L’ex-compagnie nationale Pakistan International Airlines (PIA), privatisée fin 2025 au profit d’un consortium mené par le groupe Arif Habib, s’apprête à confier sa direction générale à Tewolde Gebremariam, figure emblématique du succès d’Ethiopian Airlines.
Ce choix, confirmé par plusieurs sources internes, intervient alors que le nouvel actionnaire injecte des montants inédits pour assainir les finances de PIA, moderniser la flotte et repositionner la compagnie sur la carte mondiale du transport aérien.
Un stratège africain pour relancer PIA
Selon Arab News, PIA a sélectionné l’ancien directeur général d’Ethiopian Airlines Group, Tewolde Gebremariam, comme nouveau CEO, dans le cadre du plan de relance de la compagnie désormais privatisée. Deux responsables pakistanais cités par le média confirment que « Tewolde a été choisi pour prendre la tête de la compagnie », précisant que l’annonce officielle interviendra une fois terminées toutes les procédures de vérification et de sécurité.
Un actionnaire majeur de PIA, également cité par Arab News, affirme qu’ « il a été recruté. C’est une personne très capable qui a déjà mené de nombreux redressements », mettant en avant son expérience dans les restructurations lourdes. D’après un autre quotidien, cette fois pakistanais, The News, Tewolde Gebremariam figure au sommet de la short‑list de PIA, l’entreprise souhaitant officialiser son choix dès que les processus internes seront achevés.
Le pari Tewolde Gebremariam, architecte du succès d’Ethiopian
À la tête d’Ethiopian Airlines pendant près d’une décennie, Tewolde Gebremariam a transformé la compagnie en premier transporteur africain en termes de flotte, de réseau et de rentabilité, à partir de son hub d’Addis‑Abeba. Sous sa direction, Ethiopian Airlines a développé un modèle de hub‑and‑spoke très performant, reliant l’Afrique au reste du monde, tout en investissant massivement dans la flotte long‑courrier (Boeing 787, 777, Airbus A350) et dans une intégration verticale poussée (maintenance, formation, fret, catering).
Cette trajectoire contraste fortement avec celle de PIA, qui a souffert de décennies de mauvaise gestion, de surcapacité non rentable et de gouvernance publique complexe. Le recrutement d’un dirigeant associé à une réussite industrielle et commerciale majeure vise donc à apporter à PIA une culture de performance, de discipline financière et de planification stratégique à long terme, inspirée du modèle éthiopien.
Une privatisation aux montants inédits
La nomination de Tewolde s’inscrit dans le cadre de la privatisation de Pakistan International Airlines Corporation Limited (PIACL) et du transfert de son contrôle à un consortium mené par Arif Habib Corporation. La première clôture de l’opération est intervenue début juillet, après la satisfaction de l’ensemble des conditions prévues par le Share Purchase and Subscription Agreement (SPSA).
Lors de cette première clôture, le consortium a versé 10 milliards de roupies pakistanaises (environ 36 millions de dollars) au gouvernement au titre du produit de la vente, et injecté 80 milliards de roupies (environ 288 millions de dollars) en fonds propres dans PIACL. Cette recapitalisation est destinée à renforcer la situation financière de la compagnie, soutenir l’expansion et la modernisation de la flotte, développer le réseau de routes et améliorer la performance opérationnelle et le service à la clientèle.
Un plan d’investissement massif pour transformer la compagnie
Le processus d’appel d’offres de décembre 2025 s’est conclu par un engagement total de 180 milliards de roupies (environ 643 millions de dollars) de la part du consortium. Sur ce montant, 55 milliards de roupies (197 millions de dollars) doivent être versés à l’État pour l’acquisition de PIA, tandis que 125 milliards de roupies (449 millions de dollars) seront injectés dans la compagnie pour soutenir sa transformation à long terme.
Une seconde clôture est prévue dans les douze mois suivant la première, période au cours de laquelle le consortium s’est engagé à investir 45 milliards de roupies supplémentaires (161 millions de dollars) dans PIACL. Ce même consortium a également exprimé son intention d’exercer une option d’achat sur les 25 % de capital restant, pour un montant additionnel de 45 milliards de roupies, ce qui lui permettrait un contrôle quasi intégral de la compagnie.
PIA, de fleuron national à compagnie en difficulté
Créée à partir de la fusion avec Orient Airways au milieu des années 1950, Pakistan International Airlines a longtemps été un symbole de modernité pour le jeune État pakistanais. PIA a notamment été la première compagnie aérienne d’un pays non communiste à desservir Pékin dès 1963, et elle a établi des records de vitesse à l’époque des premiers jets Boeing.
Au fil des décennies, la compagnie s’est toutefois enfoncée dans les déficits, avec des pertes cumulées évaluées à plus de 227 milliards de roupies par le gouvernement pakistanais, ce qui a motivé le projet de privatisation. PIA a par ailleurs connu plusieurs accidents majeurs, dont l’accident d’un Boeing 707 au départ de Djeddah (vol 740) et le crash du vol 268 vers Katmandou, avant l’accident plus récent du vol 8303, un Airbus A320 qui s’est écrasé près de Karachi en 2020.
Un redressement sur fond d’enjeux de sécurité et de conformité
Sur le plan opérationnel, PIA exploite aujourd’hui une flotte d’un peu plus de 30 appareils, principalement des Airbus A320 et des Boeing 777, avec un âge moyen élevé d’environ 18 ans. Le réseau s’articule autour de trois hubs : Karachi, Islamabad et Lahore, desservant des destinations régionales majeures (Dubaï, Kuala Lumpur, Istanbul, Bahreïn) ainsi qu’une poignée de liaisons long‑courrier, dont Toronto.
La compagnie doit également gérer la dimension réglementaire : PIA a été interdite de vol dans l’Union européenne en 2020 après la révélation de licences de pilotes frauduleuses, avant de reprendre ses vols vers l’Europe : vers Paris en août 2025 (interrompu seulement deux mois plus tard), vers Manchester en septembre 2025, puis en mars 2026 vers Londres-Heathrow après 6 ans d’absence, à la faveur d’un plan de mise en conformité renforcé. La nomination d’un CEO rompu aux standards internationaux, à la tête d’une compagnie ayant largement investi dans la sûreté et la sécurité, est perçue comme un signal adressé aux régulateurs et aux marchés.
Défis pour le nouveau CEO : flotte, image et gouvernance
Pour Tewolde Gebremariam, les principaux chantiers s’annoncent multiples : renouveler et harmoniser une flotte vieillissante, améliorer l’expérience passager, restaurer l’image de marque et consolider les relations avec les autorités de sûreté (EASA, FAA, CAA locales). Le modèle développé à Addis‑Abeba, fondé sur un hub puissant et sur une offre de correspondances à l’échelle régionale et intercontinentale, pourrait inspirer une stratégie visant à repositionner Karachi, Islamabad ou Lahore comme plateformes de transit.

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