Le conflit entre Ryanair et le gouvernement espagnol s’est transformé en affrontement public entre Michael O’Leary, patron de la low cost irlandaise, et Óscar Puente, ministre des Transports espagnol . En cause : les réductions de capacités de Ryanair dans plusieurs aéroports régionaux, que la low cost attribue aux redevances du gestionnaire national Aena, tandis que le ministre les relie aux retards de livraison de Boeing.

Ryanair a retiré environ trois millions de sièges des aéroports régionaux espagnols entre 2025 et 2026. Dans le même temps, elle a renforcé son offre dans de grandes plateformes comme Madrid, Barcelone, Palma de Majorque et Málaga, selon le quotidien économique espagnol Cinco Días.

Ryanair dénonce les redevances aéroportuaires
La low cost irlandaise met en cause les coûts aéroportuaires appliqués par Aena. Elle estime que les plateformes régionales doivent proposer des conditions plus attractives afin de maintenir leurs liaisons et d’accueillir de nouvelles capacités.

Elle conteste aussi l’explication avancée par le gouvernement sur un manque d’avions. Cité par la presse espagnole, Michael O’Leary affirme que sa low cost exploite un total 648 appareils cet été, soit 29 de plus qu’en 2025, et prévoit d’augmenter son trafic annuel de 208 à 216 millions de passagers. Pour le dirigeant, les avions supplémentaires existent, mais seront placés sur les marchés offrant les meilleures perspectives de coût et de rentabilité. Les réductions en Espagne régionale relèveraient donc d’un choix commercial, et non d’une contrainte de flotte.

Le ministre cite les retards de livraison d’avions
Óscar Puente avance une version différente. Dans un entretien accordé à Europa Press, il a accusé Ryanair de « déguiser » ses difficultés liées aux retards de livraison d’avions derrière ses critiques contre les redevances d’Aena.

Le ministre s’est appuyé sur les critiques formulées par Michael O’Leary lui-même contre Boeing et les retards de production du 737 MAX. Dans un message publié sur X, Óscar Puente a ironisé : « Je ne sais pas, les gars. Je me suis fié à ce que dit votre directeur général. Peut-être aurais-je dû chercher une source plus fiable. »

Ryanair réplique que ses effectifs de flotte et son trafic sont en croissance. Elle soutient donc que le redéploiement de capacité loin de certains aéroports régionaux espagnols n’est pas lié à une pénurie d’avions.

Les invectives s’ajoutent au dossier
Le désaccord est devenu personnel. Michael O’Leary a qualifié Óscar Puente de « ministre raté » dans une vidéo publiée par Ryanair sur X. Il a aussi annoncé qu’il lui enverrait un exemplaire de « Basic Maths for Dummies » (« Les mathématiques de base pour les nuls »).

A son tour, le ministre a répondu que les redevances aéroportuaires espagnoles étaient « suffisamment basses pour qu’une seule personne de Ryanair ait empoché 100 millions d’euros l’an dernier » (Un chiffre qui fait référence à un plan d’options sur actions potentiellement valorisé à plus de 100 millions d’euros, et non à une somme effectivement perçue par Michael O’Leary). Sa conclusion : « Si nos règles ne vous plaisent pas, allez voler ailleurs. »

Les aéroports régionaux concernés
Derrière les échanges, les conséquences sont concrètes pour les territoires. Des aéroports tels que Jerez, Valladolid, Vigo, Asturias et Tenerife Nord ont connu ou doivent connaître des baisses de fréquences, des suppressions de lignes ou des retraits de capacité.

Pour Ryanair, une baisse des redevances permettrait de préserver ou de développer l’offre de billets d’avion vers ces dessertes. Aena et le gouvernement espagnol défendent leur modèle tarifaire, jugé compétitif, et refusent de modifier leurs règles sous la pression de la low cost irlandaise. La hausse des redevances pour 2026 a par ailleurs été validée par la Commission nationale des marchés et de la concurrence espagnole, la CNMC.

Au-delà de la polémique, le dossier rappelle la forte dépendance de certains aéroports régionaux aux compagnies aériennes à bas coûts. Le programme de la saison hiver 2026-2027 dira si Ryanair poursuit ses retraits de capacité ou si un compromis avec Aena est trouvé.