La FAA pourrait donner dès lundi prochain le feu vert à la mise à jour logicielle du système anti-décrochage MCAS, mis en accusation dans les crashes des Boeing 737 MAX de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines et de la low cost Lion Air. Ce qui ne veut pas dire que l’immobilisation au sol des 371 appareils en service dans le monde sera levée. L’EASA et Transport Canada figurent parmi les régulateurs ayant décidé de réexaminer la certification du monocouloir remotorisé, tandis que la justice américaine s’est emparée de l’affaire.

A en croire les sources de NBC, la mise à jour du système MCAS des Boeing 737 MAX pour être autorisée officiellement par la FAA lundi prochain. Evoquée suite au crash de Lion Air en octobre 2018 (pour lequel un le rapport préliminaire a été publié) et apparemment présentée à certains clients jeudi dernier, la modification prendrait environ deux heures par appareil, 371 MAX 8 et MAX 9 étant cloués au sol depuis la semaine dernière. Ni le constructeur ni l’autorité fédérale n’ont confirmé cette information, la FAA ayant selon certaines sources déjà approuvé la mise à jour. Des « similarités claires ont été notées » avec le vol JT610 de Lion Air selon la ministre éthiopienne des Transports, suite à l’analyse préliminaire de l’enregistreur des données de vol (FDR) du MAX 8 d’Ethiopian Airlines qui assurait le 10 mars 2019 le vol ET302 entre sa base à Addis Abeba-Bole et l’aéroport de Nairobi-Jomo Kenyatta et s’est écrasé peu après son décollage entrainant la mort des 157 personnes à bord. Une similarité confirmée hier par le BEA, à qui la récupération et l’analyse des données des boîtes noires a été confiée.

Face à la polémique sur la délégation par la FAA de certaines parties du processus de certification à Boeing, ce dernier a répété lundi que l’autorité avait « examiné la configuration finale et les paramètres d’exploitation du système MCAS lors de la certification du Boeing 737 MAX, et conclu que ce système répondait à toutes les exigences réglementaires et de certification applicables ». Selon le Wall Street Journal, le ministère de la justice a déclenché dès le lendemain de l’accident d’Ethiopian Airlines une enquête criminelle sur le sujet, un « grand jury fédéral » à Washington assignant « au moins une personne impliquée dans le développement du programme 737 MAX à fournir des documents, incluant des lettres, des courriels ou d’autres messages ». Une première aux Etats-Unis depuis le crash de ValuJet en mai 1996, quand un McDonnell-Douglas DC 9 reliant Miami à Atlanta s’était écrasé peu après le décollage suite à un incendie en soute, tuant les 110 personnes à bord (la société ayant chargé des produits dangereux dans la soute avait été condamnée). Rappelons qu’en France, les poursuites criminelles sont quasiment systématiques en cas d’accident aérien. Interrogé par le Seattle Times, le FBI n’a ni confirmé ni démenti une possible implication dans le processus judiciaire.

Dans le reste du monde, l’Agence européenne pour la sécurité de l’aviation (EASA) a déclaré hier par la voix de son directeur Patrick Ky que les Boeing 737 MAX ne seront pas autorisés à voler dans l’espace aérien de l’UE avant une « analyse en profondeur » de la mise à jour du système MCAS proposée par Boeing. Elle ne se contentera pas de valider la décision de la FAA comme c’est la coutume, a-t-il précisé devant le comité au transport du Parlement européen. L’EASA avait interdit de vol tous les 737 MAX mardi dernier, la veille de la FAA mais aussi de Transport Canada ; le ministre canadien des transports Marc Garneau a annoncé hier un « nouvel examen de la certification du 737 MAX », soulignant que cela ne signifiait pas que des « actions » seront prises. Et à l’instar des Européens, Transport Canada fera sa propre analyse de la mise à jour logicielle « même si elle est certifiée par la FAA ».    

Boeing 737 MAX : une solution logicielle lundi prochain ? 1 Air JournalLe PDG de Boeing Dennis Muilenburg a de nouveau réagi hier soir dans une longue vidéo adressée « aux compagnies aériennes, aux passagers et à la communauté aéronautique », répétant que la sécurité est « au cœur de qui nous sommes chez Boeing, et assurer des vols sûrs et fiables sur nos appareils est une valeur bien établie et un engagement absolu envers tout le monde ». Les travaux « avancent de manière approfondie et rapide » pour en apprendre davantage sur l’accident d’Ethiopian Airlines et pour « comprendre les informations provenant des enregistreurs de voix et des données de vol du poste de pilotage de l’avion », souligne-t-il, promettant pour « bientôt » une mise à jour du logiciel et de la formation des pilotes pour le 737 MAX, « qui répondront aux préoccupations découvertes à la suite de l’accident du vol 610 de Lion Air ». Boeing travaille dans le secteur de la sécurité aérienne depuis plus de 100 ans « et nous continuerons à fournir les meilleurs produits, formations et support à nos clients des compagnies aériennes et à nos pilotes. Il s’agit d’un engagement continu et sans relâche visant à rendre les avions sûrs encore plus sûrs ». « Nous savons que des vies dépendent du travail que nous faisons », ajoute le dirigeant, « et nos équipes assument cette responsabilité chaque jour avec un profond sens de l’engagement. Chez Boeing, notre objectif est de réunir la famille, les amis et les êtres chers avec nos avions commerciaux, en toute sécurité. Les pertes tragiques du vol 302 d’Ethiopian Airlines et du vol 610 de Lion Air nous touchent tous, unissant les peuples et les nations dans un même chagrin pour tous ceux en deuil. Notre cœur est lourd et nous continuons à exprimer nos plus sincères condoléances aux proches des passagers et des membres de l’équipage à bord ».

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