Un an après leur protocole d’accord conclu au salon du Bourget 2025, Airbus et MTU Aero Engines franchissent une nouvelle étape dans l’aviation hydrogène.

Les deux groupes annoncent la création d’une coentreprise dédiée au développement et à la commercialisation d’un moteur 100% électrique alimenté par une pile à combustible, destiné à un futur appareil d’environ 100 places et appelé à jouer un rôle clé dans la stratégie ZEROe de l’avionneur européen.

Une coentreprise pour un moteur électrique à hydrogène

Basée sur un accord de coopération signé au Bourget en juin 2025, la coentreprise entre Airbus et MTU Aero Engines sera consacrée à la mise au point d’un système propulsif complet reposant sur une pile à combustible à hydrogène, fournissant une puissance électrique aux moteurs. Selon les premières informations, Airbus détiendra plus de 50% du capital, ce qui lui donnera le contrôle de cette nouvelle entité conçue comme une structure « agile » pour accélérer la maturation technologique et la certification.

Le communiqué d’Airbus précise que l’objectif est d’« accélérer le développement technologique, la conception, les essais et la certification d’un système de propulsion révolutionnaire pour l’aviation basé sur une pile à combustible à hydrogène », grâce à une organisation dédiée appuyée par les équipes d’ingénierie et de production des deux partenaires. MTU met de son côté en avant la couverture de « l’intégralité du cycle de vie des groupes motopropulseurs à pile à combustible – du développement et des essais à la certification et à la commercialisation », avec une ambition affichée de technologie « sûre, fiable et économique » pour une aviation climatiquement neutre.

Un calendrier indexé sur ZEROe et HEROPS

L’accord reste non contraignant à ce stade et dépend de l’obtention des autorisations réglementaires habituelles, ainsi que de la conduite des processus sociaux aux niveaux européen et nationaux. Airbus indique que la coentreprise « devrait commencer ses opérations en 2027 », en cohérence avec la feuille de route du programme ZEROe, qui vise l’entrée en service d’un premier avion commercial à hydrogène autour de 2035.

Lancé en 2020, ZEROe explore deux grandes voies : la combustion directe de l’hydrogène dans des turbines et la propulsion électrique via piles à combustible, Airbus ayant annoncé en 2025 concentrer désormais ses efforts sur cette seconde option pour le transport régional. Côté MTU, le projet HEROPS (Hydrogen-Electric Zero Emission Propulsion System) s’appuie déjà sur un démonstrateur de groupe motopropulseur électrique de 600 kW alimenté par une pile à hydrogène, testé au sol et en vol sur un Dornier 228 du DLR, avec une cible de commercialisation à partir de 2035 pour des avions régionaux.

Vers un futur avion de 100 places à hydrogène

La la coentreprise aura pour mandat de développer un système propulsif adapté à un appareil d’environ 100 sièges, positionné sur le segment des liaisons régionales ou court-courriers, cœur de cible des premières applications de l’hydrogène. L’ensemble combinera la maîtrise des architectures d’avions commerciaux d’Airbus, son travail sur les réservoirs cryogéniques de liquide hydrogène et la distribution énergétique, avec l’expérience de MTU en conception, intégration, validation et maintenance de moteurs d’avions.

Airbus rappelle que sa démarche vise à « transformer une recherche avancée en systèmes de propulsion électrique industrialisés et certifiables » afin de franchir le fossé qui sépare les démonstrateurs techniques des programmes avion certifiés. MTU fait de son côté valoir que ce projet constitue « une étape cruciale sur la voie du premier moteur à hydrogène » et revendique une « véritable avance technologique européenne » dans un domaine où se multiplient les initiatives, des start-up de l’hydrogène aux programmes institutionnels comme Clean Aviation.

Déclarations des dirigeants

Pour Airbus, la coentreprise s’inscrit comme « la prochaine étape logique » d’une vision commune de la propulsion à hydrogène pour l’aviation, après le protocole de 2025. « Notre coentreprise envisagée est la prochaine étape logique dans notre vision partagée d’un concept de propulsion basé sur l’hydrogène pour l’aviation », déclare ainsi Bruno Fichefeux, Head of Future Programmes chez Airbus, cité dans le communiqué. Il ajoute qu’ « en réunissant nos technologies et notre expertise respectives dans une entité dédiée, nous créons une force européenne capable de transformer la recherche avancée en systèmes de propulsion électriques industrialisés et certifiables », soulignant l’enjeu de « souveraineté stratégique » autour des technologies de prochaine génération.

Du côté de MTU, Dr Stefan Weber, Senior Vice President Engineering and Technology, résume l’ambition : « Notre objectif ambitieux est de préparer le terrain pour un système de propulsion nouvellement développé, sûr, fiable et économique, qui contribuera à une aviation climatiquement neutre. Ce projet est une étape cruciale sur notre chemin vers le premier moteur alimenté à l’hydrogène – et il s’agit d’un véritable leadership technologique européen. » Le motoriste insiste sur la volonté de créer une société capable de « couvrir l’ensemble du cycle de vie des groupes motopropulseurs à pile à combustible – du développement et des essais à la certification et à la commercialisation ».

Hydrogène et aviation : enjeux techniques et réglementaires

Airbus rappelle que l’hydrogène « a le potentiel de jouer un rôle crucial pour réduire substantiellement l’impact climatique de l’aviation à long terme et transformer le transport aérien d’une manière comparable à l’impact des véhicules électriques dans le secteur automobile ». Le recours à une pile à combustible permet d’éviter la combustion directe de l’hydrogène et d’ouvrir la voie à une propulsion électrique à zéro émission de CO₂ en vol, tout en posant des défis majeurs en matière de densité énergétique, de gestion thermique, d’intégration des réservoirs cryogéniques et de certification.

Airbus et MTU s’allient pour un moteur 100% électrique à hydrogène 1 Air Journal

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