La compagnie bermudienne BermudAir va exploiter un Embraer E190F, avion-cargo issu de la conversion d’un E190 de transport de passagers. Loué auprès de la société américaine Regional One, l’appareil doit faire de BermudAir le deuxième exploitant mondial du programme E-Freighter et le premier sur le continent américain, sous réserve des autorisations réglementaires.
Un cargo dédié pour les liaisons entre les îles et l’Amérique du Nord
BermudAir franchit une nouvelle étape dans sa diversification. La jeune compagnie, créée en 2023 et jusqu’ici tournée vers le transport de passagers, a annoncé l’arrivée prochaine d’un Embraer E190F, version tout-cargo du biréacteur régional brésilien. BermudAir exploite aujourd’hui 4 E-Jets passagers (deux E175 et deux E190) mais a commandé 10 A220-300 livrables à partir de 2027.
Le nouvel avion cargo sera pris en location auprès de Regional One, spécialiste américain de la gestion et du leasing d’actifs aéronautiques. Il opérera comme cargo dédié, en complément — et non dans les soutes des vols passagers — du réseau de BermudAir entre les Bermudes, les Caraïbes, les États-Unis et le Canada. La compagnie dessert actuellement dix destinations avec une flotte annoncée de deux E175 et deux E190.
Adam Scott, fondateur et directeur général de BermudAir, estime que « le fret est une évolution naturelle » pour la compagnie. L’objectif est notamment d’acheminer du fret express, des envois liés au commerce en ligne et des marchandises urgentes vers les communautés insulaires reliées au réseau de la compagnie.
BermudAir prévoit d’utiliser son E190F pour trois catégories de fret clairement identifiées : le colis express, les envois du commerce électronique et les expéditions urgentes ou sensibles au délai. L’objectif est d’alimenter les Bermudes et les autres îles de son réseau depuis les États-Unis et le Canada, tout en permettant des flux inter-îles.
L’E190F, entre turbopropulseur et cargo monocouloir
Le programme E-Freighter d’Embraer repose sur la conversion d’E190 et d’E195 passagers en avions-cargos. L’E190F vise un créneau intermédiaire : celui des liaisons régionales et de collecte/distribution, trop importantes pour les turbopropulseurs cargos mais insuffisantes pour justifier l’emploi d’un cargo monocouloir plus lourd de type Boeing 737.
Selon Embraer, l’E190F peut emporter jusqu’à 13,5 tonnes de marchandises dans un volume maximal de 103 m³, réparti entre le pont principal et les soutes. Sa portée maximale annoncée à pleine charge atteint 2 590 milles nautiques, soit environ 4 797 km. Son système de chargement est prévu pour accueillir jusqu’à neuf palettes ou conteneurs, avec une grande porte cargo sur le pont principal et une barrière rigide certifiée à 9G.
L’avion cargo, un pari industriel d’Embraer
Le programme E-Jet Freighter d’Embraer, lancé en mars 2022, vise à convertir des avions régionaux E190 et E195 en cargos. L’objectif : combler le vide entre les turbopropulseurs cargo et les monocouloirs plus lourds. Selon l’avionneur brésilien, ces appareils offrent jusqu’à 40% de volume supplémentaire et une autonomie trois fois supérieure à celle des turbopropulseurs cargo de grande capacité, tout en affichant des coûts d’exploitation jusqu’à 30% inférieurs à ceux des monocouloirs traditionnels.
Le E190F peut transporter jusqu’à 13,5 tonnes de charge utile, réparties entre le pont principal et les soutes, tandis que le E195F porte cette capacité à 14,3 tonnes. Embraer positionne l’E190F comme un « chaînon manquant » entre les gros turbopropulseurs cargo et les monocouloirs convertis type 737 ou A321.
Deux appareils déjà livrés
Regional One a passé cinq commandes fermes d’E190F depuis le lancement du programme ; deux avions convertis ont déjà été livrés et sont entrés en service. Avant BermudAir, l’opérateur logistique Bridges Worldwide est le premier exploitant de l’E190F.
Pour Embraer, l’arrivée de BermudAir constitue surtout une vitrine en Amérique du Nord et dans les Caraïbes. Arjan Meijer, président-directeur général d’Embraer Commercial Aviation, y voit « une étape importante » : la conversion cargo des E-Jets devra désormais démontrer sa pertinence sur des marchés insulaires, où la fréquence, la rapidité et l’accès direct aux aéroports secondaires peuvent compter davantage que la capacité unitaire maximale.

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