Airbus vient de décrocher auprès de China Southern Airlines et de sa filiale Xiamen Airlines une nouvelle méga‑commande de 137 monocouloirs A320neo, pour une valeur catalogue d’environ 21,4 milliards de dollars et des livraisons étalées de 2028 à 2032.

Cette opération, clairement négociée à des prix réduits, confirme à la fois la dynamique de renouvellement de flotte du groupe chinois et la position dominante d’Airbus sur le marché le plus disputé du monde, alors que Boeing reste en attente d’un accord équivalent avec les autorités de Pékin.

Une commande massive au cœur du plan de renouvellement

Dans un document déposé à la Bourse de Shanghai le 29 avril 2026, China Southern Airlines annonce la signature d’un accord visant l’acquisition de 102 avions de la famille A320neo, tandis que Xiamen Airlines, contrôlée à 55% par la maison mère, s’engage pour 35 monocouloirs de la même gamme. Au prix catalogue, ce bloc de 137 appareils représente environ 21,37 à 21,4 milliards de dollars, un montant qui reste un indicateur de référence, les compagnies obtenant classiquement des rabais substantiels sur les grosses commandes industrielles.

China Southern précise que les ristournes obtenues sont « équitables » et « en ligne avec celles accordées dans les précédentes commandes » passées auprès d’Airbus, ce qui confirme la logique de mégas deals observée dans la Chine post‑pandémique : contrats groupés, prix lissés et calendrier de livraison étiré. Cette transaction s’inscrit aussi dans une stratégie de long terme du groupe basé à Guangzhou, qui vise à remplacer progressivement ses anciens A320ceo et certains Boeing 737 pour renforcer sa capacité sur le moyen‑courrier domestique et régional.

Calendrier de livraisons 2028‑2032

Conformément au plan de montée en cadence d’Airbus, les livraisons seront échelonnées entre 2028 et 2032. China Southern s’attend à recevoir la majorité de ses 102 A320neo sur cette fenêtre, avec une progression annuelle progressive. Xiamen Airlines verra ses 35 appareils livrés entre 2029 et 2032, ce qui s’aligne avec la stratégie de Xi’an pour sécuriser ses créations de capacité futures sans surcharger ses finances immédiatement.

Ce calendrier place ces commandes dans la fenêtre de transition 2028‑2032, déjà très chargée chez Airbus, où plusieurs acteurs chinois ont déjà bloqué des créneaux (China Eastern commandera 101 A320neo entre 2028 et 2032, par exemple). Pour Airbus, cela signifie une pression renouvelée sur sa capacité à atteindre les 75 appareils par mois sur la famille A320 calculés pour 2027, alors que la chaîne d’approvisionnement (moteurs, sous‑traitance) reste tendue.

China Southern renforce son leadership afronaval

Avec cette nouvelle commande, China Southern consolide sa position de premier groupe aérien chinois et de client Airbus majeur en Asie. Le groupe avait déjà passé une méga‑commande de 96 A320neo en 2022, dans le cadre du bloc de 292 monocouloirs adressé à quatre grandes compagnies chinoises (Air China, China Eastern, China Southern, Shenzhen Airlines). Intégrer 137 nouveaux A320neo dans sa flotte d’ici 2032 lui permettra, selon ses propres termes, de « renforcer sa compétitivité sur le marché en augmentant sa capacité de transport ».

Xiamen Airlines, historiquement tout Boeing, poursuit parallèlement une stratégie de diversification vers Airbus amorcée dès 2022 avec une commande de 40 A320neo financée pour près de 4,8 à 4,9 milliards de dollars avant réduction. Le recours massif à l’A320neo traduit la volonté de la compagnie d’optimiser la rentabilité de ses rotations moyennes‑courriers grâce à la consommation de carburant et à la flexibilité opérationnelle du monocouloir européen.

Pourquoi Airbus sort clairement gagnant

L’A320 reste le best‑seller mondial du monocouloir, représentant plus de 600 livraisons sur les 793 appareils commerciaux remis par Airbus en 2025, soit environ 76% du total de livraisons. Sur le marché chinois, Airbus a déjà bénéficié de plusieurs mégas deals collectifs depuis 2019‑2022, visant à sécuriser sa part de marché face à Boeing, encore affecté par la suspension des 737 MAX sur le territoire chinois et par la pression politique de Washington.

La commande de China Southern/Xiamen s’inscrit dans une tendance de fond. D’abord, les compagnies chinoises continuent de bloquer des créneaux de livraison sur le segment qui porte la plus grande valeur industrielle (monocouloir A320neo/A321neo). Ensuite, elles renforcent leur dépendance à Airbus pour la transition vers une flotte plus moderne et économe, et enfin, et elles laissent Boeing dans une position de « deal potentiel » encore conditionné à l’évolution des relations sino‑américaines et des visites de Donald Trump. Comme le relève South China Morning Post, la transaction de 21,4 milliards de dollars illustre que Airbus élargit encore son avance sur l’un des marchés les plus contestés de l’aviation alors que Boeing stagne sur un accord gouvernemental toujours en discussion.

Boeing dans l’attente ?

Airbus bénéficie par ailleurs d’un atout majeur face à Boeing : sa présence industrielle de long terme en Chine, via sa ligne d’assemblage final (FAL) de Tianjin, désormais doublée d’une seconde chaîne dédiée à la famille A320neo. Plus de 600 appareils – et désormais plus de 780 A320 – y ont déjà été assemblés depuis 2008, ce qui permet au constructeur européen de livrer « en Chine, pour la Chine », de réduire les risques logistiques et de se présenter comme un partenaire quasi local auprès des régulateurs et des grands groupes publics chinois.

Cette implantation contraste avec la position de Boeing, qui espère profiter de la visite d’État de Donald Trump à Pékin, prévue du 31 mars au 2 avril, pour arracher une méga‑commande d’environ 500 737 MAX – assortie d’une centaine de gros‑porteurs – susceptible de rééquilibrer le jeu après plusieurs années de gel quasi total des achats chinois. 

China Southern Airlines : Airbus signe une nouvelle méga‑commande de 137 A320neo 1 Air Journal

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