Le moyen‑courrier chinois C919 de COMAC reste dans le radar de Malaysia Airlines, mais la compagnie conditionne tout achat à une certification préalable par les régulateurs occidentaux, EASA et FAA.
Une prudence qui renvoie tout éventuel contrat à la prochaine fenêtre de renouvellement de flotte, autour de 2035, alors que l’avionneur chinois multiplie les démarches pour faire valider son appareil au‑delà du marché domestique chinois.
Malaysia Airlines intéressée, mais pas avant 2035
Dans un entretien au South China Morning Post, Bryan Foong, directeur général « airline business » de Malaysia Aviation Group (MAG), confirme que le Comac C919 fait partie des options étudiées à long terme par Malaysia Airlines. « Il s’agit d’une option crédible pour la flotte mais il lui faut encore un peu plus de maturité », explique‑t‑il, tout en reconnaissant que l’appareil a « manqué la fenêtre » du cycle de renouvellement en cours.
Le transporteur malaisien a en effet lancé ses évaluations de renouvellement des monocouloirs il y a deux à trois ans et a depuis verrouillé ses commandes auprès d’Airbus et de Boeing, notamment pour la famille 737 pour le segment moyen‑courrier. Foong prévient ainsi dans le South China Morning Post que la compagnie « ne commandera pas de monocouloirs avant peut‑être 2035 », laissant entendre que COMAC devra attendre le prochain cycle pour espérer une place dans la flotte.
La certification occidentale comme condition d’entrée
Pour Malaysia Airlines, l’élément déclencheur sera la reconnaissance du C919 par les autorités occidentales. « Je n’ai aucun doute que COMAC obtiendra un jour la certification de l’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne (EASA) – et, espérons‑le, aussi de l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) », affirme Bryan Foong, en précisant : « Nous avons besoin que la certification soit prête et acceptée par la Malaisie et par les autres pays que nous desservons. »
Le dirigeant ajoute que cette validation EASA/FAA serait « préférée » pour opérer le C919, car de nombreux États se « reposeront » sur l’évaluation de sécurité de ces deux agences. Dans la plupart des marchés hors Chine, l’acceptation d’un nouveau type d’appareil dépend en pratique d’une validation formelle ou implicite des certificats de type délivrés par EASA ou la FAA, condition qui n’est pas encore remplie pour le C919, actuellement limité aux vols en Chine continentale et à Hong Kong.
Un C919 encore en parcours de certification EASA
Entré en service commercial en mai 2023 chez China Eastern Airlines après une certification nationale par la CAAC en 2022, le C919 est officiellement positionné comme un concurrent direct des familles Airbus A320neo et Boeing 737 MAX, avec une architecture classique et des moteurs occidentaux LEAP‑1C de CFM International. Pour élargir son marché, Comac a engagé une procédure de validation européenne auprès de l’EASA dès 2019, relancée après la pandémie, avec des essais en vol menés par des pilotes d’essai européens à Shanghai depuis début 2026.
Le directeur exécutif de l’EASA a indiqué que la validation complète du C919 pourrait encore nécessiter de trois à six ans, compte tenu de la nouveauté de l’appareil et du volume d’analyses à mener, ce qui renvoie une éventuelle certification européenne vers la fin de la décennie au mieux. Sans cette validation, l’appareil ne peut pas être exploité en Europe, et de nombreuses autorités en Asie et ailleurs attendent également un signal positif d’EASA ou de la FAA avant de reconnaître l’avion de type chinois, ce qui explique la prudence affichée par Malaysia Airlines.
Enjeux commerciaux en Asie du Sud‑Est
La Malaisie n’est toutefois pas indifférente aux ambitions de COMAC. Le ministre des Transports Anthony Loke a estimé en 2025 que des achats par des compagnies étrangères renforceraient la confiance dans les avions chinois et a encouragé le constructeur à se montrer plus offensif sur la scène internationale. Dans le même temps, Tony Fernandes, patron de Capital A (maison‑mère d’AirAsia), a confirmé être « en discussions actives » avec Comac sur une éventuelle commande de C919, sans calendrier précis, souligne le South China Morning Post.
COMAC, de son côté, a ouvert un bureau de représentation à Singapour pour mieux adresser le marché de l’ASEAN, tandis que son biréacteur régional ARJ21, désormais renommé C909, est déjà en service dans plusieurs pays de la sous‑région, notamment au Vietnam, au Laos et au Cambodge. Malaysia Airlines rappelle toutefois qu’au‑delà de la certification, il faudra juger le C919 sur sa performance opérationnelle, sa rentabilité et la capacité de COMAC à déployer un réseau de support et de maintenance robuste en Asie du Sud‑Est, condition indispensable pour concurrencer le duopole Airbus‑Boeing sur ce marché très sensible aux coûts.

Georges a commenté :
15 juillet 2026 - 13 h 05 min
La situation va être à peu près la même pour beaucoup d’autres compagnies internationales hors UE et US
Et donc le succès du C919 hors Chine a moyen terme dépendra beaucoup de ses 2 concurrents Airbus et Boeing : s’ils n’ont pas au début de la prochaine décennie un nouveau produit très différenciant à proposer, la porte sera grande ouverte pour Comac qui aura les mêmes performances moteurs qu’eux
Et ils sont bien placés pour savoir ce que ça donne quand un constructeur se repose sur un succès existant pour ne pas préparer l’avenir…