Un jury américain a accordé 29 millions de dollars de dommages et intérêts à la famille de Michael « Mick » Ryan, ingénieur irlandais du Programme alimentaire mondial des Nations unies, tué dans le crash du vol Ethiopian Airlines ET302 en mars 2019. Ce verdict civil, rendu à Chicago, intervient plus de sept ans après la catastrophe du 737 MAX 8 et alors que seuls deux dossiers liés à cet accident resteraient encore ouverts.
Boeing a été condamné à verser 29 millions de dollars — environ 25 millions d’euros — à la famille de Michael « Mick » Ryan, l’une des 157 victimes du crash du vol Ethiopian Airlines ET302. Le verdict a été rendu par un jury fédéral à Chicago, dans le cadre d’une procédure civile engagée par la veuve de l’ingénieur irlandais, Naoise Connolly Ryan.
Le 10 mars 2019, le Boeing 737 MAX 8 immatriculé ET-AVJ venait de décoller d’Addis-Abeba à destination de Nairobi lorsqu’il s’est écrasé au sud-est de la capitale éthiopienne, six minutes après son départ. Les 157 occupants, issus de 35 nationalités, ont péri. L’appareil avait été livré à Ethiopian Airlines seulement quelques mois auparavant.
Michael Ryan, parmi 21 employés de l’ONU
Employé du Programme alimentaire mondial (PAM), Michael Ryan, père de deux enfants, se rendait à Nairobi pour participer à l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement (ANUE). Il figurait parmi les 21 membres du personnel de l’ONU morts dans la catastrophe.
Le procès civil s’était ouvert le 3 août à Chicago. Il n’avait pas pour objet de réexaminer les causes techniques de l’accident ni de fixer une responsabilité pénale, mais d’évaluer le montant dû aux proches de la victime. La procédure s’inscrit dans le prolongement d’un accord conclu en 2021, par lequel Boeing avait reconnu sa responsabilité civile dans l’accident d’Ethiopian Airlines afin de permettre aux familles de concentrer leurs actions sur le niveau des compensations.
La plupart des dizaines de plaintes déposées après les accidents d’Ethiopian Airlines et de Lion Air ont depuis fait l’objet de règlements amiables confidentiels. Selon les informations rapportées par Le Monde, il ne resterait désormais que deux procédures civiles ouvertes concernant le seul crash du vol ET302.
Une troisième indemnisation majeure depuis 2025
Le montant accordé à la famille Ryan s’ajoute à deux décisions importantes déjà rendues par la justice américaine. En novembre 2025, lors du premier procès civil lié aux deux accidents du 737 MAX, un jury fédéral de Chicago avait accordé 28,45 millions de dollars au veuf de Shikha Garg, une employée de l’ONU décédée dans le crash d’Ethiopian Airlines.
En mai 2026, les proches de Samya Stumo, une Américaine de 24 ans tuée dans le même accident, avaient obtenu 49,5 millions de dollars. À l’audience, Dan Webb, avocat de Boeing, avait déclaré être « d’accord » sur la nécessité d’une « compensation financière importante pour la douleur infligée », tout en précisant : « Notre seul désaccord [porte] sur le montant exact de cette compensation. »
Ces verdicts ne constituent pas une grille tarifaire uniforme : les jurys prennent en compte la situation personnelle de chaque victime, son âge, sa carrière, ses revenus anticipés, ses proches et le préjudice moral invoqué par la famille. Ils illustrent toutefois l’ampleur persistante du volet civil de la crise du 737 MAX.
Le MCAS au cœur de l’accident du vol ET302
L’accident d’Ethiopian Airlines s’était produit moins de cinq mois après celui du vol Lion Air JT610, un autre 737 MAX 8, tombé en mer de Java le 29 octobre 2018 avec 189 personnes à bord. Au total, les deux catastrophes ont causé 346 morts.
L’enquête éthiopienne a conclu qu’une donnée erronée fournie par la sonde gauche d’incidence — l’angle d’attaque, ou AOA — avait déclenché de manière répétée le système MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System). Ce logiciel de commandes de vol a alors ordonné à plusieurs reprises un mouvement à piquer du stabilisateur horizontal, jusqu’à la perte de contrôle de l’avion. Le rapport retient comme cause probable « des commandes répétées et non commandées à piquer du MCAS », résultant de données AOA erronées.
Après l’accident d’Ethiopian Airlines, l’ensemble de la flotte mondiale de 737 MAX a été immobilisé en mars 2019. La FAA américaine a de nouveau autorisé l’appareil à voler en novembre 2020, après une refonte du MCAS, de nouvelles procédures et des exigences de formation renforcées.
Un 737 MAX modifié, une procédure pénale abandonnée
La version modifiée du MCAS compare désormais les informations des deux sondes d’incidence. En cas d’écart significatif, le système est inhibé. Il ne peut plus déclencher qu’un seul ordre à piquer par événement de forte incidence, et l’amplitude de son action est limitée afin de préserver une autorité suffisante aux pilotes sur la profondeur. Une alerte « AOA DISAGREE », signalant une discordance entre les deux capteurs, est également devenue systématique sur les 737 MAX.
Sur le plan pénal, le dossier a connu un dénouement distinct. En novembre 2025, un juge fédéral du Texas a accepté l’abandon des poursuites américaines contre Boeing en lien avec les deux accidents, dans le cadre d’un accord avec le ministère américain de la Justice. Boeing a notamment accepté de verser 1,14 milliard de dollars supplémentaires, comprenant amendes, indemnisations des familles et dépenses liées au renforcement de ses programmes de conformité et de sécurité.

Mamadou DIALLO a commenté :
14 août 2026 - 16 h 13 min
Le préjudice moral dépend énormément de la nationalité de la victime.
Étonnant, non ?