L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) vient de publier une directive de navigabilité d’urgence imposant l’inspection de 16 Airbus A380, après la mise en évidence de fissures sur des éléments structurels à l’intérieur des ailes.

La plupart des avions concernés sont exploités par Emirates, certains devant être contrôlés avant même leur prochain vol, alors que les autorités européennes assurent que la situation ne présente pas, à ce stade, de risque de sécurité immédiat.

Une directive d’urgence après réexamen des inspections

Selon les éléments rendus publics, la nouvelle directive de navigabilité 2026-0119-E fait suite à un réexamen des résultats d’inspections précédentes, qui a mis en lumière des fissures susceptibles d’affecter l’intégrité structurelle des ailes d’Airbus A380. L’EASA demande aux exploitants concernés de réaliser des inspections spécifiques sur 16 appareils identifiés, avec des échéances pouvant aller jusqu’à une vérification avant le prochain vol pour les cas jugés les plus sensibles.

La directive vise des « wing mid spars », ou longerons intermédiaires, éléments majeurs de la structure interne de l’aile qui reprennent une partie importante des charges en flexion et en torsion. Airbus a été chargé de fournir aux compagnies des procédures détaillées d’inspection et, le cas échéant, de réparation, afin de garantir que la résistance résiduelle de la voilure reste conforme aux hypothèses de certification.

Des fissures dans les longerons et une implication directe d’Emirates

Le problème touche des zones précises des longerons d’aile, déjà au cœur de précédentes consignes de navigabilité sur le très gros-porteur européen. Dans un précédent ensemble de directives, l’EASA avait ainsi identifié plusieurs secteurs à surveiller des deux côtés de l’appareil, notamment le longeron arrière extérieur (Outer Rear Spar, ORS) entre les nervures 33 et 49, le longeron avant intérieur extérieur (Outer Inner Front Spar, OIFS) entre les nervures 8 et 14, et le longeron avant extérieur (Outer Front Spar, OFS) entre les nervures 38 et 49.

Emirates, premier opérateur mondial d’A380, est en première ligne. La compagnie de Dubaï avait déjà signalé des fissures dans certaines zones de longerons sur des appareils plus anciens, notamment parmi ceux stockés puis remis en service après la pandémie, au point qu’Airbus a dépêché jusqu’à 60 ingénieurs sur place pour accompagner les opérations d’inspection et de remise à niveau structurelle.

Un phénomène déjà connu sur l’A380

Les voilures de l’A380 ne sont pas, hélas pour Airbus, à leur premier épisode de fissuration détectée en service. Dès 2012, des microfissures avaient été découvertes sur des pièces d’attache en forme d’équerre (« rib feet ») reliant les nervures à la structure de l’aile, conduisant l’EASA à imposer l’inspection de l’ensemble de la flotte de l’époque, alors constituée de 68 appareils. Les contrôles étaient alors déclenchés en fonction du nombre de cycles (décollages–atterrissages), avec un calendrier resserré pour les avions les plus sollicités, accompagnés de méthodes d’inspection non destructives, par courants de Foucault et ultrasons.

Pas de mise au sol généralisée mais un suivi renforcé

Comme lors des épisodes précédents de fissures sur l’A380, l’EASA ne juge pas nécessaire de clouer au sol l’intégralité des appareils concernés, préférant un dispositif de surveillance et d’inspection ciblé, adossé à des seuils de cycles ou d’âge. Le régulateur souligne que le risque pour la sécurité reste contrôlé dès lors que les inspections sont menées dans les délais prescrits et que les éventuelles réparations sont appliquées conformément aux instructions du constructeur.

Pour les compagnies, ces opérations se traduisent toutefois par des immobilisations plus longues en maintenance lourde, voire par des retards au retour en service de certains appareils remis en ligne après stockage, comme on l’a vu chez Emirates. L’impact opérationnel est d’autant plus sensible que le marché du long‑courrier connaît depuis la sortie de crise sanitaire une reprise vigoureuse, qui pousse plusieurs opérateurs – de Lufthansa à Etihad – à réactiver des A380 initialement promis à la retraite.

Fissures sur les ailes : l’EASA impose des inspections urgentes sur 16 Airbus A380 2 Air Journal

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