La compagnie hongroise low cost Wizz Air propose des départs volontaires à ses copilotes de Londres-Luton, alors que la flambée du kérosène la conduit à revoir son programme hivernal. D’autres bases afficheraient des pertes, sans qu’un plan comparable y ait été annoncé. Wizz Air conserve néanmoins une importante réserve de liquidités et une couverture financière contre la hausse du carburant.

À Londres-Luton, une offre de départs volontaires aux copilotes

Le contraste a fait grincer des dents dans les cockpits. Selon le Corriere della Sera, la direction de Wizz Air encourageait encore, le 21 octobre, des pilotes à rejoindre sa filiale britannique lors d’une présentation organisée en ligne. Deux jours plus tard, les copilotes déjà basés à Londres-Luton apprenaient qu’ils pouvaient se porter candidats à un départ volontaire assorti de conditions financières améliorées. « Ils ont donné l’impression de ne pas savoir ce qui se passe au sein de l’entreprise », rapportent des pilotes interrogés par le quotidien italien.

Révélée par Bloomberg, puis confirmée le 23 octobre par le syndicat britannique BALPA auprès de Reuters, l’initiative concerne les copilotes de cette base, principale implantation britannique du transporteur. Bloomberg évoque une offre adressée à l’ensemble des copilotes de Luton. Le nombre de départs recherchés n’a toutefois pas été rendu public dans les informations consultées. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de l’annonce d’une fermeture de base. « BALPA accompagne et conseille ses adhérents au sujet de l’offre qui leur a été faite », a indiqué le syndicat dans une déclaration transmise à Reuters. Les pilotes britanniques « accueilleraient favorablement un dialogue constructif » avec Wizz Air, ajoute l’organisation. Sollicitée par le Corriere, la compagnie a répondu : « Conformément à notre politique interne, nous ne pouvons pas commenter les questions internes. »

Un programme hivernal réduit face au prix du kérosène

Cette mesure sociale accompagne une révision de l’offre. Le 17 septembre, à l’occasion de sa journée investisseurs, Wizz Air avait annoncé avoir retranché 5% aux capacités initialement prévues pour le second semestre de son exercice 2026-2027, qui couvre l’hiver. Une précision importante : cette réduction porte sur le programme envisagé, et ne signifie pas nécessairement une baisse de 5% par rapport à l’hiver précédent. Le communiqué invoquait la volatilité géopolitique et celle des prix du carburant.

Le choc énergétique est considérable. D’après les données Platts fournies à l’IATA, le kérosène atteignait environ 1 632 dollars la tonne en Europe, soit 127% de plus qu’un an auparavant. Ces prix de marché ne correspondent cependant pas automatiquement au coût effectivement supporté par chaque compagnie, notamment lorsqu’elle a couvert une partie de ses achats à l’avance. Wizz Air dispose précisément de cette protection. Reuters indiquait en septembre que ses couvertures portaient sur 80% de ses besoins en carburant pour les douze mois suivants, à un prix proche de la moitié du cours de marché d’alors. Le groupe affichait également plus de 2,2 milliards d’euros de liquidités. Des amortisseurs importants, qui n’empêchent pas la compagnie de réduire son exposition aux vols les moins rémunérateurs.

Rome-Fiumicino, Budapest et Gatwick sous surveillance

Pourquoi Luton ? Selon les estimations du Corriere della Sera, cette implantation aurait été la moins performante des 41 bases européennes étudiées sur les huit premiers mois de 2026, avec au moins 60 millions d’euros de pertes pour les seuls vols au départ. Le quotidien avance également des montants négatifs d’au moins 48 millions d’euros à Rome-Fiumicino, 34 millions à Budapest, 17 millions à Londres-Gatwick et 9 millions à Venise.

Wizz Air conserve ses ambitions de croissance

Le transporteur n’a pas pour autant renoncé à grandir. En septembre, il a maintenu des objectifs de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, de 10% de marge opérationnelle et de 127 millions de passagers annuels à l’horizon de l’exercice 2030, avec une flotte de 335 appareils. Un été meilleur qu’attendu l’avait même conduit à relever sa prévision de recette unitaire pour son deuxième trimestre.

La tension entre croissance et économies se retrouve ailleurs en Europe. Le 14 septembre, airBaltic s’est placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites afin de restructurer sa dette, tout en poursuivant ses vols. Également fragilisée par la flambée du kérosène, Volotea s’est placée le 17 septembre sous la protection du tribunal de commerce de Barcelone dans le cadre d’une procédure de pré-insolvabilité destinée à restructurer une dette estimée à 356 millions d’euros, tout en préparant une réduction de sa flotte à 30 à 35 appareils, contre un maximum de 45 auparavant. Pour Wizz Air, la réponse passe pour l’heure par un programme réduit et un ajustement volontaire des effectifs à Luton, sur fond de carburant durablement coûteux.

Kérosène hors de prix : Wizz Air propose à ses copilotes de Luton de partir 1 Air Journal

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