Embraer se rapproche d’une première mondiale dans l’aviation commerciale. L’autorité brésilienne de l’aviation civile, l’ANAC, prévoit de certifier entre septembre et octobre le système E2TS, qui automatiserait la rotation et la trajectoire initiale de montée des E-Jets E2. L’ambition n’est pas de retirer les pilotes de la boucle, mais d’améliorer la précision des départs depuis les aéroports les plus contraints.
L’ANAC vise une certification à l’automne
L’Agence nationale de l’aviation civile brésilienne (ANAC) est entrée dans la dernière ligne droite de la certification de l’Embraer Enhanced Takeoff System (E2TS). Cette fonction, développée pour les E190-E2 et E195-E2, doit permettre à l’avion d’exécuter automatiquement la rotation au décollage ainsi que le profil initial de vol. « Nous sommes dans la phase finale de certification et nous prévoyons de certifier un avion Embraer en septembre ou octobre. Ce sera un nouvel Embraer E2, doté du premier système de décollage automatique au monde », a déclaré à Reuters Tiago Chagas Faierstein, président de l’ANAC.
L’annonce doit toutefois être maniée avec précision : il s’agit, à ce stade, d’une certification brésilienne attendue pour une première application sur un E2. Son emploi commercial dans d’autres juridictions dépendra encore des validations réglementaires nécessaires, notamment auprès de l’EASA en Europe et de la FAA aux États-Unis.
Automatiser la rotation, sans écarter l’équipage
L’E2TS ne correspond pas à un décollage « sans pilote ». L’équipage reste responsable de la préparation, de la surveillance et de la conduite de l’opération ; il doit pouvoir reprendre immédiatement la main si les circonstances le justifient. Le système vise surtout à reproduire, avec une précision constante, la commande de rotation et la trajectoire de montée initiale optimales.
Selon Embraer, cette automatisation réduit la charge de travail au moment le plus exigeant du vol et peut diminuer la longueur de piste nécessaire. En cas de défaillance, le dispositif est conçu selon une logique fail-passive : il se désengage, laissant aux pilotes la capacité de poursuivre le décollage manuellement sans transition brutale. Roberto Honorato, directeur de l’ANAC chargé notamment de la navigabilité et de la sécurité opérationnelle, a indiqué que l’autorité avait observé des essais en vent de travers et évalué à la fois le comportement du système et les réactions attendues des équipages. « L’ANAC ne sera pas un chemin critique pour la mise en service du système », a-t-il déclaré à CNN Brasil.
Un atout pour Londres-City et les pistes contraintes
Présenté au salon de Farnborough en 2024, le système répond à un enjeu très concret : la performance au départ des aéroports où la longueur de piste, les obstacles ou les procédures limitent la masse maximale au décollage. Une rotation plus reproductible et une montée plus précisément optimisée peuvent se traduire, selon les conditions, par davantage de charge marchande, de carburant ou de rayon d’action.
L’exemple de Londres-City est le plus parlant. Embraer estime que l’E2TS pourrait accroître d’environ 350 milles nautiques le rayon d’action du E195-E2 au départ de l’aéroport londonien, réputé pour sa piste courte et son approche à forte pente. Plus récemment, le constructeur a chiffré le potentiel de portée de 3 200 à 4 000 km depuis LCY, ouvrant théoriquement la voie à des liaisons vers Istanbul, Athènes, Casablanca, Le Caire ou Gran Canaria.
Une innovation à confirmer en exploitation
Pour Embraer, l’enjeu est commercial autant que technologique. Face à l’Airbus A220, la famille E2 pourrait renforcer son argumentaire sur les marchés régionaux et les plates-formes urbaines contraignantes, de Londres-City à Florence ou Santos Dumont, à Rio de Janeiro.
Reste l’étape décisive : transformer une innovation de certification en capacité opérationnelle approuvée chez les compagnies, avec procédures, formation dédiée et validation des autres autorités de surveillance. La certification brésilienne annoncée ne serait donc pas l’aboutissement du programme, mais le début de sa véritable épreuve : celle de l’exploitation régulière.
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