Air Austral boucle l’exercice 2025‑2026 sur un retour à la rentabilité nette, avec un résultat d’exploitation en nette hausse, confirmant la trajectoire de « croissance rentable » engagée depuis deux ans.
La compagnie réunionnaise en profite pour préciser sa stratégie de désendettement, d’optimisation de flotte et de développement de son réseau, en particulier entre La Réunion, Mayotte, Paris et l’Asie via Bangkok.
Un exercice FY26 enfin bénéficiaire
Au terme de son exercice fiscal FY26 (du 1er avril 2025 au 31 mars 2026), Air Austral annonce un résultat d’exploitation largement positif de 9,3 millions d’euros et un résultat net bénéficiaire de 1,5 million d’euros, atteignant ainsi son objectif de retour à la rentabilité nette. Cette performance s’inscrit dans la continuité du redressement amorcé sur l’exercice précédent, où la compagnie était déjà parvenue à afficher un résultat d’exploitation redevenu positif, de l’ordre de 2 millions d’euros, mais encore un résultat net déficitaire d’environ 11 millions.
Le chiffre d’affaires progresse de 5% pour atteindre 464 millions d’euros, après une hausse plus modeste de l’ordre de 1 à 2% sur l’exercice clos au 31 mars 2025 (447 millions d’euros). Dans un environnement toujours marqué par la volatilité de la demande, les tensions géopolitiques et la hausse du coût du carburant, la direction revendique une exécution « rigoureuse » de son plan de redressement, combinant optimisation du réseau, discipline sur les coûts et développement ciblé des recettes.
Trafic en hausse et remplissage record
Air Austral met en avant un taux d’occupation global de 92%, en progression de 2 points par rapport à l’exercice précédent, ce qui constitue un niveau élevé pour une compagnie positionnée à la fois sur le long‑courrier et le régional. Le trafic passagers est en hausse de 5%, avec 1 226 593 passagers transportés, tandis que l’activité cargo progresse de 15%, à 16 729 tonnes.
Ces résultats reflètent notamment la bonne tenue de l’axe Réunion–Paris et la consolidation de la liaison Mayotte–Paris, deux marchés structurants pour la compagnie, ainsi que la montée en puissance des flux de correspondance régionaux et long‑courriers. Air Austral souligne également un trafic « au rendez‑vous » pour la saison d’été, malgré une concurrence particulièrement intense sur la ligne Réunion–Paris où opèrent plusieurs transporteurs métropolitains et low‑cost long‑courriers.
Une trajectoire de redressement confirmée
Ce retour à la rentabilité nette intervient après plusieurs années de fortes pertes et d’efforts de restructuration, marquées notamment par la crise sanitaire et la mise en place d’un plan de sauvetage avec l’État et les actionnaires locaux. Entre les exercices 2023‑2024 et 2024‑2025, Air Austral avait déjà réduit ses pertes d’exploitation d’environ 40 millions d’euros et ramené son résultat net de près de 80 millions de pertes à un déficit d’environ 11 millions.
Hugues Marchessaux, président du Directoire d’Air Austral, résume ainsi l’enjeu de ce virage : « Le retour à des résultats positifs est une étape importante pour Air Austral. Il témoigne de la pertinence des choix stratégiques engagés par Air Austral depuis maintenant deux ans. […] Aujourd’hui, nous avons fait ce que nous avions annoncé que nous ferions. […] Ces résultats prennent une dimension particulière dans un environnement qui demeure complexe et instable pour l’ensemble du transport aérien. Ils confirment la solidité du modèle que nous construisons et la capacité d’Air Austral à se projeter avec confiance vers l’avenir. »
Pression sur les coûts : carburant et contexte international
La compagnie rappelle toutefois que l’exercice en cours reste exposé à un contexte international dégradé, marqué par les tensions au Moyen‑Orient qui se traduisent par une hausse très significative des coûts du carburant et une forte volatilité des prix du baril. Comme l’ensemble du secteur, Air Austral doit composer avec la montée des charges d’exploitation (carburant, redevances, maintenance) sur des marchés où la concurrence tarifaire reste vive, y compris sur les liaisons de et vers La Réunion.
Pour préserver sa compétitivité, la compagnie réunionnaise annonce plusieurs mesures d’atténuation : introduction d’une surcharge carburant, à l’instar de nombreuses compagnies aériennes, mise en place d’une stratégie de couverture d’une partie de sa consommation, et poursuite d’un contrôle strict des coûts d’exploitation. Ces leviers financiers s’ajoutent au plan d’économies engagé dans le cadre du redressement et à la poursuite du désendettement de la compagnie.
Sortie programmée de l’A220 et pivot vers l’A320neo
Sur le plan de la flotte, Air Austral confirme la vente anticipée de ses Airbus A220‑300, qui quitteront définitivement la flotte en décembre 2026. Ces trois appareils de 132 sièges (dont 12 en classe confort et 120 en économie), introduits à partir de 2021, avaient vocation à moderniser l’outil de production régional, mais ont été lourdement pénalisés par les problèmes de moteurs Pratt & Whitney GTF, entraînant des immobilisations fréquentes.
La compagnie a signé une lettre d’intention avec le lessor Macquarie AirFinance pour la location de deux Airbus A320neo, attendus en mars et mai 2027, qui viendront remplacer la flotte A220 sur le réseau régional. Ces avions de plus grande capacité permettront d’accompagner le dynamisme du marché régional tout en améliorant l’économie unitaire des vols, dans un contexte de forte demande entre La Réunion, Mayotte, les îles voisines et les grandes plateformes de correspondance.
