Pékin, Hong Kong et Macao ont signé le 30 avril quatre nouveaux accords de coopération aéronautique, dont un spécifiquement consacré à la certification de type du futur gros‑porteur C929 de COMAC, appelé à rivaliser avec les Boeing 787 et Airbus A350 sur le long‑courrier.
En harmonisant davantage leurs normes de navigabilité, de maintenance et de carburants, les trois autorités entendent accélérer le processus de certification tout en renforçant l’internationalisation des avions commerciaux chinois, déjà illustrée par la montée en puissance du C919 et l’adoption des standards chinois par certains régulateurs étrangers comme Brunei.

Pékin, Hong Kong et Macao scellent quatre accords clés

Le 30 avril 2026, l’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC), le Civil Aviation Department (CAD) de Hong Kong et l’Autorité de l’aviation civile de Macao (AACM) ont signé à Hong Kong quatre accords de coopération couvrant la certification des appareils, la gestion de la maintenance et les carburants d’aviation.  Ces textes comprennent un accord de coopération sur la reconnaissance mutuelle des certificats de type, un accord de coopération sur la certification de type de l’avion C929, un amendement à l’accord sur la gestion conjointe de la maintenance, ainsi qu’un accord de coopération sur la gestion de la navigabilité des carburants d’aviation et des produits chimiques. 

Selon le communiqué des autorités hongkongaises, ces accords visent à « approfondir la reconnaissance mutuelle des normes de navigabilité et à renforcer la coopération technique autour du C929 ». Victor Liu, directeur général du CAD, a salué un jalon supplémentaire dans cette intégration régionale en soulignant que la signature « marque une nouvelle étape significative dans la coopération continue entre la Chine continentale, Hong Kong et Macao dans le domaine de l’aviation ».

Concrètement, la CAAC, le CAD et l’AACM entendent élargir la portée de la reconnaissance mutuelle des certificats de type, des organisations de maintenance et de formation, ainsi que des spécifications environnementales liées aux carburants et produits chimiques aéronautiques. Cette approche doit se traduire, pour les opérateurs, par des procédures harmonisées dans l’espace « Grande Baie » et une meilleure lisibilité réglementaire pour l’exploitation des avions de Comac.

C929 : un futur concurrent des 787 et A350

Cœur de ces nouveaux accords, le C929 est le futur gros‑porteur de COMAC, d’environ 250 à 320 sièges selon les configurations, avec une version centrale autour de 280 passagers. Il est positionné face aux familles Boeing 787 et Airbus A330neo, et jusqu’à l’A350 sur certaines variantes long-courriers. Le programme, plusieurs fois remanié, avance progressivement avec la finalisation de l’architecture d’avionique – Comac a ainsi signé début 2026 une lettre d’intention avec Aviage Systems pour le système de traitement central de l’avion, présenté comme le « cerveau » de l’appareil.

Selon le South China Morning Post, la taille et les performances envisagées pour le C929 le situeraient dans la même catégorie que les 787 et A350, avec des capacités adaptées aux grands axes intercontinentaux.  COMAC a évoqué un rayon d’action d’environ 12 000 km, ce qui placerait l’appareil sur le segment des liaisons intercontinentales type Shanghai–Europe ou côte Ouest américaine.

Pékin présente ce programme comme une étape supplémentaire après le C919 pour développer une famille complète d’appareils commerciaux domestiques, des moyen‑courriers au long‑courrier, capable de concurrencer le duopole occidental sur les marchés intérieurs et, à terme, internationaux. La coopération réglementaire autour du C929 s’inscrit dans un calendrier encore prudent, la mise en service n’étant pas attendue avant la prochaine décennie malgré l’accélération récente des phases de conception et d’essais. Au‑delà des aspects de cellule et d’avionique, la motorisation reste un enjeu stratégique, la Chine cherchant à réduire sa dépendance aux motoristes occidentaux pour son futur long‑courrier.

Hong Kong et Macao, relais de l’expansion internationale de Comac

Les nouveaux textes étendent à la certification de type du C929 le cadre de coopération déjà mis en place autour du C919, le monocouloir de COMAC aujourd’hui exploité sur le réseau intérieur chinois. Les autorités de Hong Kong et de Macao seront associées au processus, notamment via la participation de leurs ingénieurs et inspecteurs à des travaux de certification menés par la CAAC.

Cette coopération tripartite inclut également la gestion des centres de maintenance et de formation situés à l’étranger mais approuvés par l’une des trois autorités, ce qui doit faciliter la mise en place de capacités MRO et de simulateurs à l’international pour les opérateurs du C919 et du futur C929. La reconnaissance mutuelle couvrira aussi les normes environnementales, notamment pour la certification des carburants d’aviation et des produits chimiques associés, un enjeu central alors que les transporteurs de la région multiplient les essais de carburants durables (SAF).

COMAC, qui a ouvert un bureau à Hong Kong en 2024, mise pleinement sur la place financière et aérienne de la ville comme tête de pont vers l’international. Le C919 y opère depuis 2024 une liaison Hong Kong–Shanghai, ce qui permet à l’avionneur de démontrer auprès d’un public international la maturité de son monocouloir et, à terme, de préparer l’arrivée du C929 sur des marchés extra‑continentaux.

La Chine tisse progressivement son propre réseau de normes

Faute d’accords avec l’Europe ou les États‑Unis, la Chine multiplie les démarches bilatérales avec des pays tiers pour faire reconnaître ses normes de navigabilité civile. En octobre 2025, Brunei a ainsi officiellement intégré le code de navigabilité de la CAAC dans ses règlements, donnant aux certificats de type chinois un statut équivalent à ceux de l’EASA, de la FAA et de Transports Canada.

Selon les autorités bruneiennes, cette adoption s’est traduite par une révision des « Brunei Aviation Requirements », dans laquelle les certificats de la CAAC sont expressément acceptés pour les pièces, équipements et aéronefs civils. Des analyses locales soulignent que cette décision ouvre la voie à une commercialisation plus aisée des avions de COMAC – C919 et futurs C929 – sur certains marchés d’Asie du Sud‑Est, même si les commandes restent à ce stade limitées et essentiellement concentrées en Chine.

C929 : Pékin, Hong Kong et Macao s’unissent pour doper la certification du futur long‑courrier chinois 1 Air Journal

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