Alors que l’Europe reste une destination phare pour les voyageurs chinois, les grandes compagnies nationales chinoises déploient une offensive sans précédent sur le Vieux Continent. Pour la saison estivale 2026 (fin mars à fin octobre), elles prévoient près de 2 900 vols supplémentaires vers l’Europe par rapport à l’année précédente, profitant d’un avantage concurrentiel marqué face aux transporteurs européens et du Golfe.
Selon le fournisseur de données aériennes OAG, Air China mène la course avec +1 120 vols à son programme estival 2026, suivie de China Southern Airlines (+839) et China Eastern Airlines (+654). D’autres transporteurs comme Hainan Airlines viennent compléter cette vague d’expansion.
Air China, à elle seule, desservira 18 pays européens avec 41 liaisons et 229 vols hebdomadaires. Parmi les nouveautés : des liaisons quotidiennes depuis le nouvel aéroport de Pékin-Daxing vers Francfort (dès le 28 avril) et Milan (à partir du 13 juin), ainsi que de nouveaux services Pékin-Bruxelles (7 vols par semaine) et Chengdu-Bruxelles (3 vols). « Nous prévoyons de poursuivre le développement de notre réseau sur des marchés tels que l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et l’Islande, ainsi que d’augmenter les fréquences sur les lignes existantes pendant la haute saison estivale », indique la direction d’Air China.
China Eastern, de son côté, lancera Shanghai-Zurich (3 vols hebdomadaires dès le 18 juin en A350), reprendra Shanghai-Stockholm après six ans d’absence et ouvrira Xi’an-Vienne. Au total, elle opérera 20 routes Chine-Europe (hors Russie) avec près de 1,9 million de sièges aller-retour, en hausse de 20 % sur un an.
L’atout maître : l’espace aérien russe
Le principal avantage des compagnies aérienens chinoises réside dans leur accès privilégié à l’espace aérien russe, interdit depuis 2022 à la plupart des transporteurs occidentaux. Résultat : des trajets 2 à 3 heures plus courts que ceux des compagnies aériennes européennes, qui doivent contourner la Russie par le sud. Ces économies de temps se traduisent directement en réduction de consommation de carburant et en meilleure optimisation des appareils.
La crise actuelle au Moyen-Orient renforce encore cet avantage. Les hubs du Golfe (Dubaï, Doha, Abou Dhabi) étant perturbés, les vols via ces plateformes deviennent plus longs et plus coûteux. Les compagnies aérienens chinoises, qui évitent totalement cette zone grâce à leurs routes directes via la Russie, proposent donc des horaires plus attractifs et des tarifs souvent plus compétitifs.
Un marché largement dominé par la Chine
Ces développements portent la part de marché des compagnies aérienens chinoises à environ 83 % des capacités Chine-Europe, contre environ deux tiers en 2019. Au total, plus de 12,1 millions de sièges aller-retour seront proposés cet été, contre 10,4 millions l’année précédente.
Cette domination s’explique aussi par une demande structurelle forte : tourisme, voyages d’affaires et étudiants chinois vers l’Europe continuent de croître, tandis que les transporteurs chinois disposent de flottes modernes et de hubs puissants (Pékin-Daxing, Shanghai-Pudong) qui alimentent facilement ces lignes long-courriers.
Face aux compagnies européennes (Air France-KLM, Lufthansa, British Airways…), les transporteurs chinois bénéficient de coûts d’exploitation nettement inférieurs, non seulement grâce aux routes plus directes, mais aussi à des structures de coûts favorables (main-d’œuvre, carburant, soutien étatique implicite). Un vol Europe-Chine peut ainsi coûter jusqu’à plusieurs milliers de dollars de moins en carburant seul.
Vis-à-vis des majors du Golfe (Emirates, Qatar Airways, Etihad Airways), l’avantage est double : les compagnies aérienens chinoises échappent aux perturbations du Moyen-Orient tout en proposant des vols directs sans escale, là où les passagers européens ou asiatiques devaient souvent transiter par Dubaï ou Doha. Résultat, les hubs chinois (Pékin et Shanghai) deviennent des alternatives de plus en plus prisées.
Vers une nouvelle donne dans le ciel Europe-Asie ?
Cette offensive chinoise s’inscrit dans une reconfiguration plus large des flux aériens mondiaux, dictée par les tensions géopolitiques. Pour les voyageurs européens, elle signifie plus de choix et potentiellement des tarifs plus abordables vers la Chine et l’Asie. Pour les compagnies aériennes européennes et du Golfe, elle représente un défi majeur qui pourrait les obliger à repenser leurs stratégies long-courriers.
L’été 2026 s’annonce comme un tournant : les compagnies aériennes chinoises ne se contentent plus de rattraper leur retard post-Covid, elles imposent désormais leur rythme sur l’un des corridors aériens les plus stratégiques du monde.

@Air China
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