Une flotte recentrée autour de 777 et 787
En attendant l’arrivée des A320neo, la flotte d’Air Austral compte huit appareils : trois Airbus A220‑300, trois Boeing 777‑300ER et deux Boeing 787‑8, avec un âge moyen d’environ 8,6 ans. Les 777‑300ER, configurés à haute capacité (jusqu’à plus de 440 sièges), servent principalement les liaisons Réunion–Paris et Mayotte–Paris, tandis que les 787‑8 assurent des missions long‑courriers vers la métropole et certaines destinations régionales ou internationales.
Le retrait des anciens Boeing 737‑800 et de l’ATR 72‑500, entamé avec l’arrivée de l’A220 puis poursuivi dans le cadre du recentrage de la flotte, s’inscrit dans une stratégie de simplification et de modernisation de l’outil de production. À l’horizon 2027, Air Austral opérera ainsi une flotte resserrée autour de moyens‑courriers A320neo et de long‑courriers Boeing, un schéma appelé à faciliter la maintenance, la formation équipages et la gestion des coûts.
Réseau : renforcement de Réunion–Paris, Mayotte et Bangkok
Côté réseau, Air Austral annonce un programme de vols renforcé pour répondre à la demande sur ses axes clés. Sur l’axe Réunion–Bangkok (RUN–BKK), la compagnie prévoit trois fréquences hebdomadaires, ce qui doit accompagner le développement de l’ouverture vers l’Asie et les flux de correspondance via la capitale thaïlandaise.
Sur la ligne Dzaoudzi–Paris (DZA–CDG), Air Austral monte à neuf fréquences hebdomadaires, confirmant son ambition de consolider son leadership sur la desserte de Mayotte vers la métropole. La compagnie revendique par ailleurs une volonté d’augmenter les fréquences sur son réseau moyen‑courrier et de mieux structurer les flux entre les dessertes régionales de l’océan Indien et ses long‑courriers, afin d’optimiser les coefficients de remplissage et la recette unitaire.
Partenariats commerciaux et connectivité élargie
Pour soutenir son développement, Air Austral multiplie les partenariats commerciaux, à l’image de l’accord récemment conclu avec Air India, qui doit élargir son réseau et ses opportunités de correspondances. En combinant ses propres capacités avec celles de partenaires sur l’Asie et au‑delà, la compagnie réunionnaise cherche à mieux insérer son réseau dans les grands flux internationaux, tout en maintenant La Réunion et Mayotte comme portes d’entrée vers l’océan Indien.
Ces accords complètent les coopérations déjà existantes avec d’autres transporteurs sur l’axe France–océan Indien, ainsi que les interlignes et accords de partage de codes mis en place au fil des ans. Dans une logique de « croissance rentable », l’enjeu est de maximiser les correspondances sans multiplier les ouvertures de lignes en propre, plus gourmandes en capital et en risque.
Feuille de route FY27–FY30 : vers une profitabilité durable
Air Austral inscrit cette amélioration des résultats dans une feuille de route plus large pour la période FY27–FY30, avec un objectif de « profitabilité durable ». Les priorités stratégiques affichées sont claires : maintenir et renforcer les positions sur l’axe Réunion–Paris, consolider le leadership sur Mayotte–Paris, accélérer l’ouverture vers l’Asie via Bangkok, développer les flux de correspondance régional/long‑courrier, augmenter les fréquences sur le moyen‑courrier, structurer les activités cargo et évacuations sanitaires (EVASAN), et poursuivre le désendettement.
Cette feuille de route intervient alors que le marché du transport aérien entre l’Europe et l’océan Indien reste très concurrentiel, avec la présence de groupes comme Air France‑KLM, Corsair ou French bee, ainsi que les grandes compagnies du Golfe et de l’Asie. Air Austral cherche donc à se positionner comme un acteur régional solide, capable d’assurer la continuité territoriale tout en dégageant des marges suffisantes pour financer sa modernisation.
Expérience client et outils numériques modernisés
Au‑delà des chiffres, la compagnie met en avant un volet expérientiel, avec la refonte de son programme de fidélité MyCapricorne, annoncé comme « plus simple et plus généreux ». Un nouveau site web doit être lancé à la rentrée, assorti de l’intégration prochaine d’un assistant IA sur air‑austral.com, destiné à faciliter la relation client, l’information temps réel et la personnalisation des offres.
Air Austral indique également s’être adjointe les services d’une nouvelle agence de communication pour moderniser et renforcer ses prises de parole, dans un contexte où l’image de marque et la transparence sur la qualité de service jouent un rôle croissant dans la fidélisation. L’entreprise insiste enfin sur « l’engagement exceptionnel » de ses équipes, que Hugues Marchessaux décrit comme « le socle sur lequel nous allons désormais bâtir la prochaine phase de notre développement ».
Un test pour la solidité du modèle
Pour la compagnie basée à l’aéroport de La Réunion Roland‑Garros, ce retour aux bénéfices marque une étape importante, mais non une ligne d’arrivée. Entre la sortie des A220, l’arrivée progressive des A320neo, la pression sur les coûts de carburant et la concurrence sur les principaux axes, la solidité du modèle de « croissance rentable » sera mise à l’épreuve dans les prochaines années.

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