Korean Air passe commande de 103 Boeing pour 36,2 milliards de dollars d’ici 2039, la plus importante de l’histoire de l’aviation sud-coréenne. Cette méga-commande, étalée jusqu’à la fin des années 2030, doit accompagner la fusion avec Asiana et redessiner en profondeur la flotte du transporteur national, des vols intérieurs aux longs‑courriers cargo.

Dans un dépôt réglementaire à la Bourse de Séoul, Korean Air a confirmé l’acquisition de 103 avions auprès de Boeing entre 2026 et 2039, pour une valeur de 36,2 milliards de dollars aux prix catalogue 2025. La commande porte sur 20 Boeing 777‑9, 25 787‑10 Dreamliner, 50 737 MAX 10  et 8 777‑8 Freighter dédiés au fret.

Selon le document réglementaire, « sur la base des prix catalogue 2025 du constructeur Boeing, l’investissement total pour l’achat confirmé de 103 nouveaux appareils s’élève à environ 36,1643 milliards de dollars, un montant susceptible d’évoluer en fonction des taux de change et d’autres facteurs ». Dans les faits, les remises commerciales pratiquées sur ce type de contrat majeur font généralement baisser de façon significative le coût réel d’acquisition.

Large, moyen et fret : un renouvellement à 360 degrés

Le cœur de la commande repose sur les gros‑porteurs de nouvelle génération. Korean Air recevra 20 777‑9, vaisseau amiral de la future famille 777X, dont la certification a été plusieurs fois repoussée et n’est désormais pas attendue avant 2027. Ces appareils à très grande capacité doivent à terme remplacer une partie des 777‑300ER et des 747 encore présents dans la flotte, tout en offrant un gain sensible de consommation par siège.

La compagnie a aussi confirmé 8 777‑8 Freighter, la version cargo de nouvelle génération qui doit succéder aux 777F et, progressivement, aux 747‑400F encore utilisés par plusieurs opérateurs. Boeing met en avant une amélioration d’environ 30 % de l’efficacité carburant par rapport aux appareils qu’il remplace, un atout clé à l’heure où les chargeurs et les autorités exigent une réduction des émissions du fret aérien.

Sur le segment passagers, 25 787‑10 viendront renforcer un type déjà présent dans le mix long‑courrier de Korean Air. Cette version, la plus longue de la famille Dreamliner, est optimisée pour les routes à forte densité sur distances moyennes à longues, notamment vers l’Amérique du Nord et d’autres grands marchés où la demande continue de croître.

Enfin, 50 737‑10 doivent consolider l’offre moyen‑courrier et domestique du groupe. Variante la plus capacitaire du 737 MAX, le 737‑10 offre, selon Boeing, le coût par siège le plus bas de la famille et se positionne comme équivalent au segment occupé par l’A321neo chez Airbus. Pour Korean Air, ces monocouloirs permettront d’ajouter des sièges sur des liaisons saturées en créneaux sans multiplier les fréquences, un enjeu bien connu sur plusieurs grands aéroports d’Asie du Nord‑Est.

Au‑delà du simple remplacement d’avions plus anciens, Korean Air insiste sur la dimension stratégique de ce plan de flotte. La commande couvre l’ensemble du spectre d’opérations : lignes intérieures et régionales, long‑courrier passagers et réseau cargo dédié. Elle doit permettre à la fois d’augmenter la capacité, de réduire les coûts unitaires et de moderniser l’expérience client avec des cabines plus récentes.

Une commande au service de la fusion avec Asiana

Cet achat massif doit aussi être lu à la lumière du rapprochement en cours avec Asiana Airlines. Les autorités américaines ont récemment donné leur feu vert à la fusion, étape importante d’un dossier suivi de près par les régulateurs en Europe et en Asie. Korean Air a déjà indiqué que ses futures commandes seraient structurées pour élaborer un plan de flotte cohérent à l’échelle du nouveau groupe.

« Sous la nouvelle structure, les deux compagnies doivent devenir une seule et même entité, ce qui implique un cadre de long terme cohérent plutôt que le rapprochement de deux flottes qui se chevauchent et créent de la complexité et des surcoûts », a commenté la direction de Korean Air dans la presse spécialisée. L’objectif est de réduire le nombre de types en service, de maximiser les effets d’échelle sur la maintenance et la formation, et d’améliorer l’utilisation des appareils sur l’ensemble du réseau combiné. Pour Boeing, cette commande représente à la fois la plus importante jamais passée par une compagnie sud‑coréenne et l’un de ses plus gros contrats de gros‑porteurs en Asie. 

Si cette méga‑commande confirme l’ancrage de Korean Air dans le camp Boeing pour les prochaines décennies, elle intervient aussi dans un contexte industriel complexe pour le constructeur américain. Le programme 777X, qui doit fournir les 777‑9 et 777‑8F de la commande, a accumulé les retards, avec une certification désormais attendue autour de 2027, soit bien au‑delà du calendrier initial. Sur le segment des monocouloirs, le 737‑10 n’est toujours pas certifié, et les discussions avec les régulateurs se poursuivent, ce qui pourrait entraîner un décalage des premières livraisons.

Pour l’heure, la compagnie ne détaille pas précisément la répartition annuelle des livraisons, indiquant seulement qu’elles s’étaleront de 2026 jusqu’à la fin des années 2030. 

Korean Air refonde sa flotte avec 103 nouveaux Boeing d’ici 2039 1 Air Journal

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