Alors que Pékin envisage d’assouplir la réglementation concentrant les vols intercontinentaux sur Shanghai, Pékin et Canton, Shenzhen Bao’an voit s’ouvrir une fenêtre de tir pour multiplier les liaisons vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
Combinée à un ambitieux plan d’extension portée à 98 millions de passagers et 5 millions de tonnes de fret, cette révision pourrait confirmer Shenzhen comme nouveau pôle aérien majeur de la Grande Baie, face à Hong Kong.
Vers la fin de la « priorité absolue » des trois grands hubs
Depuis mars 2025, une règle de la Civil Aviation Administration of China (CAAC) faisait des aéroports de Shanghai, Pékin et Canton les portes d’entrée privilégiées pour les vols vers l’Europe et l’Amérique du Nord, avec priorité sur l’attribution de routes, la planification de capacités et les autorisations. Le projet actuellement soumis à consultation desserre cette contrainte en permettant aux compagnies basées à Shenzhen Bao’an (ZGSZ) d’ajouter davantage de liaisons long‑courriers, y compris transpacifiques.
« Shenzhen a été le grand perdant lorsque la CAAC a demandé l’an dernier aux compagnies d’acheminer les passagers à destination des États‑Unis et de l’Europe via Shanghai, Pékin et Canton », rappelle Jason Zheng, analyste chez Airwefly, cité par le South China Morning Post. Il estime désormais que « cet assouplissement remet Shenzhen sur la carte en ce qui concerne l’allocation des droits de trafic par la CAAC ».
Au‑delà des lignes européennes, le nerf de la guerre reste le trafic sino‑américain, encadré par des plafonds stricts de fréquences hebdomadaires sur des liaisons extrêmement rentables où la demande dépasse largement l’offre. Les compagnies chinoises – et parfois les municipalités – se livrent ainsi une concurrence féroce pour obtenir ces droits, dans un contexte de remontée graduelle des capacités après les restrictions pandémiques et les tensions géopolitiques.
Shenzhen Bao’an : extension en cours
La réforme proposée intervient au moment où Shenzhen lance un nouveau cycle d’investissement sur son infrastructure aéroportuaire. L’aéroport dispose déjà de trois pistes, de deux terminaux et d’une jetée satellite, et s’est engagé dans la construction d’un nouveau Terminal 2 (T2) ainsi que dans la préparation foncière pour un nouveau Terminal 1 (T1).
Le projet T2, situé entre les première et deuxième pistes, couvrira environ 400 000 m² et est dimensionné pour 31 millions de passagers annuels, dans le cadre du 15e plan quinquennal (2026‑2030). À terme, Shenzhen Bao’an exploitera trois terminaux, trois zones cargo et un satellite, configuration qui doit porter sa capacité à 98 millions de passagers par an et 5 millions de tonnes de fret, selon les autorités locales. Une précédente étape clé a été franchie fin 2025 avec l’entrée en service de la troisième piste, marquant l’entrée dans une nouvelle dimension avec une montée notable en capacité de mouvements.
En 2025, l’aéroport a déjà accueilli 66,49 millions de passagers, ce qui en fait l’un des quatre aéroports chinois à dépasser le seuil des 60 millions de voyageurs, aux côtés de Shanghai Pudong, Guangzhou Baiyun et Beijing Capital, d’après les statistiques nationales de la CAAC. La croissance de Shenzhen s’inscrit dans la dynamique plus large de la Grande Baie, dont le cluster d’aéroports (Baiyun, Bao’an et Hong Kong notamment) a traité plus de 168 millions de passagers en 2025.
Un réseau long‑courrier appelé à se densifier
Shenzhen dispose déjà d’un socle long‑courrier non négligeable, avec une liaison vers Los Angeles opérée trois fois par semaine par Air China, ainsi qu’un réseau européen étendu vers Londres, Paris, Francfort, Bruxelles, Milan, Rome, Barcelone et Moscou. Mais le nouveau document de travail de la CAAC va plus loin en invitant explicitement Shenzhen, présentée comme « ville à la pointe de l’effort technologique chinois », à renforcer ses connexions avec une série de « centres mondiaux d’innovation et financiers ».
La liste inclut San Francisco, Boston, Séoul, Toronto, New York, Singapour, Sydney, Berlin, Tel‑Aviv, Londres, Seattle et Bangalore, ce qui laisse entrevoir un maillage international élargi pour le hub de la tech chinoise. Le régulateur suggère aussi de consolider la desserte des « nœuds clés » des pays participant à l’Initiative la Ceinture et la Route, pierre angulaire de la stratégie de connectivité régionale de Pékin. Dans le contexte de mise en œuvre de la nouvelle loi chinoise sur l’aviation civile entrée en vigueur au 1er juillet 2026, l’ajustement des droits de trafic et des politiques de hub s’inscrit dans une refonte plus globale du cadre sectoriel.
Shenzhen face à Hong Kong : la bataille des hubs de la Grande Baie
L’une des dimensions les plus sensibles de cette évolution est la relation avec Hong Kong International Airport (HKIA), longtemps vitrine mondiale de la connectivité aérienne régionale. HKIA a accueilli 61 millions de passagers en 2025, en hausse de 15% sur un an, porté par la pleine montée en puissance de sa troisième piste et la reprise du trafic de correspondance.
Shenzhen, pour sa part, a légèrement devancé son voisin avec 66,49 millions de passagers, tout en restant nettement derrière Hong Kong sur le segment cargo, où HKIA conserve son statut de premier aéroport mondial avec plus de 5 millions de tonnes de fret.

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