La saga judiciaire entre l’avionneur européen et la compagnie aérienne Qatar Airways continue, Airbus ayant réclamé hier 220 millions de dollars pour non-paiement de deux A350 dont la livraison a été refusée.

Alors qu’aucune audience n’est attendue avant fin avril à la Haute Cour de Londres, aucun signe d’apaisement n’est rendu public par les deux acteurs du conflit démarré en décembre 2020 pour cause de « problèmes de peinture » des A350. Le 1er mars 2022, Airbus a demandé aux juges de lui accorder 220 millions de dollars de dommages et intérêts pour le refus de livraison par la compagnie basée à Doha de deux A350. L’avionneur compte également récupérer « des millions de dollars de crédits » accordés à Qatar Airways, montrent les documents publiés hier. Cette dernière avait déjà demandé 618 millions de dollars de dommages et intérêts pour l’immobilisation au sol de ses A350 affectés par le problème, plus 4 millions par jour d’immobilisation supplémentaire. Airbus n’a comme d’habitude pas commenté cette information.

La semaine dernière, c’est Qatar Airways qui allait devant le tribunal pour demander le rétablissement de la commande de 50 A321neo (dont dix en version LR) attendus à partir de février 2023, une commande annulée par Airbus fin janvier. Ces avocats avaient alors déclaré que « ni Qatar Airways ni son équipe juridique n’ont connaissance d’efforts déployés par Airbus pour tenter de résoudre la situation à l’amiable. En réalité, c’est tout le contraire ». Lundi, un porte-parole d’Airbus déclarait à Reuters  que la demande de dommages était un « dernier recours et faisait suite à de nombreuses tentatives infructueuses pour trouver des solutions mutuellement bénéfiques ».

Rappelons que la dispute a conduit Qatar Airways à clouer au sol 22 A350-900 et -1000 depuis aout dernier et un ordre du régulateur qatari. Par crainte de manquer de capacité en particulier pour la Coupe du Monde de football et l’accueil des visiteurs attendus, elle a remis en service treize A330, loué des gros-porteurs et ressorti des A380 pourtant tant décriés par son patron ces derniers mois.

Airbus a rejeté toutes les accusations de Qatar Airways, déclarant qu’il n’y a « aucune base raisonnable ou rationnelle » à l’interdiction de vol ; au contraire, la compagnie aérienne aurait « cherché à organiser ou a acquiescé » à la décision d’immobiliser les avions parce qu’il était dans son intérêt économique de le faire « compte tenu de l’impact de la pandémie de coronavirus ». Airbus affirme toujours que les défauts de peinture ne sont qu’un problème cosmétique ne justifiant ni l’immobilisation des A350, ni le refus de livraisons. Le régulateur européen EASA n’a pas jugé la dégradation des surfaces de l’A350 comme une menace pour la sécurité des vols, son homologue qatari restant le seul au monde à avoir pris la mesure. 

D’autres clients ont pourtant constaté le problème, par exemple Finnair dès 2016, suivie depuis par Cathay Pacific, Etihad Airways, Lufthansa et Air France (dans le cadre de la maintenance des avions d’Air Caraïbes). La compagnie allemande aurait en particulier renvoyé trois A350 pour être repeints, gratuitement dans le cadre de la garantie ; mais aucun opérateur autre que Qatar Airways n’a cloué au sol les A350 affectés.

A350 de Qatar Airways : Airbus réclame 220 millions 1 Air Journal

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