols internationaux, le fret aérien et les carburants, couvrait encore autour de 90 à 95% de certains postes budgétaires de la FAA en 2024–2025.

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