En raison du conflit au Moyen-Orient et des fermetures d’espaces aériens, des milliers de passagers voient leurs vols annulés ou retardés et ignorent quels sont réellement leurs droits. AirHelp rappelle que, même en cas de « circonstances extraordinaires » comme la guerre, le règlement européen EC261 continue de protéger les voyageurs pour le remboursement, le réacheminement et la prise en charge, sous certaines conditions.

Les passagers ont souvent deux réflexes risqués : croire que la guerre annule tous leurs droits, et réserver eux-mêmes un vol de remplacement avant toute réponse de la compagnie. Or, même lorsqu’une compagnie invoque des « circonstances extraordinaires » pour ne pas verser l’indemnisation forfaitaire EC261, les voyageurs conservent des droits essentiels : remboursement, réacheminement et assistance pendant l’attente, comme l’affirme dans cette interview Julien Navas, responsable de la stratégie juridique chez AirHelp.

Tous les passagers sont-ils couverts par le règlement EC261 en cas de perturbations liées à la guerre ?

En vertu du règlement européen EC261, le critère clé est le lieu de départ du vol. Le texte s’applique à tous les transporteurs, y compris les compagnies du Golfe, dès lors que le vol décolle d’un aéroport situé dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen. En revanche, pour un vol à destination de l’Europe opéré par une compagnie non européenne au départ d’un pays hors UE, EC261 ne s’applique pas. Dans ce cas, les passagers doivent se référer aux conditions de transport de la compagnie, à la Convention de Montréal et à leur assurance voyage.

Que se passe-t-il si je voyage avec une compagnie non européenne au départ d’un pays hors UE ?

Vous ne bénéficiez alors d’aucune protection du droit européen. Pour récupérer vos frais (billet initial, vol de remplacement, hébergement, repas), il faudra vous tourner vers votre assurance voyage et vérifier les exclusions liées à la guerre ou aux conflits armés.

La compagnie peut-elle imposer uniquement un bon de voyage ?

Non. Selon l’article 8 du règlement EC261, le choix revient au passager : remboursement intégral du billet dans les sept jours ou réacheminement vers la destination finale. Un bon ou un avoir n’est valable qu’avec votre consentement écrit et ne peut pas être imposé unilatéralement.

Mon vol apparaît toujours « à l’heure » : puis-je annuler moi-même mon billet ?

Il faut agir avec prudence. Si vous annulez vous-même sans annulation officielle de la compagnie, cela peut être assimilé à une annulation volontaire et faire perdre certains droits. Mieux vaut contacter la compagnie par écrit et demander une confirmation claire du statut du vol. Si une annulation est ensuite communiquée officiellement, vos droits aux articles 8 et 9 (remboursement, réacheminement, assistance) s’appliquent même si vous ne vous présentez pas à l’aéroport.

Que faire si la compagnie ne répond pas ?

Documentez toutes vos tentatives de contact (e-mails, captures d’écran, historique d’appels, chats). Si la compagnie reste injoignable ou ne propose pas d’alternative dans un délai raisonnable, vous pouvez envisager de réserver vous‑même un vol de remplacement, en conservant tous les justificatifs.

Quand les passagers peuvent-ils réserver eux-mêmes un vol de retour ?

Les passagers doivent d’abord laisser à la compagnie une chance raisonnable de proposer un réacheminement. Une réservation autonome se justifie si la compagnie refuse clairement de vous réacheminer, reste totalement injoignable ou propose un départ bien plus tardif que les autres options disponibles. Dans tous les cas, seuls des coûts « raisonnables et comparables » ont des chances d’être remboursés, et il faut garder toutes les preuves de la nécessité de cette démarche.

Que doivent faire les passagers bloqués ?

