Les nouveaux Embraer E195-E2 de Luxair, au cœur de la stratégie de modernisation de la compagnie luxembourgeoise, font déjà l’objet de restrictions d’utilisation en hiver, à la suite d’une consigne de navigabilité émise par l’autorité brésilienne de l’aviation civile (ANAC) sur les moteurs Pratt & Whitney GTF. Luxair assure toutefois qu’aucun incident n’a été constaté sur sa flotte et insiste sur le caractère « préventif » des mesures prises.

L’ANAC a publié début janvier une consigne de navigabilité (Airworthiness Directive BR-2026-01-01) visant les Embraer E190-E2 et E195-E2 équipés de moteurs de la famille Pratt & Whitney PW1900. Le texte impose des limitations d’exploitation au sol « en cas de brouillard givrant, avec une visibilité inférieure à 110 mètres et une température de +3 °C ou moins ». Le régulateur explique qu’il a été « identifié des occurrences de pompage de compresseur sur des moteurs PW1100 en conditions de brouillard givrant avec faible visibilité et basses températures lors des opérations au sol », phénomène jugé transposable aux PW1900 installés sur les E2. Ce type d’événement peut, dans le pire des cas, conduire à une perte de poussée au décollage, phase particulièrement sensible d’un vol.

Des restrictions ciblées sur des conditions météo extrêmes

La directive brésilienne impose aux équipages de ne pas démarrer, faire fonctionner ou utiliser les moteurs pour un décollage lorsque les conditions locales combinent brouillard givrant, visibilité inférieure à 110 mètres et température égale ou inférieure à +3 °C. Ces paramètres restent rares, mais pas exceptionnels, en hiver en Europe centrale et dans le Benelux, où les brouillards denses sont fréquents.
Ce cadre s’inscrit dans un mouvement plus large : Airbus a lui aussi introduit, fin 2025, des restrictions de décollage en cas de brouillard givrant pour sa famille A320neo motorisée par des Pratt & Whitney GTF, avec un seuil de visibilité de 150 mètres, en attendant une solution technique pérenne. Là encore, l’objectif est de limiter les risques de dégradation de performance ou de pompage en conditions de givrage sévère au sol.

Luxair défend son choix d’appareil

Luxair a pris livraison de son premier Embraer E195-E2 fin 2025, premier exemplaire d’une commande de six appareils fermes assortie d’options pour trois unités supplémentaires, dans le cadre d’un vaste programme de renouvellement de flotte qui doit progressivement remplacer les Dash 8-Q400 d’ici 2028. L’appareil, configuré en 136 sièges en 2–2, sans siège du milieu, doit être déployé sur le réseau européen au départ de Luxembourg, notamment vers Vienne et Alicante.

Après un vol inaugural médiatisé vers Vienne en présence du directeur général de Luxair, Gilles Feith, et de la ministre des Transports Yuriko Backes, un vol vers Milan assuré par un E195-E2 a fait demi-tour peu après le décollage, la compagnie évoquant une décision « purement opérationnelle et préventive », « sans lien avec un incident moteur ou de sécurité ». Luxair insiste sur le fait que « les limitations référencées ne constituent pas une erreur de sélection de flotte, mais s’inscrivent dans une problématique plus large touchant les moteurs Pratt & Whitney GTF, utilisés sur plusieurs types d’avions et chez de nombreux constructeurs ».

Un problème moteur qui dépasse le cas Luxair

Les moteurs Pratt & Whitney GTF équipent « plusieurs milliers d’avions dans le monde, dont un nombre significatif d’appareils des familles Airbus A220 et A320neo », et font déjà l’objet de suivis renforcés, de modifications techniques et, au besoin, de mesures opérationnelles temporaires. L’avertissement de l’ANAC prolonge ainsi une série d’ajustements imposés aux compagnies en Europe, en Asie centrale ou en Amérique du Nord pour les décollages en météo hivernale complexe.

Dans un commentaire public, le patron de Luxair a souligné qu’« un problème a été identifié dans des circonstances très spécifiques sur l’A220 » et que « tous les avions équipés du même type de moteur, y compris les familles A320 et A321neo – des milliers d’appareils dans le monde – sont donc concernés », l’Embraer E2 étant inclus « par similarité », alors même qu’« aucun problème n’a jamais été constaté sur cet avion ». Et de résumer : « C’est cela l’aviation, et c’est ainsi que fonctionne la sécurité aérienne », en référence au principe de précaution systématique appliqué par les autorités et les constructeurs.

Luxair : les Embraer E195‑E2 visés par une consigne de sécurité brésilienne en cas de brouillard givrant 1 Air Journal

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