La low cost irlandaise Ryanair hausse le ton contre le contrôle aérien français et la Commission européenne. La low cost irlandaise affirme, en s’appuyant sur un rapport du Sénat français, que le contrôle aérien (ATC) hexagonal serait « le pire d’Europe », avec des retards en hausse de 60% en 2025 par rapport à 2019, pour un surcoût estimé à 800 millions d’euros pour les compagnies aériennes.
Une lettre à Ursula von der Leyen
Dans un communiqué daté du 9 juillet 2026, Ryanair indique avoir transmis à Ursula von der Leyen une lettre assortie d’un rapport du Sénat français sur les performances du contrôle aérien. Ce document parlementaire reconnaît que le contrôle aérien français accumule des performances inférieures à la moyenne européenne, avec un niveau de retards et de coûts jugé préoccupant.
La compagnie affirme que les retards liés au contrôle aérien français ont bondi de 60% en 2025 par rapport à 2019, tout en soulignant que la hausse des redevances ATC suit désormais la même trajectoire que les retards. « Même le Sénat français admet désormais que le contrôle aérien français est “le pire d’Europe” et qu’il a coûté 800 millions d’euros aux compagnies aériennes en 2025 », écrit Ryanair dans son communiqué.
O’Leary fustige une présidente « inutile »
Le ton du communiqué est particulièrement virulent à l’égard de la présidente de la Commission européenne. Michael O’Leary, directeur général de Ryanair, y multiplie les attaques personnelles en la rebaptisant d’inutile, « Useless von der Leyen », et en l’accusant de se contenter de « discours » sur la compétitivité sans « livrer la moindre réforme ».
« Il est temps pour “Useless von der Leyen” d’arrêter de parler de compétitivité et de commencer à la délivrer », déclare-t-il, en appelant la présidente « à démissionner » si elle n’est pas en mesure de mettre en œuvre les réformes recommandées par le rapport Draghi sur la compétitivité européenne publié en 2024. Ryanair déplore également « l’absence de réforme significative » du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) pour l’aviation, qu’elle juge « pénalisant et discriminatoire » pour les vols intra-UE par rapport aux vols long-courriers.
Des revendications ciblées sur l’ATC
Au-delà des invectives, Ryanair formule deux demandes précises à la Commission européenne. La première consiste à imposer à tous les prestataires de services de navigation aérienne (ANSP) d’être pleinement dotés en personnel pour la « première vague » matinale de vols, sous peine d’amendes substantielles en cas de retards récurrents.
La deuxième vise la protection des survols en cas de grève nationale du contrôle aérien, un sujet récurrent depuis plusieurs années pour les compagnies européennes, particulièrement touchées par les mouvements sociaux des contrôleurs français. Ryanair souhaite que les vols de survol du territoire français puissent continuer à opérer pendant les grèves, en s’inspirant des régimes mis en place dans d’autres pays pour limiter l’impact sur le trafic international.
Le maillon français au cœur des tensions
La France est régulièrement pointée du doigt pour son niveau de retards ATC et la fréquence des mouvements sociaux affectant le contrôle aérien. Une étude d’Eurocontrol relayée en 2025 soulignait déjà que les retards liés à la gestion du trafic aérien dans l’espace français avaient augmenté de 50% sur un été par rapport à l’année précédente, représentant près d’un tiers des retards ATC en Europe.
Les grèves de contrôleurs français, parfois lancées à l’appel de syndicats minoritaires, se traduisent par des milliers d’annulations de vols et de fortes perturbations pour les survols, notamment ceux de compagnies basées hors de France. Plusieurs associations professionnelles, dont l’IATA et Airlines for Europe, ont à plusieurs reprises réclamé un encadrement plus strict de ces mouvements ou la mise en place de plans de continuité pour protéger les vols de survol.
D’un autre côté, la Cour des Comptes vient de dresser un diagnostic sévère, pointant les retards en forte hausse, un temps de travail des contrôleurs nettement inférieur aux standards du secteur, un protocole social coûteux mais peu efficace ou un service minimum affaibli en cas de grève.
Un contexte de retards structurels en Europe
Si le cas français concentre les critiques, les retards dus au contrôle aérien constituent un problème plus large pour l’Europe, comme le rappellent les données d’Eurocontrol et de l’IATA. Sur la dernière décennie, les minutes de retard imputables à la gestion du trafic aérien ont plus que doublé, malgré une série de plans de modernisation et d’initiatives comme le Ciel unique européen (SES) ou SESAR.
Les retards ATC se traduisent par des coûts additionnels significatifs pour les compagnies — carburant, équipages, indemnisation des passagers — que les transporteurs estiment désormais difficilement absorbables dans un environnement de marges faibles et de pression réglementaire accrue sur l’environnement. Ryanair avance pour sa part que ses passagers ont été « 21 millions » à subir retards ou annulations en 2025 en raison des défaillances ATC et du manque de personnel, toutes zones confondues.
Le rapport Draghi en toile de fond
Ryanair s’appuie également sur le rapport sur la compétitivité européenne commandé à Mario Draghi, présenté en 2024 et censé servir de feuille de route pour renforcer la productivité de l’économie européenne, y compris dans les infrastructures et les services de réseau. Selon la compagnie, « le rapport Draghi est resté sur une étagère dans le bureau de la présidente von der Leyen » sans traduction concrète en mesures, notamment pour l’aviation et l’ATC.
Des marges de manœuvre limitées pour Bruxelles
La marge de manœuvre de la Commission en matière d’ATC demeure encadrée par les traités et les compétences nationales, ce qui limite la portée de mesures coercitives directes contre un prestataire de service de navigation aérienne comme la DSNA en France. Bruxelles peut néanmoins agir via la régulation économique, les orientations sur la performance (plans de performance SES) ou des mesures d’harmonisation technique, voire la révision des règles sur les services essentiels et les droits de grève.
La sortie de Ryanair s’inscrit dans une campagne plus large des compagnies européennes, low cost comme traditionnelles, pour obtenir une amélioration durable de la performance ATC. D’autres transporteurs ont déjà dénoncé à plusieurs reprises l’impact des grèves françaises sur leur programme, en particulier durant les périodes de pointe estivale où les marges de flexibilité du réseau sont réduites.

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