Airbus a confirmé, le 28 octobre, son objectif d’environ 870 livraisons d’avions commerciaux en 2026, après en avoir remis 547 à ses clients à fin septembre. Si ses résultats progressent sur neuf mois, le troisième trimestre marque un ralentissement. Approvisionnement en moteurs, intégration des activités reprises à Spirit AeroSystems et difficultés ponctuelles de qualité mettent à l’épreuve la montée en cadence du constructeur européen.
Airbus conserve sa feuille de route, mais l’essentiel de l’effort reste à accomplir dans les ateliers et les centres de livraison. Le groupe aéronautique européen a publié un chiffre d’affaires de 50,6 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 7%, et un résultat opérationnel ajusté de 4,495 milliards d’euros, en progression de 8%. Son bénéfice net atteint 3,587 milliards d’euros, soit une augmentation de 36% sur un an. Des résultats qui permettent à la direction de maintenir ses objectifs annuels, malgré un troisième trimestre moins favorable. « Ces résultats sur neuf mois reflètent la trajectoire ascendante de notre montée en cadence dans les activités civiles et militaires, soutenue par une forte demande pour nos produits sur l’ensemble de notre portefeuille », déclare Guillaume Faury, directeur général d’Airbus, dans le communiqué de résultats. « Dans un environnement géopolitique et opérationnel complexe, nous nous concentrons sur les livraisons tout en maintenant une attention constante à la qualité », ajoute-t-il.
Livraisons Airbus : 547 avions à fin septembre, dont 428 de la famille A320
Entre janvier et septembre, Airbus a livré 547 avions commerciaux, contre 507 sur la même période de 2025, soit 40 appareils supplémentaires. Ce total comprend 68 A220, 428 monocouloirs de la famille A320, 13 A330 et 38 A350. La famille A320 représente ainsi plus des trois quarts des avions remis aux compagnies aériennes et aux sociétés de leasing.
Cette progression porte le chiffre d’affaires de l’activité avions commerciaux à 36,7 milliards d’euros, en hausse de 8%. Airbus l’attribue à l’augmentation des livraisons et des services, partiellement compensée par un dollar plus faible. Le résultat opérationnel ajusté de cette activité augmente plus modestement, de 3%, à 3,362 milliards d’euros, freiné notamment par des dépenses de recherche et développement plus élevées et un taux de couverture de change moins favorable.
La dynamique commerciale reste, elle, particulièrement soutenue : Airbus a enregistré 1 174 commandes brutes et 1 105 commandes nettes après annulations, contre respectivement 610 et 514 un an auparavant. Son carnet atteint 9 310 avions commerciaux à fin septembre. Le défi du constructeur reste donc de transformer cette demande en appareils livrés.
Un troisième trimestre en retrait malgré la hausse du bénéfice net
L’amélioration des comptes sur neuf mois ne doit pas masquer le ralentissement intervenu pendant l’été. Au troisième trimestre, Airbus a livré 196 avions commerciaux. Son chiffre d’affaires consolidé a reculé de 2%, à 17,469 milliards d’euros, tandis que son résultat opérationnel ajusté a diminué de 9%, à 1,768 milliard d’euros. Le groupe explique cette baisse par le moindre volume de livraisons d’avions commerciaux, une répartition moins favorable des appareils livrés dans ses activités civiles et ses hélicoptères, ainsi que par les effets de l’intégration des activités reprises à Spirit AeroSystems. Le résultat opérationnel ajusté de la branche avions commerciaux recule ainsi de 12%, à 1,375 milliard d’euros.
Le bénéfice net trimestriel progresse néanmoins de 20%, à 1,344 milliard d’euros. Cette évolution ne traduit pas une amélioration équivalente de la performance industrielle : le résultat opérationnel publié bénéficie notamment d’ajustements nets positifs de 37 millions d’euros, contre des ajustements négatifs de 194 millions au troisième trimestre 2025.
Objectif de 870 livraisons : un dernier trimestre décisif
Airbus maintient son objectif d’environ 870 livraisons d’avions commerciaux en 2026. Avec 547 appareils remis à fin septembre, atteindre précisément ce niveau suppose d’en livrer encore 323 entre octobre et décembre, soit près de 108 par mois en moyenne. À titre de comparaison, le constructeur avait livré 286 appareils au dernier trimestre 2025, différence entre ses 793 livraisons annuelles et les 507 enregistrées à fin septembre. L’effort demandé serait donc supérieur de près de 13% à celui de la même période de l’an dernier.
