Selon les dernières projections Commercial Market Outlook (CMO) de Boeing pour l’Asie du Sud, présenté à Hyderabad dans le cadre du salon Wings India 2026, le trafic de passagers en Inde et dans les pays voisins progressera en moyenne de 7% par an au cours des vingt prochaines années. Cette dynamique repose sur la montée d’une classe moyenne voyageuse, un environnement macroéconomique favorable et l’amélioration des infrastructures, en particulier des aéroports régionaux.

Le constructeur américain anticipe ainsi que les compagnies indiennes et sud‑asiatiques devront prendre livraison d’environ 3 290 à 3 300 avions neufs d’ici 2044, en comptant la croissance et le remplacement des appareils les plus anciens. « Le trafic passagers aérien en Inde et en Asie du Sud augmentera en moyenne de 7% par an au cours des 20 prochaines années, stimulé par la montée d’une classe moyenne, la croissance économique et les investissements dans les aéroports et la connectivité », résume Boeing dans son communiqué.

Une flotte presque quadruplée d’ici 2044

Le parc commercial de la région passerait de 795 appareils aujourd’hui à 2 925 en 2044, soit une progression proche d’un quadruplement en deux décennies. Cette montée en puissance est l’une des plus rapides au monde et place l’Inde parmi les marchés domestiques les plus stratégiques pour les avionneurs, derrière les États‑Unis et la Chine mais avec une croissance plus vigoureuse.

Pour Ashwin Naidu, directeur général marketing commercial de Boeing pour l’Eurasie et le sous‑continent indien, « à mesure que le transport aérien devient plus central dans la façon dont les personnes et les marchandises se déplacent en Inde et en Asie du Sud, les compagnies aériennes renforceront leurs réseaux, augmenteront la taille de leurs flottes et investiront dans les services et le personnel technique afin de soutenir la croissance à long terme ».

La domination des monocouloirs sur les lignes régionales

Sur les quelque 3 300 livraisons attendues, les monocouloirs représentent de loin la majorité, avec 2 875 appareils sur la période 2025‑2044, soit près de 90% des nouveaux avions. Les jets régionaux restent anecdotiques, avec moins de dix unités, tandis que les gros-porteurs atteignent 395 exemplaires, et les avions tout‑cargo 20 appareils, neufs ou convertis.

Cette prépondérance des monocouloirs reflète le poids du marché domestique indien – aujourd’hui troisième marché intérieur mondial – et des liaisons court et moyen‑courrier vers les pays voisins, où les compagnies low‑cost comme IndiGo jouent un rôle central. Elle traduit aussi la stratégie des transporteurs de maximiser la flexibilité des réseaux sur des lignes en forte croissance, tout en limitant les risques d’une capacité long‑courrier trop rapidement déployée.

Au‑delà de l’explosion du trafic intérieur, Boeing voit l’Inde se positionner comme un hub de premier plan pour le trafic international passagers et cargo entre l’Asie, le Moyen‑Orient, l’Europe et l’Amérique du Nord. Le nombre de gros‑porteurs exploités dans la région devrait ainsi plus que tripler d’ici 2044, permettant à « des millions de passagers indiens et sud‑asiatiques de voyager vers des marchés internationaux, notamment le Moyen‑Orient, l’Europe et l’Amérique du Nord ».

Le fret aérien doit lui aussi profiter de la montée en puissance de l’industrie à forte valeur ajoutée et du commerce en ligne. Boeing estime que la flotte de cargos dédiés – neufs ou convertis – sera multipliée par cinq en vingt ans, tirée par la croissance de la fabrication high‑tech en Inde et par l’essor de l’e‑commerce. Dans un pays qui ambitionne de devenir une grande base industrielle et logistique, la capacité cargo est devenue un enjeu stratégique autant qu’un relais de rentabilité pour les compagnies.

Un besoin massif d’emplois et de services aéronautiques

Pour absorber ce choc de croissance, les besoins en services et en compétences seront considérables. Boeing chiffre à plus de 195 milliards de dollars les investissements nécessaires dans les services aéronautiques en Inde et Asie du Sud sur vingt ans : maintenance, réparation et modifications (MRO), services numériques, formation et soutien opérationnel.

Le secteur devra aussi recruter environ 141 000 nouveaux professionnels, dont quelque 45 000 pilotes, 45 000 techniciens et 51 000 membres d’équipage de cabine. Cette projection intervient alors que l’Inde pousse activement au développement de centres de formation et de maintenance sur son sol, afin de limiter la dépendance vis‑à‑vis de l’étranger et de capter une part plus importante de la valeur ajoutée de cette croissance aérienne.

Un horizon à long terme dans un contexte concurrentiel

Les projections de Boeing s’inscrivent dans un paysage où Airbus publie également des prévisions très optimistes pour le marché indien, évoquant plus de 3 000 avions nouveaux nécessaires pour les seuls transporteurs indiens d’ici 2044. La rivalité entre les deux grands avionneurs s’alimente de méga‑commandes annoncées ces dernières années par IndiGo, Air India ou encore des groupes low‑cost de la région, qui cherchent à sécuriser des capacités sur le long terme.

Boeing parie sur un quadruplement de la flotte en Inde et Asie du Sud d’ici 2044  1 Air Journal

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