Sous la pression d’un kérosène dont le prix a plus que doublé depuis le début de la guerre en Iran et d’une série de conflits sociaux, Lufthansa Group accélère sa stratégie de restructuration. Le groupe allemand annonce l’arrêt immédiat des opérations de sa filiale régionale Lufthansa CityLine, une réduction progressive de capacités sur le court, moyen et long-courrier, ainsi que le retrait anticipé de plusieurs gros-porteurs emblématiques, dont les derniers Airbus A340-600 et une partie de sa flotte de Boeing 747-400.
CityLine retirée du programme : un arrêt définitif
Lufthansa Group a validé un « premier paquet de mesures » qui prévoit la réduction du programme de vols sur l’ensemble de son réseau, ainsi qu’une modernisation anticipée de la flotte. Première décision, présentée comme immédiatement effective : les 27 appareils opérés par Lufthansa CityLine seront « retirés définitivement du programme de vols » à partir du surlendemain de l’annonce, afin de stopper les pertes de cette filiale jugée structurellement déficitaire.
CityLine, basée en Allemagne, opère aujourd’hui essentiellement des Canadair Regional Jet (CRJ), des avions régionaux dont Lufthansa souligne qu’ils « approchent de la fin de leur capacité opérationnelle technique » et se distinguent par des coûts d’exploitation élevés par siège-kilomètre. Le groupe confirme ainsi la trajectoire déjà esquissée dans sa stratégie : CityLine devait de toute façon être progressivement remplacée par la nouvelle filiale Lufthansa City Airlines, conçue comme une plateforme court et moyen-courrier plus compétitive sur les hubs de Francfort et Munich.
A340-600 et 747-400 vers la sortie
La deuxième étape du plan interviendra à la fin de la saison été 2026, avec une réduction de capacité long-courrier de six appareils intercontinentaux. Les quatre derniers Airbus A340-600 encore en flotte quitteront définitivement Lufthansa en octobre, mettant fin à l’histoire de ce quadriréacteur au sein du groupe allemand. Parallèlement, deux Boeing 747-400 seront immobilisés à partir d’octobre pour la saison hiver à venir, avant un retrait complet de ce type d’appareil l’année suivante.
Ces retraits s’inscrivent dans une tendance de fond chez Lufthansa comme chez d’autres majors européennes : sortir plus tôt que prévu les quadriréacteurs gourmands en carburant et réduire la dispersion des sous-flottes en privilégiant des bi-réacteurs long-courrier plus modernes comme l’Airbus A350 ou le Boeing 787. Dans le même mouvement, neuf Airbus A350-900 supplémentaires seront alloués à Discover Airlines, la filiale loisirs du groupe, conformément à la planification de flotte de moyen terme.
Un troisième volet sur le réseau européen
La troisième phase est attendue pour le programme d’hiver 2026‑2027 et visera le cœur de marque Lufthansa. Le groupe prévoit alors une nouvelle réduction des capacités de la marque principale sur le court et moyen-courrier, équivalente à cinq appareils, dans le cadre de la consolidation du trafic intra-européen sur les six hubs du groupe. L’objectif affiché est de concentrer davantage l’offre sur des plateformes court et moyen-courrier clairement différenciées, afin d’améliorer la compétitivité-coûts face à la pression des low-cost et à la montée des coûts salariaux.
Le plan s’accompagne d’une volonté de réduire le nombre de types d’appareils au sein de la flotte, un levier classique de productivité et de simplification opérationnelle. En rationalisant ses sous-flottes, Lufthansa cherche à diminuer ses dépenses de maintenance, de formation et de planification, dans un contexte de marges sous tension sur le marché européen.
Le coût du kérosène au cœur de la décision
Au-delà de la question des flottes régionales ou long-courrier, le facteur déclencheur est clairement le coût du carburant. Selon Lufthansa, les prix du kérosène ont plus que doublé par rapport à la période précédant la guerre en Iran, tandis que les grèves et conflits sociaux, notamment avec les syndicats de pilotes et de personnel de cabine, ont ajouté une charge financière significative.
Le groupe rappelle que la consommation de kérosène de ses compagnies passagers est couverte à hauteur d’environ 80% par des opérations de couverture financière, basées entre autres sur l’évolution des cours du brut. Néanmoins, les 20% restants doivent être achetés au prix du marché, nettement plus élevé qu’auparavant ; en réduisant la capacité et en retirant les appareils les moins efficients, Lufthansa estime pouvoir diminuer d’environ 10% cette part non couverte et donc particulièrement coûteuse de ses besoins en carburant.
