Alors qu’Aéroports de Paris (ADP) annonce un accord avec l’État sur le futur contrat de régulation économique (CRE) 2027‑2034, assorti de 8,2 milliards d’euros d’investissements et d’une hausse moyenne des redevances de +2,1 points par an au‑dessus de l’inflation, le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (SCARA) dénonce un dispositif qui ferait financer la montée en puissance du hub de Roissy‑Charles‑de‑Gaulle par les dessertes domestiques, européennes et ultramarines.

Un accord État–ADP sur huit ans, sous le regard du régulateur

Paris, le 3 août 2026, ADP a annoncé avoir trouvé un accord avec l’État sur le projet de CRE couvrant la période 2027‑2034. Son directeur général y voit une « étape majeure » avant l’entrée en vigueur du contrat au 1ᵉʳ janvier 2027. Le texte doit encore recueillir l’avis conforme de l’Autorité de régulation des transports (ART), puis être signé avant la fin de l’année.

Ce cadre pluriannuel, prévu par le code des transports, fixe les conditions d’évolution des redevances aéroportuaires, les hypothèses de trafic et de charges d’exploitation, ainsi qu’un programme d’investissements régulés désormais calibré à 8,2 milliards d’euros.

Une concertation jugée « non aboutie » par le SCARA

La publication d’un nouveau dossier public de concertation (DPC) par ADP intervient après un premier document mis en consultation fin 2025. « Ce nouveau DPC ne modifie qu’à la marge les hypothèses de trafic et d’investissements, sans remettre en cause l’orientation que nous contestons depuis plusieurs mois », estime le SCARA, qui juge la concertation « non aboutie ».

Le syndicat reproche à ADP de « faire porter aux dessertes aériennes point‑à‑point européennes, domestiques et ultramarines le financement d’une stratégie qui ne les concerne pas directement », en visant prioritairement « l’attraction de lignes internationales et le renforcement du hub de correspondances de Roissy‑CDG ». Les commissions consultatives économiques réunies en janvier ont, elles, rendu des avis globalement favorables à la durée de huit ans, mais assortis de « réserves » sur la trajectoire tarifaire, relève l’ART.

Derrière la moyenne de +2,1 % par an, des hausses très contrastées

Sur la période 2027‑2034, ADP prévoit une hausse moyenne des redevances soumises au plafond de +2,1 points au‑dessus de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), avec un pic de +4,0 points en 2027‑2028 puis +1,5 point de 2029 à 2034.

Le SCARA souligne toutefois que « cette moyenne masque des écarts considérables d’une catégorie de desserte à l’autre ». Hors inflation, les redevances passagers progresseraient de 34 % sur les lignes domestiques et de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, contre 16 % seulement sur les dessertes internationales. Inflation comprise, ces hausses atteindraient respectivement 48 %, 34 % et 28 %. Selon l’ART, l’évolution moyenne reste jugée « modérée » au regard du plafonnement des mécanismes d’ajustement, mais elle insiste sur la nécessité de « rééquilibrer le partage de risque » et de mieux documenter les hypothèses de trafic et de coûts.

Le hub de CDG privilégié dans les investissements et les tarifs

Le programme d’investissements régulés, qui doit ajouter 18 millions de passagers de capacité à Paris‑CDG et Paris‑Orly à horizon 2034, concentre une part significative des ressources sur le hub de correspondances. Selon le SCARA, « près de 40 % » des 8,2 milliards d’euros seront consacrés aux infrastructures de correspondance de CDG, contre 20 % pour les liaisons point‑à‑point, le reliquat correspondant à des investissements communs.

Ce déséquilibre s’observe alors que « les passagers en correspondance ne représentent que 29,5 % du trafic total des plateformes d’ADP », insiste le syndicat. Dans le même mouvement, le dispositif tarifaire prévoit un abattement renforcé pour ces passagers : ADP confirme dans son DPC une hausse de l’abattement de 40 % à 60 % sur certaines catégories, ce qui se traduit par des baisses de redevances en correspondance, alors que les lignes point‑à‑point subiraient les hausses les plus fortes.

TSBA, CDG Express : une accumulation de charges sur les lignes françaises et européennes

Au‑delà du seul CRE, le SCARA met en avant une accumulation de prélèvements sur les dessertes françaises et européennes. Il rappelle qu’une étude de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), publiée en novembre 2025, a établi que la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) intervenue en mars 2025 — soit +4,77 € par billet en classe économique et +3,70 € en classe affaires sur les vols intra‑européens — a contribué à la baisse d’attractivité de la France pour les compagnies aériennes.

À cette charge doit s’ajouter, à compter d’avril 2027, la « contribution spéciale CDG Express », perçue sur chaque passager au départ et à l’arrivée de Roissy‑CDG pour financer l’intermodalité entre l’aérien et le futur train rapide reliant la gare de l’Est. Son montant exact n’est pas encore connu, mais il sera plafonné à 1,40 € par voyageur, selon le cadre réglementaire fixé par l’État. « Cette addition de taxes et de redevances renchérit le coût d’exploitation des lignes françaises et européennes et pèse directement sur l’attractivité de la destination France », alerte le SCARA.

Des hausses limitées à l’inflation réclamées pour les lignes point‑à‑point

Dans ce contexte, le syndicat des compagnies aériennes autonomes appelle l’État à « réexaminer sa proposition », afin que « chaque usager des plateformes aéroportuaires d’ADP acquitte le juste prix des services qui lui sont rendus, sans avoir à financer des choix stratégiques qui ne le concernent pas ». Il demande la mise sur la table d’un « scénario d’investissements alternatif », compatible avec une limitation des hausses tarifaires au niveau de l’inflation pour les dessertes point‑à‑point européennes, domestiques et ultramarines.

L’ART doit encore rendre son avis conforme sur le projet de contrat, qui inclura une clause de « revoyure » obligatoire en 2030, au bout de quatre ans, pour vérifier que le CRE ne s’est pas déséquilibré au détriment des usagers. Le SCARA entend peser dans ce débat en rappelant que, désormais, la compétitivité des lignes françaises se joue autant sur le niveau des taxes et redevances que sur le prix du carburant ou la concurrence des autres hubs européens et extra‑européens.

Redevances aéroportuaires : le SCARA conteste les hausses bien supérieures à l’inflation pour les lignes françaises et ultramarines  2 Air Journal

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