Vietjet a signé un accord de crédit-bail pour dix biréacteurs régionaux chinois COMAC C909 avec la société SPDB Financial Leasing, consolidant un rapprochement déjà engagé entre les industriels aéronautiques chinois et le transporteur low-cost vietnamien. L’annonce, intervenue à l’occasion de la visite d’État du président vietnamien To Lam en Chine, illustre aussi la dimension diplomatique croissante des choix de flotte au sein de l’Asie-Pacifique.
Vietjet s’engage sur le C909
Vietjet a officialisé la signature d’un accord de crédit-bail pour 10 COMAC C909 avec la société chinoise SPDB Financial Leasing, un contrat présenté comme un financement de long terme destiné à accompagner la croissance des liaisons régionales de la compagnie. Selon le communiqué publié à Pékin, l’accord a été signé le 16 avril 2026 en présence de représentants des deux gouvernements, en marge de la visite officielle du président To Lam en Chine.
Le montant de la transaction n’a pas été rendu public, mais Vietjet précise que ces avions sont destinés prioritairement aux liaisons régionales en Asie, notamment entre le Vietnam et la Chine. « Cet accord marque une nouvelle étape dans le renforcement de notre flotte pour répondre à la demande croissante sur les marchés régionaux clés », a déclaré Vietjet dans son communiqué, sans toutefois détailler le calendrier de livraisons ni la configuration cabine retenue.
Un choix inscrit dans le rapprochement Hanoï–Pékin
L’annonce s’inscrit dans un contexte de rapprochement économique et politique entre Hanoï et Pékin, où l’aviation civile est utilisée comme vecteur de coopération. Le contrat a été annoncé officiellement durant la première visite d’État à l’étranger de To Lam depuis son élection à la présidence vietnamienne, ce qui lui confère une portée symbolique au-delà du seul périmètre commercial.
Pour Pékin, ce nouvel engagement d’un transporteur étranger sur le C909 constitue un signal favorable pour l’exportation de son avion régional, déjà exploité majoritairement par des compagnies chinoises. Pour Hanoï, le recours à un appareil chinois permet de diversifier les sources d’approvisionnement de flotte dans un contexte de tension sur les carnets de commandes des duopoles occidentaux, sans pour autant renoncer aux Airbus et Boeing déjà présents chez Vietjet.
Le COMAC C909 : le régional chinois à l’export
Le COMAC C909 – commercialisation du programme ARJ21 – est un biréacteur régional de 78 à 95 sièges, conçu pour des missions court et moyen-courrier. Dans une configuration à une classe, l’appareil peut accueillir environ 90 passagers, avec une autonomie comprise entre environ 2 200 km pour la version standard et jusqu’à 3 700 km pour certaines variantes à plus long rayon d’action.
L’appareil est propulsé par deux turboréacteurs General Electric CF34‑10A, une motorisation largement éprouvée sur le segment régional, et affiche une vitesse de croisière typique autour de Mach 0,78 et un plafond de l’ordre de 11 900 à 12 200 mètres. La cellule – fuselage de 33,46 m, envergure d’environ 27,3 m – est dimensionnée pour opérer sur des pistes d’environ 1 700 m au décollage à masse maximale, ce qui en fait un outil adapté aux aéroports secondaires et aux réseaux domestiques denses.
Du wet lease à l’intégration de flotte
Vietjet n’en est pas à sa première expérience avec le C909 : la compagnie avait déjà exploité deux exemplaires en wet lease auprès de la chinoise Chengdu Airlines, dans un dispositif où avions, équipages et maintenance étaient fournis par le loueur. Ces appareils avaient été introduits au printemps 2025, dans un contexte déjà marqué par une forte dimension diplomatique entre la Chine et le Vietnam autour de l’aérien.
Cette phase d’essai n’a toutefois duré que six mois : Vietjet a laissé expirer le contrat de wet lease en octobre 2025, une décision attribuée principalement au coût du recours à des équipages et à un support maintenance étrangers, ainsi qu’à certaines contraintes réglementaires vietnamiennes, et non à des difficultés techniques liées à l’appareil lui-même. « La non‑reconduction du contrat était davantage liée à l’économie de l’opération et au cadre réglementaire qu’aux performances en vol du C909 », indiquait alors une source proche du dossier citée par Reuters.
Un pari sur la montée en puissance de COMAC
Avec cet accord portant sur jusqu’à dix avions, Vietjet pourrait devenir l’un des plus importants opérateurs du C909 en dehors de la Chine, contribuant ainsi à la visibilité internationale du programme. Pour COMAC, qui cherche depuis plusieurs années à imposer l’ARJ21/C909 au‑delà du marché domestique, la signature d’un transporteur low‑cost reconnu en Asie constitue un soutien précieux, même si le volume reste modeste à l’échelle des grands programmes régionaux occidentaux.
L’introduction de ces appareils en crédit‑bail, plutôt qu’en wet lease, implique cette fois une intégration plus structurelle : Vietjet devra gérer la formation de ses propres équipages, la qualification des équipes de maintenance et l’adaptation de ses procédures opérationnelles à un type d’appareil encore peu répandu dans la région. L’opération sera donc aussi un test grandeur nature de la capacité de COMAC à soutenir, sur la durée, un client étranger en termes de support technique, de pièces détachées et de navigabilité, un point clé pour la crédibilité du constructeur chinois face à la concurrence.


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