Un rapport du Congrès américain accuse Boeing d’avoir fait pression sur un employé de la FAA et d’avoir préparé de manière inappropriée ses pilotes d’essai durant le processus de recertification. Le directeur de l’EASA a réaffirmé que le monocouloir remotorisé est désormais très sûr, le feu vert à son retour dans le ciel européen étant prévu mi-janvier.

Alors que le 737 MAX doit rentrer en service commercial la semaine prochaine aux Etats-Unis chez la compagnie aérienne American Airlines, le Congrès a publié un long rapport sur l’appareil impliqué dans accidents qui avaient fait 346 victimes chez Lion Air puis Ethiopian Airlines. Cloués au sol depuis mars 2019, les 737 MAX ont été de nouveau autorisés le mois dernier par la FAA à emporter des passagers aux Etats-Unis (le Brésil a depuis emboité le pas). Mais ce long processus de recertification ne s’est passé de manière aussi transparente qu’annoncé : selon des membres du comité au Commerce du Sénat, au moins un officiel du régulateur a été l’objet de « pressions » de la part de Boeing, qui a d’autre part préparé ses pilotes « de manière inappropriée » aux vols d’essai (réduisant de 16 à 4 secondes le temps de réaction à certaines manœuvres par rapport à ceux qui n’avaient pas été « coachés »). Les protocoles de test du MCAS, impliqué dans les deux crashes, n’auraient pas été respectés.

D’après ce rapport, Boeing et FAA se sont entendus pour « établir un résultat prédéterminé » lors de ces tests, afin de « réaffirmer une hypothèse de longue date sur le facteur humain lié au temps de réaction du pilote » lors des accidents – ce que le rapport appelle carrément une tentative de dissimulation d’éléments importants » pour expliquer chaque catastrophe. L’avionneur avait fini par céder en janvier aux appels à un passage obligatoire des pilotes en simulateur pour la nouvelle version du logiciel.

 

Boeing, qui vient d’annoncer le recrutement de 160 pilotes pour accompagner les compagnies aériennes dans la remise en service de leurs MAX, a déclaré « prendre au sérieux » ces accusations, mais doit d’abord examiner le rapport « dans son intégralité ». La FAA fera de même, tout en précisant que les auteurs du rapport reconnaissent eux-mêmes qu’il contient « un certain nombre d’allégations non fondées ». Sénat et Chambre des représentants ont voté des textes de loi appelant à une réforme du processus de certification de la FAA.

Rien de cela ne remet en question le premier vol commercial du 737 MAX aux USA le 29 décembre, pas plus que cela n’a empêché la low cost brésilienne GOL de remettre ses 737 MAX en service la semaine dernière (comme probablement Aeromexico ce lundi). A ce jour, plus de dix 737 MAX ont été livrés à leurs clients American Airlines, United Airlines et Southwest Airlines, directement par Boeing ou via des sociétés de leasing.

En Europe où la certification du 737 MAX modifié est attendue mi-janvier, le directeur général de l’EASA Patrick Ky a réaffirmé à la BBC que le 737 MAX est un avion « très sûr ». Le régulateur européen n’a « rien négligé » dans son examen de l’aéronef et son analyse des modifications de conception apportées par le constructeur, a-t-il répété, un examen qui « est allé bien au-delà des causes immédiates des deux accidents et des modifications proposées par Boeing ».

Les critiques subies par la FAA sur son processus de certification laissant trop de responsabilité à l’avionneur ont aussi été « entendues : à l’avenir, les choses seront faites différemment ». En particulier, lorsque l’EASA n’est pas la principale autorité chargée des travaux de sécurité, elle examinera de plus près les décisions des autres. « Nous réaliserons notre propre évaluation de la sécurité, qui sera beaucoup plus complète qu’auparavant », a-t-il expliqué. Tout en espérant que la confiance du public et la crédibilité de l’EASA n’ont pas été affectées : « Je pense que nous avons fait beaucoup de progrès dans l’évaluation de ce qui a mal tourné et de ce qui peut être amélioré. J’espère que le public nous fait confiance quand nous disons que nous pensons, nous sommes certains, que l’avion peut voler en toute sécurité ».

Boeing 737 MAX : conduite inappropriée, EASA toujours satisfaite 2 Air Journal

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