Le conflit entre American Airlines et son principal syndicat de personnel navigant commercial (PNC) s’intensifie autour de la durée réelle des formations obligatoires en ligne. En cause : un décalage présumé entre le temps officiellement rémunéré et celui effectivement nécessaire pour valider ces modules réglementaires indispensables à l’exercice du métier.

Une formation obligatoire au cœur du litige

Aux États-Unis, American Airlines se retrouve confrontée à une contestation croissante de ses hôtesses et stewards concernant la formation annuelle dite Computer-Based Training (CBT). Ces modules numériques, obligatoires pour maintenir la qualification opérationnelle, sont au centre d’un différend désormais porté en arbitrage. Le syndicat Association of Professional Flight Attendants (APFA) accuse la compagnie de sous-estimer le temps nécessaire à leur complétion. Selon l’organisation, « de nombreux PNC consacrent bien plus de huit heures à ces formations », alors que la rémunération prévue repose sur cette estimation.

De son côté, American Airlines maintient que « le programme CBT est conçu pour être complété en huit heures », une durée qui justifie le forfait de 150 dollars versé aux employés pour cette partie de leur formation annuelle.

Des exigences réglementaires strictes

Comme l’ensemble des compagnies aériennes, American Airlines est tenue de respecter un cadre réglementaire rigoureux imposé par la Federal Aviation Administration (FAA). Les personnels navigants commerciaux doivent suivre chaque année une formation de maintien des compétences (Continuing Qualification, ou CQ).

Ce cursus comprend notamment deux jours en présentiel, principalement à Dallas, avec exercices pratiques (évacuation d’urgence, manipulation des portes, premiers secours) ainsi qu’un volet numérique (CBT), couvrant notamment les procédures de sécurité, les mises à jour réglementaires et les scénarios d’urgence. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions disciplinaires, voire un licenciement, ce qui souligne l’importance critique de ces formations pour la sécurité aérienne.

Une question de temps… et de rémunération

Le cœur du conflit réside dans l’écart entre la théorie et la pratique. Si la compagnie évalue à huit heures le temps nécessaire pour compléter les modules CBT, le syndicat affirme que la réalité est différente, notamment en raison de l’augmentation du volume de contenu au fil des années. « Le nombre de modules a considérablement augmenté, rendant irréaliste l’estimation actuelle », estime l’APFA, qui réclame une compensation supplémentaire lorsque le temps réel dépasse celui rémunéré.

Cette problématique n’est pas propre à American Airlines. Dans l’ensemble du secteur aérien, les exigences de formation se sont accrues ces dernières années, sous l’effet combiné du renforcement des normes de sécurité, de la digitalisation des outils pédagogiques et de la complexification des opérations.

Des données de suivi au centre du débat

Un élément clé du dossier pourrait jouer en faveur du syndicat : les plateformes de formation utilisées par American Airlines permettent de suivre précisément le temps passé par chaque utilisateur sur les modules. Selon l’APFA, la compagnie disposerait donc de données objectives permettant de vérifier la durée réelle des formations. Or, American Airlines aurait refusé de communiquer ces informations, ce qui a contribué à l’escalade du conflit. « Ces systèmes enregistrent les interactions et les temps de complétion. Ils pourraient apporter une transparence essentielle », souligne le syndicat.

Un enjeu plus large pour l’industrie

Au-delà du cas d’American Airlines, ce différend illustre une tension croissante dans le secteur aérien : celle entre exigences réglementaires accrues et conditions de travail des équipages.

Avec la digitalisation des formations, de nombreuses compagnies ont externalisé une partie de l’apprentissage vers des modules en ligne, souvent réalisés en dehors des périodes de service. Cette évolution pose la question de la reconnaissance du temps de travail réel, un sujet déjà sensible dans un contexte de pénurie de personnel et de tensions sociales dans plusieurs grandes compagnies.

American Airlines : les hôtesses et stewards contestent le temps réel de leur formation obligatoire 1 Air Journal

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