Le fonds américain Castlelake envisage une offre de rachat de la compagnie low cost easyJet, valorisée au minimum à 4,1 milliards de dollars. Une approche fraîchement accueillie par le transporteur britannique, qui dénonce un contexte de marché défavorable lié aux tensions géopolitiques.

Une offre minimale à 403 pence par action

Le fonds d’investissement américain Castlelake, basé à Minneapolis et gérant environ 36 milliards de dollars d’actifs, a confirmé envisager une offre de rachat sur easyJet. Celle-ci valoriserait la compagnie britannique à au moins 403,23 pence par action, soit environ 3,06 milliards de livres sterling (4,12 milliards de dollars).

Ce prix représente une prime modeste de 1,3% par rapport au cours de clôture de 398 pence enregistré avant l’annonce. Castlelake a par ailleurs déjà pris une participation de 2,14% dans le capital du transporteur. Selon les règles boursières britanniques, le fonds a désormais jusqu’au 26 juin pour confirmer ou non son intention de déposer une offre ferme.

L’intérêt de Castlelake a immédiatement soutenu le titre easyJet en Bourse. L’action a bondi jusqu’à 444,7 pence, son plus haut niveau depuis début mars, avant de se stabiliser autour de +10% en séance. Cette réaction traduit l’intérêt des investisseurs pour un groupe dont la valorisation s’était fortement contractée ces derniers mois : avant ces annonces, le titre avait perdu environ 20% depuis le début de l’année.

EasyJet dénonce un « timing opportuniste »

La direction d’easyJet n’a pas tardé à réagir, qualifiant cette approche de « hautement opportuniste », estimant que le cours de Bourse actuel ne reflète pas la valeur intrinsèque du groupe. Dans un communiqué, la compagnie souligne que son action est « temporairement déprimée en raison de la situation actuelle au Moyen-Orient et de son impact sur la confiance des clients et les prix du carburant ».

Le conflit impliquant l’Iran pèse en effet sur l’ensemble du secteur aérien : hausse du kérosène, incertitudes sur la demande estivale et ajustements de capacité sur certaines routes.

Des obstacles réglementaires majeurs

Au-delà de la valorisation, un éventuel rachat d’easyJet se heurterait à des contraintes structurelles importantes. La réglementation européenne impose que les compagnies aériennes opérant dans l’UE soient majoritairement détenues par des intérêts européens. Comme le souligne Ruairi Cullinane, analyste chez RBC Capital Markets, ces règles pourraient « au minimum compliquer une prise de contrôle d’easyJet par Castlelake s’il agit seul ». Ce point est crucial pour easyJet, dont le modèle repose largement sur son accès au marché européen post-Brexit via sa filiale easyJet Europe.

Une compagnie solide malgré les turbulences

Malgré la pression boursière récente, easyJet met en avant des fondamentaux solides : une trésorerie robuste et des perspectives de rentabilité jugées favorables, notamment grâce à la montée en puissance de son offre de voyages packagés (easyJet Holidays).

La compagnie, basée à Luton, transporte plusieurs dizaines de millions de passagers par an et emploie plus de 16 000 personnes. Elle figure parmi les trois principales low cost européennes, derrière Ryanair et devant Wizz Air. Son fondateur, Stelios Haji-Ioannou, reste le premier actionnaire avec environ 15% du capital.

Un secteur sous pression… mais attractif

Castlelake n’est pas un nouvel entrant dans l’aérien. Le fonds a déjà financé plusieurs acteurs du secteur, dont SAS Scandinavian Airlines et Virgin Atlantic, principalement via des instruments de dette. Pour Susannah Streeter, stratégiste chez Wealth Club, cette initiative reflète une conviction de long terme : « Castlelake estime clairement que le marché sous-évalue le potentiel de bénéfices d’easyJet et la résilience de son réseau ».

Ce n’est pas la première fois qu’easyJet attire les convoitises. En 2021, la compagnie avait rejeté une approche de Wizz Air. Plus récemment, en 2025, le groupe maritime MSC avait également été évoqué comme acquéreur potentiel. Pour l’heure, easyJet se montre ouverte mais prudente : le groupe indique qu’il « examinera toute proposition », tout en rappelant les nombreux défis financiers, réglementaires et opérationnels qu’impliquerait une telle opération.

EasyJet dans le viseur de Castlelake : une offre à 4,1 milliards de dollars jugée « opportuniste » 1 Air Journal

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