Les salariés d’Airbus en Espagne ont entamé, mardi 25 août, une grève illimitée après avoir rejeté la dernière proposition de la direction sur les salaires et les conditions de travail. Le mouvement, porté par les syndicats UGT, CGT et ÚTIL, touche un maillon important de la chaîne industrielle européenne du groupe : avions commerciaux, défense, hélicoptères et activités spatiales.

Airbus Espagne : une grève illimitée dans les sites clés de la production

Le conflit social franchit une nouvelle étape chez Airbus en Espagne. Après une première série d’arrêts de travail menée du 1er au 23 juillet, des milliers de salariés ont repris la mobilisation sous la forme d’une grève de 24 heures reconductible, sans échéance prédéterminée. La décision a été validée lors d’assemblées organisées le 24 août dans plusieurs établissements du groupe. Les salariés ont refusé de suspendre le mouvement malgré la poursuite des discussions sous l’égide du Service interconfédéral de médiation et d’arbitrage espagnol (SIMA). Les organisations syndicales estiment que les engagements proposés par Airbus restent trop imprécis, notamment sur leur calendrier et leur traduction financière.

Selon les syndicats, environ 90% des salariés concernés auraient participé à la première journée complète de grève. Airbus n’a pas confirmé ce taux de mobilisation ni précisé, à ce stade, l’impact concret du mouvement sur les livraisons ou les cadences de production. Reuters rapporte néanmoins que les syndicats évoquent déjà un ralentissement de l’activité.

Salaires et conditions de travail au cœur du conflit

La revendication salariale est le principal point d’achoppement. Airbus a proposé de garantir des hausses liées à l’inflation, complétées par une augmentation supplémentaire destinée à compenser une partie de la perte de pouvoir d’achat. Mais le montant exact de ce complément et le délai de sa mise en œuvre doivent encore être négociés, ce que les représentants des salariés jugent insuffisant.

Le différend dépasse largement les seules rémunérations. Les syndicats réclament aussi des garanties écrites sur le télétravail et le maintien des accords individuels existants ; l’organisation des congés et la flexibilité des horaires ; les transports collectifs vers les sites industriels ; les dispositifs de restauration ; l’évolution des grilles et parcours de rémunération entre salariés anciens et nouveaux embauchés ; et les conséquences sociales de réorganisations, en particulier dans les activités spatiales du groupe en Espagne.

Un autre sujet concerne le régime d’indemnisation des arrêts maladie. Airbus a indiqué qu’il retirerait un recours devant le Tribunal suprême espagnol lié à ce dossier et restituerait les sommes précédemment déduites aux salariés. « La proposition de l’entreprise est insuffisante. Mais, pour la première fois, elle a bougé, même timidement, dans la direction de nos revendications », a déclaré l’UGT après la médiation du 21 août. L’entreprise s’est également dite disposée à revenir au cadre du télétravail en vigueur avant le début du conflit, sans modification supplémentaire, et à conserver les accords individuels déjà signés.

Une production Airbus directement concernée

Cette grève revêt une dimension particulière pour l’industrie aéronautique européenne. Airbus compte plus de 14 000 salariés répartis sur huit sites en Espagne, dans les régions de Madrid, de Castille-La Manche et d’Andalousie. Le pays constitue une base industrielle majeure du groupe pour les avions commerciaux, les programmes militaires, les hélicoptères et le spatial.

Les activités d’Airbus Commercial en Espagne emploient environ 4 500 personnes sur les sites de Getafe, Illescas et Cadix. Elles produisent des éléments qui ne sont pas de simples sous-ensembles périphériques, mais des structures critiques intégrées aux programmes civils du constructeur.

Site

Principales productions aéronautiques

Getafe, près de Madrid

Empennages horizontaux des A320, A330, A350 et A350F ; section arrière du fuselage de l’A350

Illescas, près de Tolède

Grandes pièces en matériaux composites, dont les panneaux inférieurs de voilure de l’A350 et la porte cargo principale de l’A350F

Cadix

Éléments d’empennage et nacelles de soufflante des moteurs de l’A320neo

Ces fabrications alimentent directement les lignes d’assemblage final d’Airbus. Elles concernent en particulier la famille A320neo, dont la production reste sous pression face à un carnet de commandes très élevé, mais aussi l’A350 et sa future déclinaison cargo A350F. Toute perturbation durable des flux de pièces en provenance d’Espagne pourrait donc compliquer le pilotage industriel du groupe, même si Airbus n’a pas, pour l’heure, fait état d’un impact mesurable.

Les négociations se poursuivent

Une nouvelle réunion de médiation est prévue ce 27 août. Les syndicats ont choisi de poursuivre la grève pendant les négociations quotidiennes, considérant qu’un report aurait affaibli leur capacité de pression. Le mouvement doit toutefois être régulièrement réévalué par les salariés, avec un vote de reconduction annoncé chaque vendredi selon des sources syndicales.

Airbus, de son côté, appelle à un compromis rapide. Après la validation du mouvement, le constructeur a souligné qu’un accord dans les prochains jours était « critique pour tous, pour nos clients et pour notre projet commun en Espagne », selon des propos rapportés par El Mundo.

Airbus Espagne : reprise d’une grève illimitée après le rejet d’une offre patronale 1 Air Journal

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