Airbus a lancé à Belfast, en Irlande du Nord, la construction d’une extension de 6 221 m² dédiée aux ailes de l’A220. Attendu au premier semestre 2028, le bâtiment doit permettre au constructeur d’accompagner la montée en cadence du monocouloir, avec un objectif de 13 appareils produits par mois cette même année.
L’investissement, dont le montant n’a pas été détaillé, dépasse le seul ajout de surface industrielle. Il traduit la volonté d’Airbus de sécuriser l’un des maillons les plus spécifiques — et les plus sensibles — de la chaîne d’approvisionnement de l’A220 : la fabrication de ses ailes en matériaux composites. Le site de Belfast est en effet l’unique producteur mondial des ailes de l’A220. Hérité de Bombardier puis exploité par Spirit AeroSystems, il est devenu Airbus Belfast après la finalisation, en décembre 2025, de la reprise par l’avionneur européen des activités liées à l’A220, notamment les ailes et la section centrale de fuselage.
Une troisième autoclave pour l’A220
L’extension accueillera une troisième autoclave, ainsi que des outillages spécialisés et des moyens de levage. Ces équipements doivent accroître les capacités de fabrication et d’assemblage des ailes, en préparation d’une cadence de 13 A220 mensuels en 2028. La mise en service de l’extension est prévue au cours du premier semestre de cette même année.
Une autoclave est une enceinte industrielle dans laquelle les pièces composites sont soumises à des cycles contrôlés de température et de pression. Dans le cas de l’A220, elle permet la polymérisation des éléments en fibre de carbone imprégnés de résine, afin d’obtenir une structure légère et résistante, répondant aux exigences de durabilité et de précision du transport aérien commercial. Le procédé mis en œuvre à Belfast, baptisé Resin Transfer Infusion (RTI), associe l’infusion de résine sous vide et la cuisson en autoclave. Développée et brevetée sur le site à la fin des années 1990, cette méthode est au cœur de l’identité industrielle de l’aile de l’A220.
Selon Airbus, cette architecture composite rend la structure environ 10% plus légère qu’une solution équivalente en aluminium. Une réduction de masse qui contribue directement à la baisse de la consommation de carburant et, par conséquent, des émissions de CO₂ en exploitation.
Belfast, un verrou industriel du programme A220
L’enjeu est stratégique : une aile constitue un sous-ensemble majeur de l’avion, et toute difficulté dans sa production peut rapidement freiner les livraisons. Airbus entend donc renforcer le site alors que le programme A220 poursuit une montée en puissance longtemps contrariée par les tensions sur la chaîne d’approvisionnement et la réorganisation des activités de Spirit AeroSystems. Dans ses résultats semestriels publiés le 29 juillet, Airbus a confirmé sa cible d’une production de 13 A220 par mois en 2028. Le groupe avait livré 44 exemplaires de l’A220 au premier semestre 2026, soit une moyenne d’un peu plus de sept appareils par mois ; le chemin vers la cadence visée reste donc industriellement exigeant.
« Renforcer nos installations de production d’ailes est un investissement direct dans l’avenir de la fabrication des ailes de l’A220 ici à Belfast, en développant les capacités nécessaires pour répondre à la demande croissante pour cet avion », a déclaré Anthony Rouse, directeur de l’usine et du site Airbus Belfast, dans le communiqué d’Airbus.a
L’A220, décliné en versions -100 et -300, occupe une place singulière dans la gamme Airbus : il se situe sous l’A320neo en capacité, tout en étant conçu autour d’une cellule moderne, de moteurs Pratt & Whitney GTF et d’une large part de structures composites. Il vise notamment les liaisons régionales à forte densité, les marchés de renouvellement des appareils de 100 à 150 sièges, ainsi que certaines lignes moyen-courrier à plus faible demande.
Modernisation et formation à Belfast
Au-delà de l’atelier d’ailes, Airbus prévoit de moderniser ses infrastructures à Belfast. Le programme comprend une nouvelle entrée sécurisée, des sous-stations électriques haute tension, un immeuble de bureaux, un parking étendu de 650 places et de nouveaux systèmes informatiques. Le groupe annonce également l’arrivée de 40 apprentis en septembre. « Cet engagement se reflète aussi dans notre effort continu de développement des compétences, avec l’arrivée de 40 nouveaux apprentis en septembre », a ajouté Anthony Rouse. Cette dimension sociale intervient quelques mois après la reprise directe des activités A220 de Belfast par Airbus. Quelque 1 550 salariés du site sont alors passés sous l’autorité de l’avionneur européen pour les activités liées aux ailes et au fuselage central de l’A220.

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