Embraer a enregistré au deuxième trimestre 2026 son meilleur niveau de chiffre d’affaires historique pour cette période, à 2,235 milliards de dollars. L’avionneur brésilien maintient ses objectifs de livraisons d’avions commerciaux, entre 80 et 85 unités cette année, mais rehausse nettement ses prévisions de marge opérationnelle et de génération de trésorerie. Derrière la performance consolidée, l’aviation commerciale progresse en volume, même si sa rentabilité reste sous pression.

Embraer aborde la seconde moitié de 2026 avec une confiance renforcée. Le constructeur brésilien a publié, le 10 août, un chiffre d’affaires de 2,235 milliards de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 23% sur un an et inédit pour un trimestre avril-juin. Le bénéfice opérationnel ajusté (EBIT) a atteint 296,9 millions de dollars, soit une marge de 13,3%, contre 10,5% un an auparavant.

Cette embellie conduit le groupe à relever deux de ses principaux objectifs annuels. La prévision de marge EBIT ajustée passe de 8,7%-9,3% à 10%-10,6%, tandis que l’objectif de flux de trésorerie disponible ajusté, hors Eve Air Mobility, est doublé : il s’élève désormais à au moins 400 millions de dollars, contre au moins 200 millions auparavant. En revanche, les objectifs industriels et de chiffre d’affaires sont inchangés : 80 à 85 avions commerciaux, 160 à 170 jets d’affaires et des revenus consolidés compris entre 8,2 et 8,5 milliards de dollars.

Une amélioration financière à nuancer

La révision à la hausse ne procède pas uniquement de la dynamique commerciale. Embraer attribue environ 110 millions de dollars d’amélioration du point médian de sa prévision d’EBIT à trois facteurs : un crédit d’impôt exceptionnel de 68 millions de dollars, l’exemption de droits de douane américains directs au second semestre, pour 38 millions de dollars, et une conjoncture commerciale jugée légèrement plus favorable, pour 4 millions de dollars.

Le groupe souligne lui-même cet effet de périmètre. Hors crédit fiscal exceptionnel et droits de douane américains, la marge EBIT ajustée du deuxième trimestre aurait été de 10,6%, et non de 13,3%. Les droits de douane ont représenté 8 millions de dollars sur le trimestre ; Embraer estime néanmoins rester exposé à environ 12 millions de dollars annuels de droits indirects aux États-Unis.

La trésorerie disponible ajustée hors Eve a, elle, atteint 401 millions de dollars entre avril et juin, après une consommation de 447 millions au premier trimestre. Cette évolution tient à une meilleure performance opérationnelle, mais aussi aux acomptes versés par les clients à la commande et au crédit fiscal.

Aviation commerciale : davantage d’avions, mais des marges fragiles

Pour les compagnies aériennes, le signal le plus concret demeure la montée en cadence. Embraer a livré 20 avions commerciaux au deuxième trimestre, contre 19 un an plus tôt et 10 au premier trimestre. Le total comprend dix E-Jets de première génération — des E175 — et dix appareils de la famille E2, dont six E195-E2 et quatre E190-E2.

Sur le premier semestre, l’avionneur a ainsi remis 30 avions commerciaux à ses clients. Il devra donc livrer 50 à 55 appareils au second semestre pour atteindre sa cible annuelle, après les 78 avions commerciaux remis en 2025. La trajectoire implique une nette accélération de la production et des livraisons au cours des deux derniers trimestres, un schéma traditionnel dans l’industrie mais qui restera à surveiller.

La division Aviation commerciale a dégagé 625 millions de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, soit une hausse de 8% sur un an, principalement grâce à l’augmentation des volumes. Mais la rentabilité de cette activité contraste avec le résultat consolidé : la marge EBIT ajustée a reculé de 4,3% à 2,9%, tandis que la marge brute est passée de 10,1% à 8,4%. Embraer l’explique par le mix clients, notamment le poids de contrats historiques.

Autrement dit, la hausse des livraisons ne se traduit pas encore mécaniquement par une amélioration des marges dans l’aviation commerciale. Cette précision est importante alors que les E2 sont appelés à devenir le principal vecteur de croissance du constructeur sur le marché des avions de 100 à 150 sièges.

Le carnet des E2 franchit un cap

Le carnet de commandes consolide néanmoins la visibilité industrielle d’Embraer. Il s’établissait fin juin à 34,5 milliards de dollars, un septième record trimestriel consécutif, en hausse de 16% sur un an. La seule branche Aviation commerciale représentait 15,1 milliards de dollars, soit une progression de 15%.

La commande de 15 E195-E2 par le loueur Azorra a participé à cette dynamique et a permis à la famille E2 de dépasser le seuil des 500 commandes fermes. Embraer affiche un ratio commandes sur facturations (« book-to-bill ») de 1,8 sur douze mois dans l’activité commerciale : le constructeur reçoit donc davantage de commandes qu’il ne facture d’avions sur la période.

« Le carnet de commandes de l’aviation commerciale atteint 15,1 milliards de dollars, en hausse de 15% sur un an », indique Embraer dans son communiqué de résultats. Ce socle de commandes renforce le positionnement du groupe brésilien dans un segment situé entre l’aviation régionale traditionnelle et les monocouloirs les plus capacitaires d’Airbus et Boeing. Embraer met en avant l’existence de créneaux de production disponibles avant 2030, alors que les lignes des A320neo et 737 MAX restent très largement réservées.

L’E2 au cœur de l’équation industrielle

L’E195-E2, plus grand modèle commercial actuellement produit par Embraer, constitue le pivot de cette stratégie. Six exemplaires ont été livrés au deuxième trimestre, sur les dix E2 remis au total. Pour l’avionneur, l’enjeu est double : transformer la demande en livraisons régulières, tout en améliorant progressivement le rendement des contrats et le mix de production.

Les difficultés rencontrées par certains opérateurs des E2 avec les moteurs Pratt & Whitney GTF restent toutefois un paramètre à suivre. Embraer affirmait en juin que le taux d’E2 immobilisés pour des raisons liées aux moteurs était revenu à 1%, contre un pic de 22% en mars 2025, et visait la disparition de ces immobilisations d’ici la fin de l’année.

Embraer relève ses ambitions financières, porté par l’essor des E2 1 Air Journal

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