À Farnborough, CFM International (Safran et GE Aerospace) a confirmé que son programme RISE franchit une nouvelle séquence de maturation technologique, avec des revues de conception achevées, des essais de durabilité avancés et des travaux d’intégration qui doivent mener à une démonstration en vol d’ici la fin de la décennie.
L’Open Fan prend forme dans les essais
CFM International dit avoir passé un cap sur l’architecture Open Fan, pièce maîtresse du programme RISE, avec la validation des concepts de design des principaux modules et la poursuite d’essais mécaniques, matériaux et aéroacoustiques sur les aubes de soufflante et les redresseurs, les OGV. Le groupe affirme aussi que les premiers résultats en soufflerie ont dépassé les objectifs de maturation technologique en matière d’aéroacoustique.
L’enjeu est de taille : l’Open Fan, dépourvu de nacelle traditionnelle, doit permettre d’augmenter le diamètre du fan, de réduire la traînée et d’améliorer à la fois la consommation et la durabilité. CFM rappelle que cette architecture doit conserver des vitesses et des altitudes comparables à celles des moteurs actuels, grâce notamment au rôle des OGV, qui guident le flux d’air en sortie de soufflante.
Des essais de durabilité avancés
Dans son communiqué, CFM met en avant une montée en puissance des essais de robustesse, un point central pour un concept aussi radical. Plus de 2 000 cycles d’essais d’ingestion de poussières ont été menés sur des technologies de turbine haute pression de nouvelle génération, tandis qu’une version représentative du moteur LEAP-1B a servi à mieux comprendre les bénéfices potentiels de ces briques pour la flotte en service.
Le motoriste indique aussi avoir testé pendant plus de 1 000 heures la première turbine basse pression rapide, intégrée au module fan, afin de valider sa conception aérodynamique et sa performance aérothermique. Cette approche illustre une évolution notable du développement moteur : la durabilité n’est plus évaluée tardivement, mais intégrée très tôt dans la maturation technologique.
Hybridation électrique et “compact core”
Le programme RISE (Revolutionary Innovation for Sustainable Engines) ne se limite pas à l’Open Fan. CFM précise que les travaux avancent aussi sur le “core compact”, avec l’achèvement de la revue de conception préliminaire de ses systèmes et la poursuite des essais d’ingestion de poussières sur les aubes de turbine haute pression de nouvelle génération, qui ont déjà accumulé plusieurs milliers de cycles, ainsi que sur les systèmes d’hybridation électrique, avec des essais au sol conduits par ses deux maisons mères, Safran Aircraft Engines et GE Aerospace. Safran a ainsi lancé PHILEAS à Istres, un démonstrateur moteur à l’échelle 1 équipé de deux machines électriques, tandis que GE Aerospace a mené deux essais au sol de moteurs hybrides-électriques au cours de l’année écoulée.
Cette stratégie rappelle que RISE est d’abord un programme de démonstration technologique, non un moteur commercialisé. CFM vise toutefois un objectif clair : améliorer de plus de 20% la consommation de carburant par rapport aux moteurs commerciaux actuellement en service. Le groupe souligne par ailleurs disposer de plus de 1,4 milliard d’heures de vol sur le marché du monocouloir, un argument destiné à rassurer les compagnies sur la maintenabilité et la maturité industrielle du futur concept.
L’A380 Flight Lab se met en scène
Quelques jours plus tard, Airbus et CFM ont dévoilé la nouvelle livrée de l’A380 Flight Lab destinée à accompagner le programme RISE Open Fan. Ce dévoilement, effectué à Farnborough, matérialise une phase plus visible du projet : le superjumbo servira de banc d’essai volant pour la campagne de flight test attendue d’ici la fin de la décennie.
Airbus travaille avec CFM sur l’intégration avion-moteur, un volet aussi important que la performance pure du propulseur. Le premier examen conceptuel du plan d’essais en vol a déjà été franchi, ce qui confirme le passage d’un travail de concept à une préparation d’ingénierie plus concrète. Airbus rappelle de son côté que l’open fan promet une meilleure économie de carburant tout en conservant la vitesse de croisière d’un turbofan, un point clef pour son application sur un futur monocouloir.
Pourquoi l’A380 est central
Le choix de l’A380 comme banc d’essai n’a rien d’anecdotique. Sa taille, sa capacité électrique et ses marges d’emport en font une plateforme adaptée pour instrumenter un moteur expérimental et mesurer finement l’impact des interactions aérodynamiques, structurelles et acoustiques sur l’avion porteur. Airbus et CFM travaillent depuis plusieurs années sur cette démonstration, initialement annoncée en 2022, avec l’ambition de valider en vol la technologie open fan dans la seconde moitié de la décennie.
Des publications spécialisées indiquent désormais un calendrier autour de 2029 pour la campagne sur A380, sous réserve de la progression des modifications avion et de la disponibilité du démonstrateur moteur. L’objectif n’est pas seulement de vérifier qu’un open fan vole, mais de documenter son comportement réel en intégration sous voilure, là où les effets de souffle, de traînée et de bruit deviennent déterminants.
Avec RISE, CFM cherche à préparer la génération d’après-LEAP dans un marché des monocouloirs où la pression sur l’efficacité énergétique et les émissions reste maximale. Le programme mise sur une combinaison d’architectures nouvelles, de matériaux éprouvés et de technologies déjà présentes dans l’industrie, comme les composites, la variation de pas et la rétention de pale.


Ça mûrit, ça mûrit! a commenté :
23 juillet 2026 - 10 h 03 min
Confirmation de ce que j’écrivais hier après un article AJ sur les nouvelles ailes chez Airbus….les briques technologiques révolutionnaires sont en longue finale…
…et ceux qui disent que les constructeurs ne font plus rien d’innovant ne sont que des createurs-propagateurs de fake News!
Un point: sur la maquette du 380 equipé du RISE que l’on voit, je présume que tout est « à l’échelle », et du coup on voit que le diamètre externe de l’open rotor est quasi équivalent au réacteur c’A380 adjacent. Ça va donc etre gros!
Ça veut dire que les avions équipés d’open rotor devront soit les avoir montés plus en hauteur sur l’arrière du fuselage pour une histoire de garde au sol ( mais alors vu les diamètres, assez loin du fuselage quand même) soit, s’il les ont montés aux ailes, devront être haut sur pattes, façon B757…
En tout état de cause, cette fois si c’est sur, il n’y aura pas de version B737SuperMax équipé d’open rotor😂😂😂