Airbus a engagé une procédure pour réclamer des dommages et intérêts au motoriste américain Pratt & Whitney, qu’il accuse de retards de livraison de moteurs perturbant la montée en cadence de l’A320neo, selon des informations concordantes de Reuters.
Selon des sources proches du dossier citées par Reuters, Airbus a entamé une démarche formelle pour réclamer des compensations financières à Pratt & Whitney au titre des retards de livraisons de moteurs destinés à la famille A320. Le groupe européen considère que le motoriste privilégie la maintenance et la réparation des moteurs GTF déjà en service au détriment de la fourniture de moteurs neufs pour les avions en production.
Cette escalade intervient après plusieurs mois de déclarations publiques de responsables d’Airbus laissant transparaître une irritation croissante vis‑à‑vis de Pratt & Whitney et de sa maison mère RTX. Dès février 2026, le directeur général d’Airbus Guillaume Faury avait averti que le constructeur était prêt à « faire valoir ses droits contractuels » dans ce dossier, signalant qu’un « processus » avait été engagé sans en dévoiler la nature.
Des moteurs GTF sous pression, des avions au sol
Au cœur du différend se trouvent les moteurs PW1000G, dits Geared Turbofan (GTF), qui équipent environ 40% des A320neo, en concurrence avec le LEAP-1A de CFM International. Depuis 2023, ces moteurs sont affectés par un défaut de métal en poudre utilisé dans certaines pièces, obligeant Pratt & Whitney et RTX à lancer une vaste campagne d’inspection et de remplacement.
RTX a prévenu qu’en moyenne 350 A320neo pourraient se retrouver immobilisés chaque année jusqu’en 2026 le temps d’effectuer ces opérations lourdes. Prévues initialement à 60 jours de recours initialement pour les travaux en atelier, le délai a désormais été porté jusqu’à 300 jours par moteur dans certains cas. Cette vague d’immobilisations pèse directement sur les flottes de nombreuses compagnies, qui voient une partie de leurs avions cloués au sol, tout en réduisant les marges de manœuvre de Pratt & Whitney pour honorer ses engagements en moteurs neufs auprès d’Airbus.
Objectif 870 livraisons en 2026 sous contrainte moteurs
Airbus a fixé pour 2026 un objectif d’« environ 870 » livraisons d’avions commerciaux, soit une progression d’environ 10% par rapport aux 793 appareils remis à leurs clients l’année précédente. Cet objectif s’inscrit dans une trajectoire de montée en cadence qui doit conduire le constructeur à produire entre 70 et 75 monocouloirs par mois d’ici fin 2027, avec une stabilisation visée à 75 appareils mensuels par la suite.
Mais l’avionneur reconnaît désormais que ces ambitions sont directement affectées par les difficultés de Pratt & Whitney. Dans un communiqué, Airbus a ainsi estimé que « l’incapacité de Pratt & Whitney à s’engager sur le nombre de moteurs commandés par Airbus impacte négativement les perspectives de cette année et la trajectoire de montée en cadence », précisant que la révision de ses hypothèses de production découle en grande partie des incertitudes sur les livraisons de GTF.
Pratt & Whitney cherche un « équilibre » entre MRO et livraisons
Selon Reuters, Pratt & Whitney assure travailler à trouver un « équilibre » entre ses obligations d’entretien (MRO) pour les moteurs déjà en service et ses engagements de livraisons de moteurs neufs. Le motoriste affirme rester confiant dans sa capacité à conclure un accord avec Airbus sur les volumes d’approvisionnement pour 2026 et 2027, alors même qu’un contrat clé de fourniture pour ces années demeurait encore en suspens début février.

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