Après avoir longtemps assuré les liaisons intercontinentales de la compagnie suisse, le dernier Airbus A340-300 de SWISS pourrait être préservé au Musée suisse des transports, à Lucerne. L’ambition est d’exposer l’appareil dès le début de 2028, mais l’opération reste suspendue à un financement de plusieurs millions de francs, aux autorisations administratives et à la résolution d’un défi logistique hors norme entre Zurich et les rives du lac des Quatre-Cantons.

Le dernier Airbus A340 de SWISS promis à Lucerne

L’Airbus A340-300 s’apprête peut-être à connaître une retraite peu ordinaire. SWISS et le Musée suisse des transports de Lucerne ont annoncé leur intention de préserver le dernier exemplaire du quadriréacteur encore exploité par la compagnie, en l’intégrant durablement à l’exposition consacrée à l’aéronautique et à l’espace. La compagnie, filiale du groupe Lufthansa, prévoit de faire don de l’avion au musée une fois sa carrière opérationnelle achevée. L’objectif affiché est une installation au début de 2028. Mais le conditionnel reste de mise : transport, financement, permis et travaux d’aménagement doivent encore être garantis avant toute décision définitive

« Pendant de nombreuses années, l’Airbus A340 a relié les habitants de la Suisse au reste du monde et est ainsi devenu lui-même un pan de l’histoire de l’aviation suisse », souligne Jens Fehlinger, directeur général de SWISS. « Notre objectif est donc clair : nous voulons amener cet A340 à Lucerne au début de l’année 2028 », ajoute-t-il, tout en reconnaissant qu’il faudra mobiliser « de nombreux partenaires » pour concrétiser ce projet.

La fin des quadriréacteurs chez SWISS

Chez SWISS, l’A340-300 représente bien davantage qu’un appareil en fin de carrière. Avec ses quatre réacteurs, sa voilure élancée et sa silhouette reconnaissable, le long-courrier européen a été l’un des piliers de l’ouverture intercontinentale de la Suisse durant plus de deux décennies.

Les derniers A340-300 de SWISS, dont l’âge approche le quart de siècle, continuent d’assurer certaines liaisons au départ de Zurich, notamment vers Johannesburg et Shanghai. Leur retrait définitif est prévu au début de 2028, après une dernière phase d’exploitation qui mettra un terme à l’ère des avions passagers à quatre moteurs au sein de la compagnie. Ils seront remplacés par des Airbus A350-900, plus récents et plus sobres en carburant.

L’exemplaire pressenti serait le HB-JMH, un A340-313X livré en 2004. Selon aeroTelegraph, il totalisait déjà environ 107 500 heures de vol et 11 600 vols. Comme les autres A340 de la flotte, il avait bénéficié d’un renouvellement de cabine peu avant la pandémie, preuve que SWISS avait initialement envisagé de prolonger plus durablement l’exploitation de ce type.

L’A340 incarne aussi une époque où les compagnies européennes misaient sur les quadriréacteurs pour relier sans escale les marchés lointains. L’amélioration de la fiabilité des biréacteurs long-courriers, conjuguée à la hausse des coûts du carburant et de maintenance, a progressivement réduit la pertinence économique de ces avions. Les A350 et Boeing 787 ont depuis imposé un nouveau standard de consommation et de capacité sur les routes intercontinentales.

Un transfert de 125 tonnes, de Zurich à Lucerne

Le véritable enjeu ne sera pas tant de retirer l’avion du service que de l’acheminer jusqu’au musée. Un A340-300 affiche une masse à vide d’environ 125 tonnes et une envergure de 60,3 mètres : il ne peut évidemment pas rejoindre Lucerne comme un simple convoi routier. « Acheminer un avion de cette dimension jusqu’à Lucerne constitue toutefois une tâche aussi ambitieuse que complexe », reconnaît Martin Ettlinger, directeur du Musée suisse des transports. « Nous mettons tout en œuvre pour concrétiser ce projet exceptionnel avec SWISS et d’autres partenaires. »

Le musée devra financer l’ensemble du transfert, les éventuelles adaptations d’infrastructures et la scénographie intérieure. L’enveloppe est estimée à un montant « élevé à un chiffre » en millions de francs suisses. Le financement doit être sécurisé d’ici à la fin de 2026, principalement grâce à des fondations, des mécènes et des entreprises. Faute de réunir ces fonds ou d’obtenir les autorisations nécessaires, le projet pourrait ne pas aboutir.

Plusieurs solutions sont envisagées pour le dernier trajet. Le précédent historique est parlant : en 1975, le Convair CV-990 Coronado de Swissair exposé aujourd’hui à Lucerne avait effectué son dernier vol jusqu’à Alpnach, avant d’être chargé sur une barge et transporté sur le lac des Quatre-Cantons. En 2019, un Bombardier Challenger CL-604 de la Rega avait, lui aussi, rejoint le musée par une opération comparable. L’aéroport militaire d’Alpnach ou celui de Buochs figurent donc parmi les options crédibles pour l’arrivée finale de l’A340 avant son transfert terrestre ou lacustre.

L’A340 aux côtés du Coronado de Swissair

S’il rejoint Lucerne, l’Airbus A340 ne sera pas un simple objet statique posé dans une cour. Le projet prévoit une implantation devant la halle consacrée à l’aéronautique et à l’espace, ainsi qu’une mise en scène de la cabine afin de faire comprendre aux visiteurs la réalité d’un voyage long-courrier et les technologies associées. « Accueillir un Airbus A340 au Musée suisse des transports représente une occasion unique de préserver un pan important de l’histoire de l’aviation suisse et de le rendre accessible au public », estime Martin Ettlinger.

L’appareil compléterait une collection déjà marquée par l’histoire de l’aviation helvétique. La pièce maîtresse actuelle est le Convair CV-990 Coronado de Swissair, quadriréacteur américain entré en service chez la compagnie entre 1962 et 1975. Le musée le présente comme l’un des rares exemplaires survivants de ce type, symbole d’une période de vitesse, de progrès technique et de prestige pour le transport aérien suisse.

Le rapprochement entre le Coronado de Swissair et l’A340 de SWISS raconterait ainsi, à quelques mètres de distance, plus d’un demi-siècle d’aviation long-courrier suisse : de l’âge des premiers jets intercontinentaux à l’extinction progressive des quadriréacteurs commerciaux.

Le dernier A340 de SWISS pourrait finir sa carrière au musée de Lucerne 1 Air Journal

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