« Un plan inévitable » selon la direction financière
Pour Till Streichert, directeur financier de Lufthansa Group, ces mesures s’imposent. « Le paquet pour l’accélération de la mise en œuvre des mesures de flotte et de capacité est incontournable au regard de la forte hausse du coût du kérosène et de l’instabilité géopolitique », déclare-t-il, soulignant que le groupe doit « concentrer plus clairement » ses plateformes court et moyen-courrier et les « rendre plus compétitives ».
Le dirigeant rappelle que la sortie de CityLine était déjà identifiée dans la stratégie du groupe « indépendamment de la crise géopolitique actuelle », mais que cette dernière « contraint à avancer le calendrier ». « Il s’agit d’une décision douloureuse, en particulier pour les collègues de Lufthansa CityLine. Il est d’autant plus important de leur offrir des perspectives d’emploi au sein du groupe », assure-t-il.
Reclassements et tensions sociales autour de CityLine
Lufthansa insiste sur le fait que, compte tenu de la fin programmée des opérations des Canadair au plus tard d’ici la fin de l’année et d’une possible cessation complète des activités, des offres de reclassement avaient déjà été faites à l’ensemble des catégories de personnel de CityLine. Le personnel au sol a ainsi obtenu des postes au sein de la nouvelle Lufthansa Aviation GmbH, tandis que les pilotes et PNC se sont vu proposer, dès le tournant 2024‑2025, des transferts vers Lufthansa City Airlines, avec des conditions de rémunération « comparables sur plusieurs années » à celles de CityLine, complétées le cas échéant par des paiements compensatoires.
L’objectif officiel reste de « permettre aux équipages de Lufthansa CityLine de disposer de perspectives professionnelles au sein du groupe ». Dans le même temps, Lufthansa annonce l’ouverture de discussions avec les représentants du personnel de Lufthansa CityLine GmbH en vue d’un « plan social » et d’un accord de départs, alors que ce dossier alimente depuis plusieurs mois la mobilisation des syndicats de pilotes (Vereinigung Cockpit) et de PNC (UFO et ver.di), opposés à ce qu’ils perçoivent comme une dégradation des conditions de travail via la nouvelle structure City Airlines.
Objectif : alléger aussi les coûts administratifs
Au-delà des avions et des lignes, Lufthansa Group compte également s’attaquer à ses coûts administratifs. Le groupe fixe de nouveaux objectifs d’économies pour le recrutement de personnel, l’organisation d’événements internes et le recours à des cabinets de conseil externes, venant s’ajouter au plan déjà annoncé visant la suppression d’environ 4 000 postes administratifs d’ici 2030.

Alexis a commenté :
17 avril 2026 - 14 h 10 min
RIP 🇩🇪 Luft-JOON.
Pas si cool a commenté :
17 avril 2026 - 15 h 13 min
Bel oiseau qui a donné à Airbus ses lettres de noblesse dans le LC.
Est ce que ce sera la fin des A340 en Europe ?
Est ce qu’Iberia en possède encore ?
Qui d’autres ?
Grinch' a commenté :
17 avril 2026 - 17 h 43 min
Pour les A340-600 en version “passagers”, oui ce sera leur fin en Europe puisque hormis Lufthansa, seule l’iranienne Mahan Air en possède encore (et il me semble que Mahan Air est sur la liste noire de l’UE). Mais il en restera encore quelques-uns en version “fret” chez European Cargo. J’en ai d’ailleurs vu un il y a quelques semaines à Lyon Saint-Ex’.
Par contre, il restera encore en Europe en version “passagers” les A340-300 de Swiss, Edelweiss et… Lufthansa, qui en possède encore 10 en activité. Mais pour combien de temps ?
Ca commence quand même à sentir le sapin pour l’A340 toutes versions confondues, tout comme pour le B747.
Origine de ces plans? a commenté :
17 avril 2026 - 15 h 50 min
Réduire le nombre de marques et sous marques…
Sortir le CRJ coûteux…
Sortir au p,us vite les vieux quadri de la flotte…
Concentrer au plus vite la flotte sur des bi réacteurs long courrier modernes type 787/350…
Concentrer davantage l’offre sur des plateformes clairement identifiées…
Ma parole, on dirait que LH se met à faire du…Ben Smith!