Airbus franchit une nouvelle étape dans la décarbonation de l’aviation commerciale avec LEIA, un projet européen qui vise à faire passer l’électricité de l’état de brique technologique à celui d’architecture intégrée pour les futurs avions court et moyen-courriers.

L’enjeu n’est pas de faire voler un avion tout électrique à court terme, mais de maturer des systèmes hybrides à haute tension, avec démonstration au sol prévue en 2027.

LEIA, un changement d’échelle

LEIA signifie Large scale Integration demonstrator of hybrid electrical Architecture et s’inscrit dans le programme Clean Aviation, le grand outil européen de recherche et d’innovation pour une aviation plus durable. Airbus explique que le projet vise à concevoir et intégrer des systèmes électriques non propulsifs afin d’améliorer l’efficacité de prélèvement sur moteur, la gestion de l’énergie et le poids global du système.

Le site de recherche d’Airbus précise que LEIA cible les futurs avions short-medium-range (SMR ou court et moyen‑courrier) et entend atteindre un niveau de maturité technologique TRL 5 d’ici fin 2027, avec une première démonstration au sol à la clé. Le projet est doté d’un budget de 35 millions d’euros et court de décembre 2025 à décembre 2027.

Du SWITCH à l’intégration avion

LEIA ne part pas de zéro : il prend le relais du projet SWITCH, consacré aux sous-systèmes de chaîne hybride-électrique. Airbus indique que Collins Aerospace a achevé en juillet des essais intégrés en laboratoire, une étape qui permet désormais le passage vers les travaux d’intégration avion dans le laboratoire STEP d’Ottobrunn, en Allemagne.

Dans ce nouveau cadre, les équipes d’Airbus doivent valider l’intégration au niveau avion, notamment la conception, l’interface batterie et les systèmes de gestion d’énergie. Le constructeur veut y tester une suite de composants électriques avancés, dont des moteurs-générateurs évolutifs, des contrôleurs électroniques de nouvelle génération et des équipements de distribution électrique.

Un enjeu technique majeur

Le cœur du sujet n’est pas seulement la propulsion, mais l’architecture électrique elle-même. Airbus met en avant les difficultés propres à la montée en puissance des réseaux haute tension à bord : stabilité du réseau, qualité de l’énergie, protection contre les décharges partielles ou les arcs électriques, sans oublier la gestion thermique.

Le projet cherche aussi à répondre à une question très aéronautique : comment remplacer progressivement des fonctions pneumatiques et hydrauliques par des systèmes électriques sans alourdir l’avion ni dégrader sa performance globale. C’est précisément ce passage du composant au système complet qui fait la valeur industrielle de LEIA.

Une stratégie industrielle européenne

Airbus insiste sur la dimension collective du programme, avec des partenaires en Union européenne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le consortium réunit notamment AVL, Collins Aerospace, EASN, Fraunhofer, Liebherr Aerospace, Lynxeo, NLR, Safran, Saft, l’université de Warwick et l’université de Wroclaw.

Cette logique de chaîne de valeur est importante, car l’électrification aéronautique dépend de fournisseurs spécialisés en convertisseurs, câblage, batteries, électronique de puissance, logiciels de supervision et systèmes thermiques. Airbus cherche ainsi à consolider un socle industriel européen tout en s’appuyant sur des compétences américaines et britanniques, dans un contexte de concurrence internationale accrue sur les technologies bas carbone.

Une étape, pas une fin

Airbus rappelle que sa feuille de route électrique s’est construite par étapes, de l’E-Fan à EcoPulse, puis aux projets Clean Aviation. L’EcoPulse, développé avec Daher et Safran, a bouclé sa campagne d’essais fin 2024 et a apporté des enseignements sur la propulsion distribuée, les batteries, l’aérodynamique et les commandes de vol. Dans sa communication sur l’innovation, Airbus estime qu’une propulsion hybride-électrique peut améliorer la gestion de l’énergie et réduire la consommation de carburant jusqu’à 5% par rapport à un vol standard.

Airbus accélère sur l’hybride-électrique avec LEIA 1 Air Journal

©Airbus