Boeing et Embraer ont obtenu du régulateur brésilien une autorisation sans condition à leur coentreprise, en attendant celui des autorités européennes, et aurait trouvé 12 milliards de dollars pour financer la crise du 737 MAX. Mais Rolls Royce a découvert de nouveaux problèmes sur les Trent 1000 de la famille 787 Dreamliner.

Finalisée en décembre 2018, la coentreprise entre les avionneurs américain et brésilien a reçu le 27 janvier 2020 « l’approbation inconditionnelle » par le Conseil d’administration de la défense économique (CADE) au Brésil, une décision qui deviendra définitive dans les 15 prochains jours « à moins qu’une révision ne soit demandée par les commissaires du CADE ». Leur communiqué commun précise que leur partenariat a maintenant reçu l’autorisation inconditionnelle « de toutes les juridictions réglementaires à l’exception de la Commission européenne, qui continue d’évaluer l’accord » : les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Afrique du Sud, le Monténégro, la Colombie et le Kenya ont déjà accordé des feux verts similaires.

« Cette dernière autorisation est une nouvelle approbation de notre partenariat, qui apportera une plus grande concurrence au marché des avions à réaction régionaux, une meilleure valeur pour nos clients et des opportunités pour nos employés », a déclaré Marc Allen, président de Boeing chez Embraer Partnership & Group Operations. L’approbation par le Brésil de l’accord « est une démonstration claire de la nature pro-concurrence de notre partenariat », a ajouté Francisco Gomes Neto, PDG d’Embraer ; « cela profitera non seulement à nos clients, mais permettra également la croissance d’Embraer et de l’industrie aéronautique brésilienne dans son ensemble ».

Boeing et Embraer sont en discussion avec la Commission européenne depuis la fin de 2018 et « continuent de dialoguer avec la Commission au cours de son évaluation de la transaction » – une enquête approfondie, dont la décision vient d’être reportée faute de documents idoines. « Nous sommes impatients d’obtenir l’approbation finale de la transaction dès que possible », explique Marc Allen. Le partenariat stratégique envisagé entre Embraer et Boeing comprend deux coentreprises: une coentreprise constituée des avions commerciaux et des services d’Embraer (Boeing Brasil – Commercial) dans laquelle Boeing détiendra 80% et Embraer détiendra 20%; et une autre coentreprise pour promouvoir et développer les marchés du transport aérien militaire multimissions C-390 Millennium (Boeing Embraer – Défense) dans laquelle Embraer détiendra 51% du capital et Boeing les 49% restants.

Boeing : feu vert pour Embraer et les emprunts, orange pour le Trent 1000 1 Air Journal

©Boeing

Côté crise du 737 MAX, Boeing aurait trouvé sur les marchés plus d’argent qu’il ne recherchait, soit « des engagements à hauteur de 12 milliards de dollars auprès d’une douzaine de banques » selon des sources de CNBC. Pour qui les 2 milliards de plus que recherchés a priori sont un « vote de confiance » pour l’avionneur, 10 mois après l’immobilisation au sol de tous les 737 MAX en service à la suite de deux accidents en cinq mois ayant fait 346 victimes chez Lion Air puis Ethiopian Airlines (les livraisons sont également arrêtées, ainsi que la production des monocouloirs remotorisés).

Boeing n’a pas commenté la nouvelle, mais devrait fournir plus de détails mercredi lors de la présentation de ses résultats financiers. La nouvelle certification du logiciel anti-décrochage MCAS, impliqué dans les deux crashes, devrait intervenir avant la mi-2020 selon la FAA.

Cette crise a en tout cas coûté à la low cost Southwest Airlines pas loin d’un milliard de dollars, a-t-elle annoncé la semaine dernière lors de la présentation de ses résultats (le montant de son accord de compensation avec Boeing reste inconnu). Selon le CEO, la baisse de 28% du bénéfice opérationnel (soit 828 millions de dollars) est entièrement due à l’immobilisation de ses MAX ; elle avait reçu 34 des 280 737 MAX 8 commandés (plus 30 MAX 7) avant leur immobilisation au sol, et espérait en avoir 75 à la fin 2019 et 38 de plus cette année. Ces appareils ont été retirés du programme de vol jusqu’au 6 juin au plus tôt.

Boeing : feu vert pour Embraer et les emprunts, orange pour le Trent 1000 2 Air Journal

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Les principaux problèmes de la famille 787 Dreamliner sont dus à ses moteurs Rolls Royce et donc pas du ressort de Boeing, mais le motoriste britannique est tombé sur un nouvel os : des cas de surtension impliquant certains réacteurs Trent 1000. Rolls-Royce a publié un bulletin de service donnant des instructions pour dés-appairer certains moteurs afin de réduire le risque de surtension simultanée (et donc de panne des deux moteurs). Le régulateur européen EASA souligne que les incidents concernent des moteurs ayant plus de 8000 cycles et plus de 24.000 heures de vol, et donne aux compagnies aériennes 30 jours à partir de jeudi pour mener à bien la manœuvre.

Boeing : feu vert pour Embraer et les emprunts, orange pour le Trent 1000 3 Air Journal

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