Depuis le 25 octobre, IndiGo exploite sa liaison Mumbai-Amsterdam en Airbus A321XLR, en remplacement des Boeing 787-9 loués à Norse Atlantic. Avec 195 sièges et un trajet d’une dizaine d’heures, la compagnie indienne pousse le monocouloir sur le terrain du long-courrier. Une stratégie qui met autant en lumière les capacités de l’appareil que les choix d’aménagement de ses utilisateurs, sensiblement différents de ceux d’Air Canada.

Un seul couloir, près de 6 900 kilomètres à parcourir et une cabine de 195 sièges : entre Mumbai et Amsterdam, IndiGo donne une nouvelle dimension à ses opérations en Airbus A321XLR. Depuis l’entrée en vigueur du programme d’hiver, le 25 octobre, le monocouloir européen a pris la relève des Boeing 787-9 exploités pour son compte par Norse Atlantic. La liaison est désormais présentée par la presse spécialisée comme la plus longue exploitation régulière de ce type d’appareil. Le changement est considérable. Dans la configuration utilisée par IndiGo, le Dreamliner accueillait 338 passagers, contre 195 pour l’A321XLR. À chaque départ, la capacité diminue ainsi d’environ 42%. Au-delà de la silhouette de l’avion, c’est donc l’économie de la liaison qui change d’échelle.

Mumbai-Amsterdam : un A321XLR sur un vol d’une dizaine d’heures

Le vol 6E21 inscrit le monocouloir dans une mission résolument long-courrier. Plusieurs publications aéronautiques font état d’un temps programmé pouvant atteindre onze heures entre Mumbai et Amsterdam. Il s’agit d’un temps bloc, du départ du poste de stationnement à l’arrivée au poste à destination, et non du seul temps passé dans les airs. Le vol 6E21 relie Mumbai à Amsterdam sur une distance géographique proche de 6 900 kilomètres. Selon Flightradar24, la durée moyenne du vol même est de 9 h 40 dans ce sens et de 8 h 51 au retour.

L’A321XLR a précisément été conçu pour étendre le champ d’action des avions à un seul couloir. Airbus annonce un rayon d’action maximal de 4 700 milles nautiques, soit environ 8 700 kilomètres, et une capacité à assurer des vols allant jusqu’à onze heures. La distance effectivement franchissable dépend néanmoins de la charge transportée et des conditions d’exploitation.

Sur Mumbai-Amsterdam, l’appareil ne constitue donc pas une solution hors de son domaine d’emploi. Il place en revanche le confort de la cabine au centre de l’expérience : les équipements que l’on remarque à peine sur deux heures de vol prennent une autre importance lorsque le voyage occupe presque une demi-journée.

À bord d’IndiGo : 195 sièges, dont douze fauteuils IndiGoStretch

IndiGo a retenu une configuration à deux cabines : douze fauteuils IndiGoStretch à l’avant et 183 sièges en classe économique. Les premiers sont installés en trois rangées de quatre places, selon une disposition 2-2 ; l’économie adopte la configuration 3-3 habituelle de la famille A320.

Dans sa présentation officielle de l’appareil, la compagnie annonce pour les sièges économiques un pas de 31 pouces, soit environ 79 centimètres, et une inclinaison de cinq pouces. Le pas — ou pitch — désigne la distance entre deux points identiques de sièges successifs : il ne correspond pas à la seule place libre devant les genoux, également tributaire de la forme et de l’épaisseur des dossiers.  À l’avant, le produit IndiGoStretch offre un pas de 44 pouces, soit près de 112 centimètres, une inclinaison de six pouces et des repose-mollets. L’offre demeure toutefois distincte d’une classe affaires long-courrier à fauteuils-lits : les sièges IndiGoStretch s’inclinent, mais ne se transforment pas en couchages horizontaux.

