Boeing et United Airlines figurent parmi les sponsors de The Great American Road Trip, une série familiale portée par le secrétaire américain aux Transports Sean Duffy. Le montage financier, reposant sur une organisation privée soutenue par des entreprises relevant du champ d’action du DOT, ravive les interrogations sur les conflits d’intérêts — alors que la série met aussi en scène une visite d’usine Boeing à Charleston.
Le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, voulait célébrer le 250e anniversaire des États-Unis à travers un voyage familial. La série de six épisodes qui en résulte, The Great American Road Trip, diffusée sur YouTube en août, est devenue un sujet plus politique que touristique : parmi ses soutiens figurent Boeing, United Airlines et d’autres entreprises dont les activités sont directement concernées par le Department of Transportation (DOT). La production a été assurée par la structure privée Great American Road Trip Inc.. Selon le DOT, ni les contribuables ni la famille Duffy n’ont financé ou perçu de rémunération pour le programme. Chaque épisode précise que les coûts — tournage, équipes, carburant, hébergements et activités — ont été réglés par cette organisation et « acceptés comme un cadeau par le Département ».
Une présence visible de Boeing dans la série
Le problème tient moins au format télévisuel qu’à son financement. Politico recense vingt sponsors sur le site de l’organisation, dont Boeing, United Airlines, Toyota, Royal Caribbean, CRH ou encore l’American Bus Association. Plusieurs évoluent dans des secteurs régulés, contrôlés ou financés par le département dirigé par Sean Duffy. Pour l’aéronautique, le cas Boeing est particulièrement sensible. Dans l’un des épisodes, la famille Duffy visite le site de Charleston, en Caroline du Sud, où l’avionneur assemble le 787 Dreamliner. La séquence associe ainsi une entreprise sponsor du programme à une visite effectuée par le ministre chargé notamment de l’aviation civile et de la supervision fédérale du transport aérien.
Le DOT américain exerce une influence déterminante sur l’environnement économique des compagnies aériennes : protection des consommateurs, droits de trafic, concurrence et certaines obligations opérationnelles. La sécurité aérienne et la certification des appareils relèvent, elles, principalement de la FAA, agence placée sous la tutelle du DOT. Boeing et United ont donc, à des titres différents, des intérêts permanents dans les décisions de l’administration fédérale.
Le DOT défend un projet autorisé
L’administration assure que la participation de Sean Duffy a été validée par ses juristes spécialisés en éthique et que les déplacements relevaient en partie de ses fonctions officielles, dans le cadre des célébrations nationales. Le département souligne aussi qu’un accord interdit à Great American Road Trip Inc. d’obtenir « tout traitement favorable » pour de futures aides fédérales. Tori Barnes, directrice de l’organisation, affirme que la série visait à promouvoir les destinations américaines, « sans considération pour les sponsors individuels ». De son côté, l’American Bus Association a indiqué avoir soutenu une initiative destinée à encourager les déplacements et le tourisme.
Une plainte et une enquête demandée
L’ONG Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW) a néanmoins saisi l’inspecteur général du DOT. Elle estime que ce financement privé peut soulever des questions au regard des règles fédérales relatives aux cadeaux, aux voyages et à l’utilisation de la fonction publique pour valoriser des produits ou des entreprises. « Le public mérite de savoir exactement comment le financement […] a fonctionné », a déclaré son président, Donald K. Sherman.
À ce stade, aucun élément ne démontre qu’un sponsor ait obtenu une contrepartie réglementaire. Mais dans un secteur aérien américain déjà exposé aux débats sur la surveillance des compagnies, des constructeurs et de la FAA, l’apparence de proximité entre régulateur et industrie suffit à nourrir la polémique.

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