La direction assume de nouveau un calendrier de livraisons concentré sur la fin de l’exercice. Lors de la présentation aux analystes, Guillaume Faury a indiqué que les équipes étaient pleinement mobilisées pour cette dernière ligne droite. Il a également souligné que les risques liés aux approvisionnements étaient intégrés dans les prévisions confirmées. Outre les livraisons, Airbus vise toujours un résultat opérationnel ajusté d’environ 7,5 milliards d’euros et un flux de trésorerie disponible avant financement des clients d’environ 4,5 milliards. Ces objectifs incluent les droits de douane actuellement applicables, mais restent conditionnés à l’absence de perturbations supplémentaires du commerce mondial, de la chaîne d’approvisionnement ou des opérations du groupe.
Moteurs, Spirit et qualité : les obstacles à la montée en cadence
L’approvisionnement en moteurs demeure le principal facteur limitant l’accélération de la famille A320. Lors de la conférence de résultats, dont Investing.com publie la transcription, Guillaume Faury a particulièrement désigné les moteurs Pratt & Whitney comme l’élément qui dicte le rythme de cette montée en cadence. Airbus estime disposer des approvisionnements nécessaires à ses objectifs de 2026, mais prévoit que les moteurs resteront une contrainte en 2027.
L’intégration des activités reprises à Spirit AeroSystems constitue un autre chantier sensible. Elle a entraîné une charge de 235 millions d’euros dans les ajustements du résultat opérationnel sur neuf mois, dont 112 millions au seul troisième trimestre. La direction décrit une intégration toujours difficile, avec notamment une section de fuselage de l’A350, la « section 15 », située sur le chemin critique de production du long-courrier.
À ces contraintes s’ajoutent deux sujets de qualité détaillés par Guillaume Faury. Sur l’A321, une non-conformité de protection de surface de certaines lisses — des éléments de renfort de la structure — a nécessité des corrections et perturbé temporairement le déroulement des opérations. Selon le dirigeant, le problème ne constitue pas un enjeu de sécurité pour les avions en service et ne devrait pas avoir d’effet significatif sur les livraisons de 2026. Sur l’A330, une anomalie constatée (un outil oublié) dans un empennage horizontal a conduit à inspecter tous les appareils en production et à renforcer les contrôles.
Le constructeur ne modifie pas pour autant ses ambitions industrielles. Il vise toujours une cadence de 70 à 75 avions de la famille A320 par mois à la fin de 2027, avant une stabilisation à 75. Les autres objectifs restent fixés à 13 A220 mensuels en 2028, cinq A330 en 2029 et douze A350 en 2028.
Une trésorerie pénalisée par l’accumulation des stocks
La concentration des livraisons en fin d’année se retrouve dans les comptes de trésorerie. Sur neuf mois, le flux de trésorerie disponible avant financement des clients est négatif de 1,268 milliard d’euros, contre une sortie de 914 millions un an plus tôt. Airbus explique cette consommation notamment par l’augmentation des stocks, liée au calendrier des livraisons et à la préparation des hausses de cadence dans ses différentes activités. Pour atteindre l’objectif annuel de 4,5 milliards d’euros, le groupe devra donc dégager près de 5,8 milliards de flux de trésorerie disponible avant financement des clients au quatrième trimestre. Sa trésorerie nette demeure positive, à 7 milliards d’euros fin septembre, contre 12,2 milliards à la clôture de 2025.
Défense et espace : un soutien accru aux résultats d’Airbus
Les activités de défense et d’espace contribuent davantage à la progression du groupe. Leur chiffre d’affaires augmente de 5%, à 9,3 milliards d’euros, et leur résultat opérationnel ajusté atteint 672 millions, contre 420 millions un an auparavant, soit une hausse de 60%. Les prises de commandes progressent de 70%, à près de 11,5 milliards d’euros.
La situation est plus contrastée chez Airbus Helicopters. Malgré 226 hélicoptères livrés, contre 218 un an plus tôt, le chiffre d’affaires reste pratiquement stable à 5,6 milliards d’euros et le résultat opérationnel ajusté recule de 10%, à 445 millions. Là encore, la composition des livraisons pèse sur la rentabilité : une augmentation du nombre d’appareils ne se traduit pas mécaniquement par une hausse équivalente des revenus ou des marges.

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