Films sur son propre écran, plutôt qu’au dos du siège

Pour le divertissement, IndiGo a choisi de se passer d’écrans individuels intégrés aux dossiers. La compagnie s’appuie sur une solution de Bluebox qui distribue des contenus aux appareils personnels des voyageurs. Téléphone, tablette ou ordinateur deviennent ainsi l’écran de bord. « Les clients peuvent choisir parmi une large gamme de divertissements sur leurs appareils personnels, notamment des films indiens et hollywoodiens populaires, des émissions de télévision, des jeux, des animés et des séries d’animation », expliquait IndiGo, citée par le média spécialisé Runway Girl Network lors de l’arrivée du premier appareil.

Ce dispositif ne doit pas être confondu avec une connexion Internet : un réseau sans fil local peut donner accès à une bibliothèque de contenus sans permettre de naviguer sur le Web ou d’échanger des messages avec le sol. Lors de l’entrée en flotte de l’A321XLR, Runway Girl Network indiquait qu’IndiGo ne proposait pas de connectivité Internet en vol sur cet appareil.

Air Canada : le même avion, des fauteuils-lits et des écrans individuels

L’A321XLR n’impose cependant aucun modèle unique de cabine. Air Canada, dont Air Journal a notamment détaillé le déploiement prévu entre Montréal et Lyon, a choisi un aménagement de 182 places : quatorze en classe Signature et 168 en économie. À titre de comparaison, la liaison Montréal–Lyon d’Air Canada couvre environ 5 870 kilomètres, avec des temps de parcours programmés en A321XLR de l’ordre de 7 h 25 vers la France et de 8 h 45 vers le Canada. Une traversée sensiblement plus courte que Mumbai–Amsterdam, notamment dans le sens est-ouest.

À l’avant, la compagnie canadienne propose une configuration 1-1, avec un accès direct au couloir pour chaque passager et des fauteuils convertibles en lits entièrement horizontaux. Une différence majeure avec les fauteuils inclinables d’IndiGo, même si les deux transporteurs emploient le même modèle d’avion. Air Canada a également retenu des écrans individuels 4K OLED dans toutes les classes, avec connexion audio Bluetooth. Son offre comprend un accès Wi-Fi rapide et gratuit pour les membres du programme Aéroplan.

L’écart ne se résume donc pas aux treize places supplémentaires installées par IndiGo. Il tient surtout au confort choisi pour chaque cabine : fauteuil inclinable ou lit horizontal à l’avant, écran personnel à emporter ou écran intégré, présence ou absence de connexion Internet. Le nombre de couloirs ne suffit pas, à lui seul, à définir l’expérience long-courrier.

Pourquoi remplacer un Boeing 787 par un A321XLR ?

Pour IndiGo, le passage au monocouloir accompagne la fin de l’accord de location avec Norse Atlantic. La presse aéronautique présente l’A321XLR comme un relais permettant de poursuivre la desserte avec une capacité plus réduite, avant l’arrivée des futurs Airbus A350 de la compagnie.

L’appareil répond précisément à ce besoin : relier des villes éloignées sans devoir remplir, à chaque départ, plusieurs centaines de sièges. Airbus met en avant une consommation de carburant par siège inférieure de 30% à celle d’appareils concurrents de génération précédente. Une comparaison qui ne doit pas être interprétée comme un gain automatique de 30% face au Boeing 787-9 remplacé sur cette liaison.

Le pari d’IndiGo consiste ainsi à préserver une desserte intercontinentale en l’adaptant à un avion plus petit. Pour les voyageurs, Mumbai-Amsterdam illustre surtout une évolution du transport aérien : le long-courrier se définit de moins en moins par la taille du fuselage, et de plus en plus par l’équilibre que chaque compagnie choisit entre capacité, coût d’exploitation et prestations à bord.

Dix heures en monocouloir A321XLR : le pari long-courrier d’IndiGo entre Mumbai et Amsterdam 1 Air Journal

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