Le président américain Donald Trump a menacé de « décertifier » les avions construits au Canada et d’imposer des droits de douane de 50 % sur les appareils canadiens vendus aux États-Unis, accusant Ottawa de bloquer la certification de plusieurs jets d’affaires Gulfstream. Une surenchère politique inédite dans un domaine, la certification aéronautique, habituellement tenu à distance des bras de fer commerciaux entre Washington et Ottawa.

Dans un message publié le 29 janvier sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump accuse les autorités canadiennes d’avoir « injustement, illégalement et obstinément » refusé de certifier les Gulfstream G500, G600, G700 et G800, qu’il présente comme « parmi les avions les plus avancés jamais construits ». « Nous décertifions par la présente leurs Bombardier Global Express, et tous les avions fabriqués au Canada, jusqu’à ce que Gulfstream, une grande entreprise américaine, soit pleinement certifiée », écrit-il, en menaçant en outre de tarifs de 50 % sur « tout avion vendu » depuis le Canada vers les États‑Unis.

Dans le même message, Trump affirme que le processus de certification canadien empêcherait de facto la vente de jets Gulfstream au Canada, sans toutefois apporter d’éléments de preuve montrant que Transports Canada aurait délibérément retardé ou refusé ces certifications pour des motifs politiques. Les autorités canadiennes ne se sont pas encore publiquement expliquées sur l’état précis des dossiers Gulfstream visés par les accusations du président américain.

Où en sont les certifications Gulfstream et Bombardier ?

À ce jour, Transports Canada n’a effectivement pas délivré de certificat de type pour les Gulfstream G500, G600, G700 et G800, alors que ces appareils disposent déjà d’approbations de la part d’autres grands régulateurs. L’ultra long-courrier G800 a obtenu sa certification de type auprès de la Federal Aviation Administration (FAA) américaine et de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) en avril 2025, après une campagne d’essais dans un contexte de réglementation plus stricte depuis la crise du 737 MAX. Le G700, plus grand, avait été certifié par la FAA dès mars 2024, à l’issue d’un processus déjà prolongé.

Du côté canadien, Transports Canada a en revanche certifié le biréacteur d’affaires Global 8000 de Bombardier en novembre 2025, ouvrant la voie à son entrée en service, avant que la FAA puis l’AESA ne délivrent à leur tour leurs propres certificats, la dernière en date étant l’AESA le 23 janvier. Ce décalage de calendrier entre programmes américains et canadiens n’a rien d’exceptionnel dans l’industrie : chaque autorité suit ses procédures, parfois en s’appuyant sur la certification d’une autre agence, mais avec ses propres exigences techniques et ses priorités.

Une menace juridiquement floue et techniquement explosive

Au-delà de la rhétorique, la faisabilité réelle d’une « décertification » massive reste très incertaine. En droit, c’est la FAA qui est compétente pour certifier les aéronefs opérant dans l’espace aérien américain, et des experts interrogés au Canada comme aux États-Unis soulignent qu’aucun mécanisme simple et immédiat n’existe pour retirer de façon générale les certificats de navigabilité d’appareils déjà en service pour des raisons principalement politiques.

Les conséquences opérationnelles seraient, elles, considérables. Selon les données de Cirium, environ 2 700 avions fabriqués par Bombardier sont actuellement en service aux États-Unis, dont quelque 150 Global Express, longue portée emblématique du constructeur canadien. Au total, 5 425 appareils construits au Canada sont enregistrés en exploitation dans le pays, en incluant jets d’affaires, avions régionaux, monocouloirs et hélicoptères. Cette flotte comprend 58 Airbus A220 produits au Canada et un nombre très important de CRJ700 et CRJ900 opérés pour des compagnies comme SkyWest Airlines, Endeavor Air, PSA Airlines, GoJet Airlines, Flexjet ou encore pour le réseau Delta Connection.

Trump menace de « décertifier » les avions canadiens aux États-Unis sur fond de querelle autour de Gulfstream 1 Air Journal

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