Contactez immédiatement la compagnie, à l’aéroport ou via ses canaux officiels, et demandez un réacheminement par écrit. Tant que votre vol relève d’EC261, vous avez droit à un réacheminement dans les meilleurs délais ou à une date ultérieure de votre choix. Conservez soigneusement tous les justificatifs (hôtel, repas, transport, communications). La compagnie doit assurer une « prise en charge » (repas, hébergement, transferts) même en cas de circonstances extraordinaires. Vous pouvez également contacter votre ambassade ou consulat, notamment si des vols de rapatriement sont organisés, en gardant à l’esprit que ces vols ne sont généralement pas remboursables par la compagnie. Pour un vol opéré par une compagnie non européenne au départ d’un pays hors UE, EC261 ne s’applique pas : vos recours passent alors par votre assurance voyage.

Les droits des passagers changent-ils lorsque les annulations sont causées par la guerre ou par des fermetures d’espace aérien ?

Partiellement. Les fermetures d’espace aérien pour raisons militaires ou décisions des autorités sont en général reconnues comme des « circonstances extraordinaires », ce qui permet à la compagnie de refuser l’indemnisation forfaitaire de 250 à 600 euros. En revanche, l’obligation d’offrir remboursement ou réacheminement et d’assurer la prise en charge (repas, hôtel, communications) reste pleinement applicable. La question de l’indemnisation forfaitaire doit toujours être appréciée au cas par cas, la Commission européenne rappelant que l’exemption n’est pas automatique.

Que se passe-t-il si les vols retour sont extrêmement chers ?

Si la compagnie organise elle-même le réacheminement, elle doit assumer la totalité du coût du nouveau billet, sans plafond de prix prévu par EC261. Si, faute d’action de la compagnie, vous réservez vous-même, un billet comparable plus cher peut en principe être remboursé, mais cela implique souvent une procédure formelle, voire judiciaire. Vous devez pouvoir démontrer que cette réservation autonome était nécessaire, faute d’alternative proposée dans un délai raisonnable.

Le vol de remplacement peut-il coûter plus cher que le billet d’origine ?

Oui. Lorsque la compagnie prend en charge le réacheminement, elle supporte le surcoût, quelle qu’en soit l’ampleur. Si vous réservez vous‑même un vol plus cher, le principe du remboursement est reconnu, à condition de respecter des « conditions de transport comparables » (même classe, itinéraire raisonnable), et de monter un dossier solide.

Quels documents les passagers doivent-ils conserver ?

Il faut garder : la réservation et les cartes d’embarquement, les notifications d’annulation, tous les reçus (hôtel, repas, transport, communications), la trace des échanges avec la compagnie et, le cas échéant, les preuves de réservation d’un vol de remplacement et d’absence d’alternative proposée dans un délai raisonnable.

Pour les vols hors champ EC261, conservez aussi votre contrat d’assurance voyage et tous les échanges avec l’assureur.

Les passagers peuvent-ils réclamer les frais de nourriture, boissons et hébergement ?

Oui, si votre compagnie est européenne ou si votre vol part de l’UE avec une compagnie non européenne. L’article 9 d’EC261 impose la prise en charge (repas, hôtel, transferts) même en cas de guerre, comme l’a confirmé la CJUE dans l’arrêt McDonagh c. Ryanair.

Il n’existe pas de plafond fixe, mais les dépenses doivent rester raisonnables et nécessaires.

AirHelp peut-il aider les passagers concernés par les perturbations au Moyen-Orient ?

AirHelp peut intervenir partout où EC261 s’applique, ainsi que pour les voyageurs couverts par un abonnement AH+, notamment sur les vols au départ de l’UE/EEE ou à destination de l’UE opérés par une compagnie européenne. L’entreprise aide les passagers à comprendre leurs droits, à rassembler les preuves nécessaires et, le cas échéant, à engager une réclamation auprès de la compagnie, y compris en cas de fermetures d’espace aérien ou de crise géopolitique.

Moyen-Orient : ce que la guerre change – et ne change pas – à vos droits de passagers  1 Air Journal

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