Airbus réclame une simplification des procédures environnementales encadrant ses investissements industriels en France. Dans une note présentée aux députés, l’avionneur européen estime que les délais administratifs risquent de le pénaliser face à Boeing et Comac. Il propose notamment de réduire certaines consultations du public et de limiter la saisine de la Commission nationale du débat public, , la CNDP. Deux projets toulousains illustrent ses critiques : la transformation de l’usine Jean-Luc Lagardère et la future usine Saint-Éloi.

Vingt mois de démarches pour transformer une usine existante
Airbus prend pour exemple l’adaptation de son usine Jean-Luc Lagardère, à Toulouse, destinée à augmenter les cadences de production de l’A321neo. Dans sa note, révélée par La Lettre, l’avionneur dénonce un « marathon » administratif de vingt mois.

« Vingt mois pour un site industriel artificialisé à 90% et appartenant à 100% à Airbus », souligne l’avionneur européen. Selon ses indications, huit experts ont travaillé à temps plein à la rédaction d’un dossier technique de 3 000 pages, soumis aux réglementations sur l’eau et la biodiversité. Sept mois d’instruction par les services de l’État ont ensuite été nécessaires.

L’avionneur européen présente ces délais comme un frein à l’adaptation de ses capacités industrielles. Il ne s’agit pas ici des règles de certification ou de sécurité des avions, mais uniquement des procédures environnementales applicables aux projets d’usines et à leur transformation.

Airbus invoque un risque de décrochage industriel
Au cœur de son argumentaire figure la compétitivité. Airbus estime que ses principaux concurrents évoluent dans des conditions plus favorables et bénéficient de soutiens publics importants : « La compétitivité d’Airbus exige le maintien de règles du jeu équitables avec ses concurrents », en l’occurrence l’avionneur américain Boeing et l’avionneur chinois Comac.

Airbus met en garde contre « un risque de décrochage » et une possible « réallocation de futurs investissements vers d’autres territoires plus compétitifs ». La note évoque donc un risque concernant les investissements à venir, sans annoncer de transfert précis de projet. L’avionneur européen soutient que Boeing et Comac disposent « d’appuis étatiques massifs et structurants ». Il cite les subventions, les commandes publiques, le soutien à l’exportation, les exemptions fiscales et la souplesse réglementaire.

La concurrence chinoise occupe une place particulière dans cette réflexion : « Il n’y a quasiment pas une semaine où nous ne parlons pas de la concurrence en Chine », a déclaré Lars Wagner, directeur des avions commerciaux d’Airbus, lors d’une conférence de presse à Toulouse la semaine précédant la publication de la note. Il a notamment évoqué les investissements chinois dans l’hydrogène vert, la production, la robotique et l’automatisation.

Des consultations plus courtes et un seuil relevé
Airbus formule plusieurs propositions. Il souhaite exempter les projets industriels de la saisine de la CNDP. À défaut, il propose de relever de 600 millions à un milliard d’euros le seuil déclenchant automatiquement cette procédure.

Airbus suggère également de remplacer la procédure actuelle de consultation du public, lors d’une demande d’autorisation environnementale, par une consultation en ligne d’un mois. Il présente cette durée comme conforme au minimum prévu par le droit européen. L’avionneur européen soulève aussi la question de la confidentialité industrielle. Selon lui, les dossiers d’instruction obligent l’entreprise à divulguer des « données industrielles critiques », notamment ses cadences et ses schémas de production. L’avionneur européen estime que cette exposition fragilise sa position face à ses concurrents.

Saint-Éloi du Futur, un projet à 900 millions d’euros
Le second exemple avancé par Airbus concerne Saint-Éloi du Futur. Cette nouvelle usine doit être construite à Cornebarrieu, à l’ouest de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Elle produira des mâts de réacteurs, les structures assurant le maintien des moteurs aux ailes des avions.

Selon le dossier présenté à la CNDP, le projet représente un investissement de 900 millions d’euros. Il est envisagé sur une parcelle agricole de 48 hectares appartenant à Airbus. L’usine occuperait environ 26 hectares et pourrait accueillir jusqu’à 3 500 salariés. L’objectif est de transférer, à terme, les activités de fabrication de mâts réacteurs de l’usine historique Saint-Éloi, située dans le quartier des Minimes à Toulouse. Ce site historique ne peut plus s’étendre suffisamment, selon les éléments présentés par Airbus à la CNDP.

Le calendrier communiqué prévoit une première phase de travaux à partir de 2029, puis une seconde phase d’extension en 2035. Airbus estime que les démarches administratives, évaluées à deux ans et demi, repoussent le lancement du chantier.

Une concertation déjà décidée pour la nouvelle usine
La CNDP a décidé, le 1er juillet 2026, d’organiser une concertation préalable sur Saint-Éloi du Futur. Deux garantes, Isabelle Barthe et Émilie Varraud, ont été désignées pour suivre la démarche, dont l’organisation est confiée à Airbus. Dans leur lettre de mission, la CNDP souligne l’incidence territoriale du projet, ses enjeux socio-économiques et ses effets sur l’environnement ou l’aménagement du territoire. Le dossier concerne ainsi une nouvelle implantation sur un terrain agricole, une situation différente de celle de l’usine Jean-Luc Lagardère, déjà largement artificialisée.

La demande d’Airbus met donc en regard deux enjeux : accélérer les investissements nécessaires à sa production et maintenir l’examen des conséquences environnementales de ses projets. L’avionneur européen souhaite modifier cet équilibre au nom de la concurrence internationale.

Airbus réclame des procédures environnementales allégées pour ses usines d'assemblage 1 Air Journal

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