La certification européenne du C919 est entrée dans une phase plus visible avec les essais en vol menés par l’EASA à Shanghai, mais l’horizon d’une validation complète reste de moyen terme, entre la fin de la décennie et le début de la suivante. Derrière les images de pilotes d’essai européens aux commandes du biréacteur chinois, le processus reste lourd, méthodique et encadré par un calendrier que l’agence refuse de précipiter.

Depuis le début de l’année 2026, l’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne (EASA) a dépêché ses propres pilotes d’essai à Shanghai pour voler sur le C919 de Comac, marquant une nouvelle étape de la « validation » du programme en vue d’une éventuelle certification de type en Europe. Selon plusieurs sources concordantes, au moins deux pilotes d’essai européens ont réalisé une série de vols de vérification à bord de l’appareil, dans le cadre d’une campagne d’essais qui s’est étalée sur une semaine mi‑janvier. L’EASA a confirmé que ces vols s’inscrivent dans le cadre de « ses activités de validation » avec l’avionneur chinois, sans pour autant s’engager sur un calendrier précis d’approbation. « Nous devons encore valider la conception, les composants et conduire des essais en vol », a rappelé son directeur exécutif, Florian Guillermet, résumant la nature très progressive de cette coopération technique.

Un processus de certification en quatre temps

Du côté européen, le C919 ne repart pas d’une feuille blanche : la Chine a déjà certifié l’appareil en 2022, et il est en service commercial depuis mai 2023. Mais l’EASA ne reconnaît pas automatiquement les décisions du régulateur chinois et applique son propre processus en plusieurs étapes, mêlant revue documentaire, analyses de conception, essais au sol et campagnes de vols.

Les vols réalisés à Shanghai constituent une phase avancée de ce schéma, centrée sur l’évaluation en situation réelle des performances, des systèmes et du comportement de l’avion en exploitation normale et dégradée. Ils s’ajoutent à un important travail de bureau : exploitation des données de maintenance, analyse des rapports d’incidents, confrontation des hypothèses de calcul avec le retour d’expérience accumulé en ligne.

Un calendrier étiré sur 3 à 6 ans

Les attentes initiales de Comac, qui espérait une validation européenne dès 2025, ont été douchées par les déclarations publiques de l’EASA. « Comme nous leur avons annoncé officiellement, le C919 ne pourra pas être certifié en 2025. Nous devrions certifier le C919 d’ici trois à six ans », a indiqué Florian Guillermet dans un entretien à L’Usine Nouvelle.

Autrement dit, même en cas de campagne d’essais en vol sans incident majeur, une certification européenne avant la fin de la décennie ne serait qu’un scénario optimiste. La crise du Covid‑19, qui a ralenti les échanges techniques après le dépôt de la demande de validation en 2019, a également contribué à décaler le calendrier, la coopération n’ayant réellement repris qu’à partir de 2023.

Un concurrent d’Airbus et de Boeing déjà rodé sur le marché intérieur

Sur le papier, le C919 entend rivaliser avec les best‑sellers que sont l’Airbus A320 et le Boeing 737 sur le segment des monocouloirs de 170 à 190 sièges. Comac bénéficie d’ailleurs d’une base industrielle largement internationale : près de 80% de ses fournisseurs sont américains ou européens, dont les moteurs Leap fournis par Safran et GE Aerospace, déjà certifiés sur des programmes occidentaux.

Si le C919 en est encore aux préliminaires réglementaires en Europe, il accumule déjà des heures sur le réseau domestique chinois. Entré en service commercial en mai 2023 chez China Eastern Airlines, l’appareil a transporté plus de quatre millions de passagers sur 46 routes, selon le South China Morning Post.

Certification EASA du C919 : des vols à Shanghai, mais encore 3 à 6 ans d’attente 1 Air Journal

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