Moscou a décidé de renforcer encore son soutien financier à deux programmes civils emblématiques de sa stratégie d’autonomie aéronautique : le moyen-courrier MC-21 et le turbopropulseur régional IL-114-300.

L’annonce a été faite le 30 juillet par le Premier ministre Mikhaïl Michoustine, dans un contexte où la Russie cherche à reconstruire une industrie aéronautique civile affaiblie par les sanctions occidentales et par la disparition progressive des pièces et systèmes fournis auparavant par Airbus, Boeing ou divers sous-traitants étrangers.

MC-21 : la chaîne doit tourner sans interruption

Au cœur du dispositif figure le Yakovlev MC-21-310, version russifiée du moyen-courrier, dont la production se poursuit à l’usine d’Irkoutsk. Des médias russes rapportent que 18 appareils se trouvent à différents stades d’assemblage sur le site, tandis qu’Aeroflot serait en attente de 198 exemplaires.

Mikhaïl Michoustine a expliqué que ces fonds supplémentaires devaient « empêcher la chaîne d’assemblage de s’arrêter et prendre toutes les mesures nécessaires pour honorer la commande prévue d’ici 2035 », selon une traduction du propos relayé par les médias russes. L’objectif affiché reste ambitieux : la Russie veut faire du MC-21 l’un des piliers du renouvellement de sa flotte intérieure, après avoir accéléré la substitution de composants occidentaux par des systèmes nationaux.

Le programme n’est toutefois pas encore stabilisé. D’après Interfax, la certification du MC-21 est désormais visée pour juin 2027. De son côté, Rostec a déjà évoqué plusieurs retards, liés à l’intégration des systèmes russes et à la maturation des essais de certification.

Un pari industriel sous contrainte

Le MC-21-310 est présenté par Moscou comme un avion construit avec des pièces et systèmes russes, propulsé par le moteur PD-14, développé localement. Cette « russification » est devenue une nécessité stratégique après les sanctions imposées à la suite de l’invasion de l’Ukraine, qui ont profondément perturbé l’accès de l’industrie russe aux technologies aéronautiques occidentales.

Pour l’État russe, l’enjeu dépasse le seul programme MC-21 : il s’agit aussi de conserver des compétences industrielles, d’assurer une souveraineté technologique minimale et d’alimenter le marché intérieur en avions de ligne ne dépendant plus de chaînes d’approvisionnement fragilisées. En pratique, cependant, la montée en cadence reste un défi majeur, tant sur le plan industriel que réglementaire.

IL-114-300 : un turboprop régional toujours très surveillé

Le gouvernement russe a également annoncé un soutien financier pour les trois premiers IL-114-300 de série, un turbopropulseur régional développé par Iliouchine, filiale de l’UAC, lui-même intégré à Rostec. L’enveloppe annoncée s’élève à 2,6 milliards de roubles, soit environ 32,8 millions de dollars, pour achever ces trois appareils entièrement produits localement.

L’IL-114-300, donné pour jusqu’à 68 passagers et une autonomie d’un peu plus de 1 000 nautiques, doit être livré à Arkhangelsk Aviation Enterprise. Conçu pour les liaisons locales et régionales, il peut décoller et atterrir sur des pistes courtes et non goudronnées et est adapté aux régions isolées et arctiques. Il doit permettre le remplacement des Antonov An-24 en service un peu partout en Russie et dans les pays membres de la CEI. Le design prévoit de l’espace pour du fret, en particulier postal, afin de servir les régions les plus reculées.

L’appareil a obtenu en juin 2026 son certificat de type, mais les documents publiés par les médias russes montrent qu’il ne peut pas encore opérer sans restrictions : plage de température limitée, interdiction en cas de givrage ou d’orage, et restrictions sur les pistes mouillées ou contaminées.

Autrement dit, si le certificat marque une étape importante, il ne signifie pas encore une entrée en service pleinement mature. Les autorités russes assurent que ces limitations seront levées au fur et à mesure de la poursuite des essais, mais elles rappellent la difficulté de certifier un avion conçu pour des conditions d’exploitation souvent extrêmes, notamment dans le nord du pays.

Au-delà de ces deux programmes, Moscou poursuit un objectif politique et industriel qui est de remplacer les avions occidentaux par une production nationale. Le pari est particulièrement visible sur les monocouloirs avec le MC-21, mais aussi sur les avions régionaux avec l’IL-114-300 et, dans une autre logique, le SJ-100 à moteurs russes.

Russie : Moscou remet des fonds sur le MC-21 et pousse le turbopropulseur IL-114-300 en production 1 Air Journal

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